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Je souhaite vous faire partager par l'écrit et les photos, tous les aspects d'un pays, à travers son histoire, son économie, et surtout l'âme de son ou de ses peuples. Au fur et à mesure, vous découvrez le pays et les gens que je rencontre avec moi. Vous marchez dans mes pas et c'est l'occasion de découvrir tel aspect de la vie, tel magnifique paysage, tel site touristique, tel problème politique. Alors partez avec moi

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ETHIOPIE ; le pèlerinage de Sheickh Hussein et les grottes de Sof Omar

L’Ethiopie est surtout connue pour être le royaume du Négus chrétien orthodoxe, les fêtes du Timkat qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes à Gondar à l’occasion de l’Epiphanie, ses Falashas de religion juive tous expédiés en Israël. Le grand pèlerinage de Sheikh Hussein, le plus important du monde musulman après celui de La Mecque réunit plus de 80 000 croyants ; il est quasi ignoré, y compris par les médias et le pouvoir politique Ethiopien. Il s’agit pourtant d’un évènement exceptionnel par son ampleur et son caractère particulier, une manifestation où se mêlent les anciennes croyances et le culte musulman d’un islam africain très tolérant.
Ce sont principalement les Oromo, l’ethnie la plus nombreuse et en majorité de confession musulmane, qui effectuent ce pèlerinage deux fois par an, pour les fêtes du Hadj et de Zahra. Ils viennent se recueillir et prier sur un lieu sacré où a vécu le Cheik Hussein au XIIIème siècle, considéré comme un saint disposant de pouvoirs divins. Cependant, ils perpétuent aussi, dans un syncrétisme étonnant, le culte pour le dieu Waq, divinité mystérieuse qui exprime sa colère par un arc-en-ciel et sa satisfaction par la pluie. Etre unique, il est le « Tout puissant », comme Allah : « il est au-dessus de tout. Rien n’est au-dessus de lui ». A Scheik Hussein, les divinités se mêlent en une étrange fusion.
C’est la ferveur, la dévotion, l’espoir en un monde meilleur, mais aussi un témoignage de solidarité et de grande fraternité humaine, de ces populations dépourvues de tout ce qui nous paraît essentiel, que je veux relater ici tout en vous contant leur histoire au travers de mon expérience acquise pendant les jours que j’ai passés avec elles.

Prix 20 € à Allain Graux sur commande

      version numérique : 7 € 

ou sur thebookédition.com ( ajouter frais d’envoi)



Publié à 11:04, le 13/12/2015, dans reportages, Ethiopie
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Un diaporama à la découverte du Pays de Galles

Cliquer ou insérer ce lien pour voir le diaporama :

http://www.kizoa.fr/Montage-Photo/d16530687kP106565045o1l1/pays-de-galles-2014

 



Publié à 11:06, le 31/12/2014, dans reportages, Pays de Galles
Mots clefs : Pays de Galles
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PUBLICATIONS sur l'ETHIOPIE

Ce livre constitue le reportage de mon voyage en Abyssinie, berceau historique de l’Ethiopie. Je ne connaissais ce pays que par les informations relatant les famines, les guerres, la dictature sanglante du Négus rouge, et les aventures de Rimbaud qui y débarqua en novembre 1880. L’Ethiopie a gardé ce parfum de légendes qui se confondent avec son histoire dans l’imagination populaire. J’ai découvert cette région, souvent d’une très forte densité de population, selon les lieux traversés, et qui vit majoritairement de l’agriculture dans des espaces très cultivés, dont beaucoup de terres arables sont d’origine volcanique, donc très riches. Les Ethiopiens ont largement apprivoisés une nature aux larges immensités qui surprennent par leur fertilité, loin des habituels clichés.

 

Chez Lulu.com

- ETHIOPIE, voyage au pays de la reine de saba

( 18€)

 

- ABYSSINIE, reportage texte et photos    (48 €)

  ISBN 978-1-326-12317-8

  Edition numérique : http://www.lulu.com/content/e-book/abyssinie/16002827

 Au prix de  6 €

 



Publié à 22:25, le 22/12/2014, dans reportages,
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MES REPORTAGES ET MES PHOTOS

cliquer dans archives ou sur le lien indiqué 

 

Reportages : Allain Graux

Sur :

www.allainvoyage.uniterre.com

- TOMBOUCTOU : http://allainvoyage.uniterre.com/15928/TOMBOUCTOU.html

- 2008: campements nomades à Tombouctou : http://allainvoyage.uniterre.com/59028/campements+nomades+%C3%A0+Tombouctou.html

- GUATEMALA : MAYAS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI LEhttp://allainvoyage.uniterre.com/59399/Mayas+d%26%23039%3Bhier+et+d%26%23039%3BAujourd%26%23039%3Bhui+%3A+le+Guatemala.html

- LE LAOS : Le Laos aujourd’hui : http://allainvoyage.uniterre.com/58651/LE+LAOS+AU+FIL+DU+MEKONG.html

- NICARAGUA –

Chap I NICARAGUA : http://allainvoyage.uniterre.com/93189/PRESENTATION+DU+NICARAGUA++-+Chap+I.html

PRESENTATION DU NICARAGUA - CHAPITRE II - révolution sandiniste à 2001 :

http://allainvoyage.uniterre.com/93190/PRESENTATION+DU+NICARAGUA+-+CHAPITRE+II+-+r%C3%A9volution+sandiniste+%C3%A0+2001.html

Chapitre III

http://allainvoyage.uniterre.com/93191/NICARAGUA+-+Chap%C3%AEtre+III+-+.html

- A la Barca de Oro et l'isla de Venado - Las Peñitas – Nicaragua :

http://allainvoyage.uniterre.com/95917/A+la+Barca+de+Oro+et+l%26%23039%3Bisal+de+Venado+-+Las+Pe%C3%B1itas+-+Nicaragua+-+.html

 

VENEZUELA : PUBLICATION DE BOLIVAR à CHAVEZ

http://allainvoyage.uniterre.com/95917/A+la+Barca+de+Oro+et+l%26%23039%3Bisal+de+Venado+-+Las+Pe%C3%B1itas+-+Nicaragua+-+.html

 

Mes ALBUMS PHOTOS

LAOS 2007  24 photos   

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VENEZUELA 1 Les Warao de l'Orénoque     90 photos   

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VENEZUELA 3 - MERIDA, porte des Andes 34 photos   

VENEZUELA 4 _ les Andes         67 photos   

FLORE ANDINE au VENEZUELA           13 photos   

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NOUVELLE ZELANDE 2013 - l'île du Nord               

NOUVELLE ZELANDE 2013 - L'île du Sud                 

CINQUE TERRE ITALIA    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Publié à 11:46, le 10/06/2014,
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PUBLICATION DE BOLIVAR à CHAVEZ

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Auteur : Allain Graux

 

Date de parution : 2013-11-15

Format : 148X210 / 380 pages

ISBN : 978.2.35930.099.4

 

En stock

Prix : 18.00 €

Si remise 

- 5% = 17.10 €

 

 

 

 

 

 

 

Commandes 

 

http://www.i-editions.com/catalogue/livres/?id=188

Libraires : Diffusion/Distribution - Soddil Albouraq
Courriel
: commandes@albouraq.com

Le Venezuela, c’est à la fois le pays du pétrole où l’essence est moins chère que l’eau, des concours de miss, de la passion pour le base-ball, des télénovelas (feuilletons télévisés), de la musique et des bières glacées).

Le Vénézuélien est volontiers chauvin : le meilleur café au monde se récolte dans le Tàchira, les meilleurs cigares se roulent à Cumanà et non à Cuba, le meilleur rhum est le Pampero Aniversario, la meilleure bière est la polar (vendue en bouteilles miniatures), le meilleur cacao vient de Chuao, et bien sûr les plus belles femmes sont vénézuéliennes !

Deux figures sont emblématiques du Venezuela, une ancienne, Simon Bolivar le Libertador, et depuis 1992 une nouvelle : Hugo Rafael Chávez Frías.

Le « Chavisme » est à la fois le plus commenté et le plus méconnu des systèmes politiques. Pour les uns, c’est un régime populiste autoritaire, tendant à étouffer la société civile et à menacer les libertés démocratiques. Pour les autres, le « socialisme du XXIe siècle » défriche la voie des lendemains qui chantent pour les peuples de la région. La réalité est plus compliquée. Essayons d’y voir clair ! Pour cela, il est indispensable de visiter sa géographie comme son histoire, afin de placer dans son contexte, l’évolution particulièrement intéressante et originale de ce pays.



Publié à 19:43, le 19/12/2013,
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A la Barca de Oro et l'isal de Venado - Las Peñitas - Nicaragua -

Vendredi 6 février- De Léon à Las Peñitas.

5h ! Je suis réveillé par le bruit des femmes qui préparent le desayuno. On se demande d’ailleurs ce qu’elles doivent préparer si tôt vu le temps qui leur est ensuite nécessaire pour le servir, plateau par plateau, personne par personne.

6h. C’est devenu l’heure où je me lève.  Je mets en route l’ordinateur et je constate que je peux profiter d’une connexion non sécurisée à Internet. Je passe sur mes 796 messages et j’essaie d’envoyer des nouvelles à la famille, en vain. Au moment d’envoyer, ça capote. 

Petit-déjeuner dans le patio et à 8h30, c’est le départ pour la côte. Nous traversons le quartier populaire Sustrava, par la rue Ruben Dario, pour rejoindre la route de Poneloya qui se révèle être une piste qui traverse une nature desséchée. Elle deviendra route - voire autoroute - quand les grands travaux en cours seront terminés. S’ils le sont, car j’ai appris depuis notre passage, que le financement américain a été interrompu. La réalisation de cet axe permettrait aux bourgeois de Léon et Managua de gagner rapidement les plages et de développer un tourisme qui, pour le moment, reste familial et plutôt local. Ils viennent le week-end et surtout à Pâques. Les plus riches y possèdent une propriété.

Mais alors, terminé le charme des petits villages de pêcheurs !

Nous n’avons qu’une vingtaine de kilomètres à parcourir, mais nous sommes souvent arrêtés par des femmes casquées dont le visage est protégé par un masque. Elles régulent la circulation a sens unique au milieu d’un nuage de poussière sèche, avec un petit panneau sur lequel est inscrit « Alto, ou Siga » au milieu de gros engins de terrassement, de buldozers, de camions fumants.

Nous traversons une vaste plaine côtière plantée de cannes à sucre et de palmitos.  On découvre aussi de grands vergers de Jicatos, l’arbre aux calebasses, dont les fruits pendent des branches comme les boules sur un sapin de Noël. Juste avant Poneloya, on a creusé de grands bassins pour élever des crevettes et des camarones. Sur la rivière Espejo, un jeune homme jette son épervier dans les eaux du fleuve.

Poneloya, calme et petite cité balnéaire s’offre enfin à nos yeux, avec sa belle plage sur le Pacifique. Mais c’est surtout une plage pour bronzer car la baignade y est dangereuse paraît-il. Le risque est grand d’être emporté par un terrible courant qui passe à cinquante mètres du bord. Chaque année des baigneurs inconscients y laissent leur vie.

Nous bifurquons sur la gauche en direction de Las Peñitas.

La piste qui longe la côte, bordée de propriétés et d’habitations dissimulées dans la verdure tropicale, débouche sur l’anse qui abrite ce ravissant village.

L’auberge de « La Barca de Oro » est à l’autre bout, devant la lagune et « l’Isla de Venado ». Un bar, des tables sous une véranda, près d’un jardin tropical où se baladent aras et perroquets, plus loin, les chambres ouvrent directement sur le patio. Elles sont d’un confort moyen mais très correct.  On se sent tout de suite bien dans cet endroit charmant et reposant, « là où le temps s’arrête » comme le proclame Sandrine, la patronne qui nous accueille, une française.

 10 h ; nous embarquons dans la barque d’Antonio, un pêcheur dont la bonne trogne souriante, surmontée d’un étrange bonnet coloré en laine,  fait penser à Pierre Perret. C’est parti pour trois heures de ballade à la découverte de la faune de l’Isla Juan Venado. C’est une réserve naturelle qui s’étend sur  une bande de 22 kilomètres de long et seulement 250 mètres de large. Les tortues « paslama » viennent pondre ici en toute sécurité, entre juillet et janvier, ainsi que des tora, et plus rarement des carey.

A peine avons-nous quitté la plage, ou plutôt l’espèce d’estuaire, que nous sommes déjà dans la mangrove, la rouge. Ce sont les œufs des crabes, des crevettes qui donnent cette couleur aux eaux oxygénées du lagon.  Des oiseaux s’envolent à notre passage, des gaviotas (sorte de mouette), des aigrettes et des garcettes blanches (nivose), qui se reposent après notre passage dans cette sorte de rio tropical bordé d’une végétation très dense. Ces oiseaux ne nichent pas ici, mais dans la mangrove blanche, à cinq kilomètres de là, nous explique Tonio. Il est accompagné de deux jeunes gens dont son fils. Dès qu’il aperçoit un volatile dans les ramures et les feuillages, Tonio donne l’ordre de ralentir, voire couper le moteur pour s’approcher doucement. Voila l’obscurito pinto qui ressemble à un petit héron. C’est un nocturne qui roupille sur sa branche, dissimulé dans les lourds feuillages de la mangrove. Il faut l’expérience et l’œil acéré de Tonio pour le trouver et le voir. Puis c’est le martin pêcheur qui nous accompagne, de branche en branche au bord de l’eau, disputant l’intérêt de nos regards ravis à l’ibis colorado. Quel superbe oiseau  tout de rouge vêtu! Ce sont encore plus d’oiseaux que lors de notre découverte de Los Guatusos. On peut s’imaginer pénétrer dans le paradis des oiseaux. C’est   une merveille pour les yeux, un enchantement. Maravillosa !  Voilà un autre petit héron au plumage gris et ventre roux : le pico cuchera (boat pilled héron), les épaules enfoncées dans les ailes et le sourcil noir froncé, il campe sur sa branche. D’envols d’ibis en vols de garcettes, nous atteignons la mangrove blanche et noire et ses eaux chaudes propices à la nidification. Une forte odeur marine chatouille nos narines. Un long cou surmonté d’un long bec dépasse du feuillage en haut des arbustes. Après des passages sous les branchages – attention à la tête ! – nous débouchons sur un élargissement du chenal qui forme une sorte de bassin où des dizaines d’ibis rouges pêchent surveillées par des hérons blancs, des spatules roses, des cigueños : beauté inoubliable de ce spectacle. A notre approche, ils s‘effarouchent à peine. On voit aussi le gavilan cavecigris et les yeux d’un petit guajipal (sorte de crocodile) à l’affût près de la rive, tel un bout de bois qui flotte. Plus loin c’est un iguane vert, il est figé sur une branche qui s’étend au-dessus des eaux couleur d’émeraude. Dans le ciel tournoie et plane le gavilan, le faucon qui guette une proie

 

Tonio nous explique que le gouvernement apporte son aide au programme de conservation du site pour la sauvegarde de ce milieu naturel. Il faut surveiller le débit de la rivière car si elle coule trop rapidement, on perd les espèces qui naissent ici. Mais, les mêmes personnes qui gardent la réserve sont aussi celles qui chassent et vendent les crocodiles et les tapirs caminos. La protection concerne 67,5 % du territoire de la réserve, le reste est utilisé pour les activités agropastorales et  forestières. On extrait régulièrement des coquillages et des écrevisses.

Les 229 espèces qui vivent dans la mangrove, d’une grande diversité, doivent leur existence à l’exceptionnelle richesse de la boue organique qui contient beaucoup des nutriments nécessaires au maintien de la chaîne alimentaire de cet écosystème, 81% appartiennent à la faune et 21% à la flore. Elles sont produites par les déchets des racines et des arbres. Les précipitations pluviales oscillent entre 1,500 et 1,000 mm³. La température est de 28 °.

Occasionnellement, des phoques, des dauphins et des baleines viennent se promener dans le secteur. On peut observer aussi des arbres pétrifiés.

L’écologie de la mangrove est complètement azonale, à l’humidité saline. Cependant, à proximité, dans l’aire protégée, il reste un bosquet d’arbres caducifoliés (feuille composée de folioles de part et d'autre d'un axe) d’une grande hauteur et d’une grande densité.

L’Isle de Juan Venado tient son nom du célèbre chasseur qui vécut ici entre 1912 et 1950.

 

Tarifs 2009 pour l’isla de Venado.

Entrée : 50C$

Lancha (canot) pour 8 personnes : 60$ - // 2 personnes : 40$

Kayak : 10$/personne

Bicyclette (pour le village) : 50C$

Cheval : 10$/heure.

Antonio dit Tonio est un petit homme par la taille, mais grand par l’esprit, malgré sa modeste condition de pêcheur et de guide touristique de la mangrove. Il gagne juste de quoi vivre, mais il ne changerait de vie pour rien au monde. Il aime Las Peñitas, la tranquillité du lieu, le calme, la beauté de la lagune et les merveilleux couchers de soleil sur le Pacifique.

Il part le matin à 5h pour une pêche très sportive, à la ligne. Il pêche aussi à la palangre de novembre à mai. Mais après ce n’est pas bon, le poisson s’en va. Le meilleur moment c’est en hiver. On trouve cinq sortes de poissons sur le petit marché, surtout des macarella et des nivapote. La pêche ne paie pas bien me dit-il, les gens ne sont pas assez riches pour acheter les poissons. Heureusement Sandrine lui achète ses meilleures prises, à un bon tarif.Il y a tout de même une soixantaine de pêcheurs sur la zone. 

De retour à l’auberge, nous allons déjeuner d’un bon plat de spaghettis aux fruits de mer. C’est un peu cher, enfin plus que nos tarifs habituels (119 C$ avec le café et la bière), mais c’est très bon.

  SANDRINE VEZIEN, la patronne de la Barca de Oro 

Elle s’est installée ici après le cyclone qui a ravagé le pays en 2000.  Elle gère l’auberge avec Esteban et vit avec sa fille Mariana, onze ans, et son fils adoptif, le beau et ténébreux Carlos qui doit avoir autour de 18 ans. Elle est originaire de Rouen. En 1988, il lui prend l’envie de voyager, de changer d’air. Son rêve était de participer à une mission. Elle se retrouve dans un orphelinat de Bogota en Colombie. Et puis elle prend un billet d’avion et débarque à l’aéroport de Managua avec son sac à dos et un carton qu’elle doit apporter à une école. Elle va y rester un an…Elle va vivre dans une coopérative sandiniste en 1993. Puis elle constate avec une certaine amertume que l’idéal sandiniste s’est dilué au fil du temps, des événements et du retour au pouvoir de la droite conservatrice. Violetta Chamorro interdit le journal de la gauche sandiniste…Il faut être » danieliste ou non danieliste ». Ce qu’elle ne nous dira qu’en « off» - comme on dit - C’est qu’elle a rencontré un beau guérillero sandiniste, avec qui elle a eu Mariana, sa fille. La vie et les circonstances les ont séparés. Nous n’en dirons pas plus pour respecter une discrétion et une intimité auxquelles elle tient.

Interview de Sandrine Véziers – Las Peñitas.

Luc installe sa caméra et nous nous installons à une table pour un entretien avec Sandrine, la sympathique et dynamique patronne de l’auberge « La barca des Oro » :

« - Je passais mon temps à dire cela, à mes élèves qui étaient des adultes et puis un jour une certaine lassitude s’est installée en moi, je me suis dit c’est ça qu’il faut que je fasse : vivre un de mes rêves participer en tant que volontaire à des missions. Je voulais entre autres : travailler sur les tortues marines, travailler avec les indiens en Amazonie, travailler avec les orphelinats à Bogota en Colombie, je voulais travailler dans un secteur paysan sans eau, sans électricité, je voulais travailler en Amérique centrale.  Donc j’ai pris un  billet d’avion et je suis arrivée par hasard au Nicaragua, parce que l’on m’a dit que c’était un petit pays reculé sans touriste. J’ai débarqué au Nicaragua avec un gros carton, que m’avait remis une ONG. On m’avait dit si tu vas au Nicaragua, il y a un petit village dans la montagne, tu y vas et tu leur donnes ce carton dans lequel il y a des médicaments. J’arrive à l’aéroport de Managua avec mon gros sac à dos et mon carton que je ne voulais pas lâcher, à 5 heures du soir, dans une cohue phénoménale. Je ne voulais pas les lâcher de peur que ça disparaisse. Bref, le lendemain matin je me retrouve dans ce petit village et là c’était mon rêve qui commençait à se réaliser, dans ce pueblo dans la montagne sans eau ni électricité, où j’étais d’ailleurs arrivée à pieds. L’histoire a commencé là. Je suis restée un an à El Amartillo, dans le département de Léon. C’était juste à l’époque du désarmement, après la révolution. J’ai participé à la construction d’une école, j’ai construit des bancs, des tables en bois, des latrines. Et puis après, comme j’avais ma liste de travaux que je voulais réaliser, travailler avec les tortues, travailler en Amazonie, j’ai continué mon parcours en Amérique du Sud. De retour - un an c’était passé déjà - et comme je n’avais pas entièrement assouvi mes désirs, je suis retournée au Nicaragua et j’y suis restée au lieu de rentrer en France.

Luc : Comment s’est passée l’intégration ici à Las Peñitas, le fait de  poser ses valises, créer une entreprise ?

En termes de choses à réaliser ou de conditions par rapport au gouvernement, ça s’est passé très facilement, naturellement. A cette époque, en 1993, n’importe quel étranger qui voulait s’installer pouvait le faire très facilement. Je suis restée dans les régions du Nord et puis en 2000, j’ai monté une association qui s’appelle « Cyclone de solidarité », pour venir en aide à des paysans sur des  projets ponctuels en campagne. Et puis, j’ai eu l’idée de faire découvrir la mer à une vingtaine d’enfants de la montagne qui ne l’avaient jamais vue. J’arrive sur cette côte du Pacifique et je cherche un endroit pour nous héberger. Nous avions prévu de rester quatre jours. J’étais venue en pionnier un jour avant, en reconnaissance. J’ai découvert ce petit village de rêve dont suis tombée amoureuse. On y  a passé quatre jours avec les enfants. C’était en ruines, mais ça s’est très bien passé. Six mois après je revenais, le propriétaire voulait vendre. Je me suis installée. Et là, je me suis dit, par où commencer ? En ruine, pas de clientèle. J’ai construit les chambres, fait un  bar, monté le restaurant, mais aussi tissé des liens d’échanges avec la communauté. Car je me suis dit : je vais monter mon établissement mais je veux absolument que les villageois conservent leurs ressources. J’ai fait une grande réunion et j’ai dit aux gens du village :

-          moi je suis là et si vous m’acceptez, je voudrais que cet endroit soit ouvert pour vous. Venez travailler ici chez moi : montez des excursions, faites des massages, vendez des coquillages, vendez ce que vous voulez. Tout est pour vous, vous pouvez utiliser mon endroit.

Donc, sur cette base là, j’ai été très bien acceptée. Quand les pêcheurs amènent du poisson, le meilleur poisson est pour moi. Quand quelque chose d’exceptionnel sort de la mer, c’est pour moi.

Luc : Et ils y trouvent leur compte ? Parce que là, il y a des ballades en bateau, des activités surf.

Toutes les activités qui ne sont, ni la restauration, ni l’hôtel, ce sont les villageois qui gagnent. Moi je ne fais qu’orienter les clients vers eux.

Luc : Et par rapport à votre vie antérieure, à la France, est-ce que vous avez des manques, une nostalgie ?

Très honnêtement, non ! J’aime beaucoup la France, j’adore la France, mais je me sens très bien ici, je m’y sens tout à fait chez moi. Si je devais rentrer en France demain, ce serait le cœur joyeux. Bien sûr mes amis, ma famille, me manquent. Mais ils viennent me voir, pour eux c’est une porte ouverte sur ce continent qu’ils peuvent découvrir grâce à moi. Mais sincèrement le style de vie français ne me manque pas.

Luc : Comment voyez- vous la France maintenant, à travers les amis, les touristes qui viennent ici ?

Qu’est ce que vous avez trouvé ici qui vous correspond le plus ?

Les valeurs. Les priorités ici sont complètement différentes. Dans les discussions entre amis, on ne va pas aborder des sujets d’ordre matériel. On ne va pas demander : combien tu as acheté ta maison, combien tu gagnes ? On n’aborde très peu souvent ces questions là. La conversation porte plutôt sur la famille, les enfants. Ici on prend beaucoup plus le temps de vivre, même si nous devons travailler dix heures par jour et avoir du rendement. On prend le temps de vivre, s’asseoir, parler. Il y a beaucoup plus d’échanges, les valeurs sont tout à fait différentes. Quand je vais en France, je suis choquée par le manque de sourire. Et puis le Nicaragua est un pays très tolérant, les gens vous laissent vivre, ne vous critiquent pas. En France les gens vous surveillent, c’est une sorte de manque de liberté. Ici, liberté et tolérance, temps, valeurs humaines, ce sont les quatre piliers de la vie au quotidien.

Luc : comment voyez-vous la réélection de Daniel Ortéga ?

Je suis arrivée après la révolution. J’ai vu une frustration des sandinistes par rapport à leur révolution avortée. Quand Daniel a été réélu, je me suis dit je vais pouvoir vivre un peu ça. Je vais voir à quoi faisaient allusion ces gens qui parlaient des grandes valeurs du sandinisme. Mais j’essaie de ne pas prendre part à la vie politique, j’essaie de demeurer une observatrice le plus possible car je ne suis pas nicaraguayenne.

Le pays est profondément divisé, entre sandinistes et la droite.

J’observe que beaucoup d’étrangers sont partis, beaucoup d’investisseurs, depuis le retour de Daniel Ortéga à la présidence. Beaucoup de choses sont en train de changer : pour l’acquisition des titres de propriété au bord de la mer. Les conditions pour installer les entreprises sont entrain de se durcir, mais cela reste parfaitement acceptable et supportable pour nous étrangers. Je n’en tire pas de conclusion.

Les gens me disaient : tu vas voir, il y a des bouleversements qui arrivent très vite, le cordoba va être dévalué. Rien de tout cela n’est arrivé, moi j’observe.

Allain : par rapport à Violeta Chamorro, (l’ancienne présidente), est ce qu’il y a eu un changement visible  pour les gens, qui correspondait à ces perspectives révolutionnaires qu’ils souhaitaient voir se réaliser ?

En tant que chef d’entreprise, j’ai trouvé que Daniel prenait des mesures très intéressantes par rapport aux personnels. Le Nicaragua est un pays où les droits des employés étaient nettement bafoués. Ici, vous pouviez facilement faire travailler quelqu’un quinze heures d’affilée, les sous-payer. Quand Ortéga est revenu au pouvoir il a mis l’accent sur la protection des employés : sur un salaire minimum, un système de sécurité sociale - certes pas très efficace, qui existait mais que personne n’utilisait - sur le paiement des heures supplémentaires. Il aussi augmenter le salaire minimum de 30%. En tant qu’employeur j’ai trouvé ça dur, car cela représentait un sacrifice financier pour moi, mais j’ai trouvé ça bien, normal. J’ai apprécié que l’on oblige les employeurs à mieux traiter leur personnel. Moi, j’ai toujours payé mon personnel correctement, bien, car je trouve que c’est vraiment un minimum.

Est-ce que la santé et l’éducation vont mieux ? Un peu, beaucoup moins que ce que j’aurai pensé. Mais ça va mieux. Les acquis de la révolution ont été un peu perdus après 1990, mais on y revient peu à peu.

Je tiens à rester neutre. Je parle politique avec les gens sans jamais prendre position. Je fais simplement le bilan des choses qui me semblent meilleures, plus humaines.

Allain : Sur le plan de la démocratie, qu’en est-il ? Au Costa-Rica, on nous a dit : c’est une dictature. J’ai lu sur les journaux qu’Ortéga voulait se faire réélire plusieurs fois comme Chavez. Qu’est ce que vous en pensez ?

Ce que je pense, c’est qu’il y a beaucoup de manipulation, de propagande antisandiniste. Il faut prendre des précautions quant aux informations, et voir d’où elles viennent. Qui donne les informations ?

Par exemple, il y a une grosse polémique concernant les dernières élections. On dit que les Sandinistes ont gagné des municipalités, mais que les élections ont été faussées. On sait que pour les élections précédentes où la droite a gagné, les élections étaient faussées également. Alors, qui triche plus que l’autre ? Je suis mal placée pour le dire. Ce que je vois, c’est qu’il y a beaucoup de manipulations, les informations sont toujours orientées contre les sandinistes.

Luc : En matière de santé. Est-ce que les relations avec Cuba ont pu faire évoluer la situation ?

On a des brigades de médecins cubains qui viennent s’installer et qui interviennent gratuitement dans le pays. Les Cubains sont réputés pour exécuter des opérations sur les yeux. Par exemple, à Léon, il y a une liste de gens nécessiteux. Ils viennent un mois et ils opèrent, opèrent, opèrent.

Léon est une des premières villes du pays et néanmoins on a un hôpital en très piteux état. Il y a très peu de fonds. Si vous avez une urgence, vous serez pris en charge,  mais il y a peu de médicaments à l’hôpital comme souvent dans les pays du Tiers-monde. Je crois cependant que depuis qu’Ortéga est au pouvoir, depuis trois ans, la situation s’est un peu améliorée. C’est sûr que si vous avez un besoin précis demain, une opération du cœur, et bien vous mourrez ! Parce que l’hôpital de Léon vous mettra sur la liste et vous ne serez opéré que dans trois mois, si vous êtes encore en vie. Si votre opération est urgente, vous devez aller dans une clinique privée, si vous pouvez payer.

Luc : mais c’est la même chose au Costa Rica. Pays riche ou beaucoup plus pauvre, ils sont à la même enseigne.

Moi, je suis très admirative car pour un pays pauvre comme le Nicaragua où finalement, le système de perception des impôts est très mal organisé. Ici personne ne paye d’impôts ou très, très peu. Ca doit faire rêver les français ! Mais en échange, on a des routes en très mauvais état, un système de santé pitoyable, une sécurité sociale quasi inexistante. Mais malgré cela, quand on a l’occasion d’aller aux urgences, on voit un hôpital qui fonctionne avec des médecins et des grands locaux. Il ne faut pas avoir besoin d’une opération grave pour demain, mais pour des choses plus basiques, ça tourne.

Allain : quelles sont les ressources publiques si on ne paye pas d’impôts ?

Quand je dis : on ne paye pas d’impôts, j’exagère un peu, mais par rapport au système français, c’est très, très peu, insignifiant. Il y a un peu d’argent orienté vers la santé publique. Mais je me demande comment ça tourne avec le peu d’impôts prélevés.

Allain : on a vu à divers endroits, inscrit sur les arrêts de bus : « payes tes impôts ». Parce que c’est vrai que pour bénéficiez de services publiques, il faut payer des impôts.

Moi, franchement, j’aimerai payer plus d’impôts et avoir une route.

Allain : On a vu des travaux sur les routes ; ici, on est en train de refaire la vôtre et on a vu des travaux importants entre Juigalpa et Santo Domingo

D’où viennent les fonds pour les hôpitaux, les routes, les écoles ? Ce sont des fonds de pays étrangers. Des pays qui aident le Nicaragua. Pour la route de Léon à Las Peñitas, 80 km de routes, ce sont des fonds Nord-américains. La route au Nord également. Je sais que le Japon aide pour l’hôpital de Léon, Cuba aide aussi, le Venezuela, les Etats-Unis sous certaines conditions. On vient d’apprendre que la Cuantareto del millénio qui représente des centaines de millions de dollars vient de quitter le pays à cause du résultat des élections municipales, non pas pour le résultat mais pour la façon dont elles se sont passées. C’est une grosse perte pour le pays car ce sont des centaines de milliers d’emploi qui vont disparaître. La belle route ne sera pas terminée.

Chavez a dit qu’il allait compenser.

 On va voir ! *C’est ça le problème dans ce pays. Les USA disent quelque chose, un pays de gauche dit le contraire. Le président essaye de faire la balance entre les deux. En tant que petit pays entre les grandes puissances, le Nicaragua sert un peu de balle de ping pong.

Le Nicaragua est entré dans l’ALBA. Il y a une chance dans ce cadre là que le Nicaragua bénéficie de l’aide de l’Alba, comme Cuba le fait déjà en échangeant des prestations de santé contre le pétrole du Venezuela. Mais qu’est ce que le Nicaragua peut offrir en échange

Je ne saurai pas vous répondre, à part des alliances…

Peut-être que cela se fera à fonds perdu, mais en principe ce sont des échanges. Peut-être aussi que Chavez a décidé d’aider le Nicaragua, ou Cuba qui le fait déjà pour l’opération de la cataracte.

C’est une sorte de chantage, c’est la guerre, nous sommes cinq petits contre deux. Mais aider pour aider, ça n’existe pas, sinon les capitaux nord-américains ne sortiraient pas du pays. La route ce sont des projets approuvés, 70 % du budget a été versé. Alors on ne réalisera que 70 % du projet. Ce qui veut dire que pour nous ce sera une perte énorme. Il y a des groupes de pression pour obliger le gouvernement à céder aux exigences américaines. C’est toujours du chantage et ceux qui perdent par rapport à ce chantage, ce sont toujours les petits utilisateurs. La Cuantareto aidait énormément le secteur paysan. La première chose qu’ils ont retiré (les américains), c’est l’aide au secteur paysan, justement pour les obliger à faire pression sur le gouvernement, pour se plier aux conditions des Etats-Unis par rapport au résultat des élections. Donc en fait, comme je le disais, c’est du chantage et ceux qui perdent ce sont les petits, le peuple.

J’espère que Chavez tiendra sa promesse et qu’il vous aidera comme il l’a fait pour d’autres pays.

On verra ! ».

  • Au mois d’Avril, L’ALBA a donné 50 millions de dollars d’aide au Nicaragua.

 

Mariana (11ans et demi), la fille de Sandrine, donne ses impressions sur la vie au Nicaragua.

Luc : Pour toi quelles sont les différences de vie entre le France et le Nicaragua.

Mariana : Ici on a plus de liberté, je sors dans la rue, je joue ; là- bas je joue dans les maisons : soit je regarde la télé, soit je joue à des jeux de communauté, dans un appartement. Dans des appartements, tu ne peux pas courir, alors qu’ici tu peux courir, sortir dans le jardin et tout çà !

Si un jour on me demandait : où veux-tu vivre ? Je répondrai au Nicaragua.

L : Là, tu as une chance exceptionnelle, tu vis dans un décor paradisiaque, avec la mer à côté. Mais si tu devais vivre en ville, à Léon ou à Managua par exemple. Ce serait pareil, tu ressentirais cette liberté ?

M : Je crois que non car je ne pourrai pas aller à la plage le soir, je devrai vivre à la maison.

L : Tu vas à l’école, comment ça se passe ? Les enseignants sont-ils très exigeants ?

M : Ca dépend, certains sont exigeants d’autres plus sympas, mais tous enseignent bien. Cependant, je dois aller à la ville pour étudier, car ici à Las Peñitas, c’est moyen. J’ai étudié ici, mais j’en suis sorti car je n’apprenais rien du tout.

L : A ton avis les enseignants sont moins bons à la campagne?

M : Ce n’est pas ça, mais par exemple à la maternelle, on ne m’apprenait pas les lettres. En principe, on doit apprendre a e i o u…T’apprenais seulement à dessiner et tu jouais. Et parfois la maîtresse ne disait rien et elle n’était pas là. Tu devais revenir à la maison, alors que c’était normalement un jour de classe. En fait, tu avais la moitié des cours en moins. Maintenant ça s’est amélioré, mais c’est resté quand même moyen, moyen.

L : Pour aller à Léon c’est loin et c’est long car la route est en travaux. Tu fais l’aller-retour tous les jours ?

M : Oui et j’arrive tard à l’école, car avec les tracteurs, les travaux, le bus  il s’arrête. Mais si je pars dans le bus avant celui-là, je devrai me lever à quatre heures pour partir à cinq et j’arriverai une heure trop tôt. Là, je pars à 6h30 et je reviens l’après-midi. Nous n’avons cours que de 7h30 à midi et demi.

L : Et les copains et les copines, c’est surtout ici ou à la ville ?

M : J’ai des amis ici et des amis en ville. Avant c’était surtout ici, mais maintenant comme je sors du primaire, il faut se mettre plus à l’école. Alors qu’avant, quand on était petits, je sortais jouer. Mais on est un petit groupe, on joue, on sort.

L : Tu apprends l’espagnol, tu parles parfaitement le français. Est-ce que tu apprends aussi l’anglais ?

M : J’apprends bien l’anglais à mon école. Je trouve que c’est un peu moyen-moyen, mais on l’apprend depuis la maternelle. Ici, c’est dans un autre village à côté de las Peñitas qu’il y a anglais.

L : Il n’y a pas de lycée ou de collège européen ?

M : C’est seulement à Managua et l’enseignement est fait dans la langue de leur pays.

 

L’interview est terminée, Mariana répand des graines sur le sol du jardin pour nourrir les oiseaux. Sandrine retourne à ses occupations, tandis qu’une employée de l’établissement feuillette des magazines. Ceux de Mariana paraît-il. Les pigeons et les colombes arrivent tandis que le perroquet vert posé sur une branche, les contemple d’un air dédaigneux.

Mariana va discuter au bar avec les serveuses, cette fois en espagnol, aussi naturellement que pendant notre conversation en français, tandis que son frère gratouille sa guitare.

 

En fin d’après-midi, sur les recommandations de Sandrine, nous partons avec Marylin pour une longue promenade sur la grande plage, dans la direction de Poneloya pour aller admirer le coucher du soleil.

 

 

Nous arrivons juste à côté d’une falaise et de rochers au moment où l’astre descend sur l’horizon. Nous avons le temps de plonger dans les vagues rugissantes qui déferlent sur le sable. Des jeunes gens jouent au ballon. Certains se baignent.

Séquence photos. Ca mitraille ! C’est beau ! Bon dieu que c’est beau ! Je monte sur le promontoire sur lequel on a bâti une belle villa. L’heureux propriétaire à une vue imprenable sur l’océan et les plages qui s’étendent de chaque côté de l’escarpement rocheux.

 

Nous rentrons par la piste, traversant le village, longeant les belles propriétés et quelques petits restaurants.

Ce soir nous mangeons du poisson.

Après, nous entamons une longue discussion avec Sandrine.

 

Samedi 7 février

A 6 h, le soleil s’élève au–dessus de la mer et illumine tout de suite le petit village de Las Peñitas, son petit port établi au bout de la lagune qui le sépare de l’Isla de Venado. Les aigrettes blanches parcourent les flaques d’eau résiduelles, en la surprenante compagnie des cochons. Les pêcheurs préparent leurs filets pour partir en mer. Le matin jusqu’à dix heures, c’est le meilleur moment. Bientôt le bus arrive, celui de 6h30 qui emmène Mariana à Léon les autres jours de la semaine. La vie s’anime peu à peu, les chiens jouent sur la plage,  les gens vaquent à leurs occupations.

Nous rencontrons Toño, le pêcheur à la bonne bouille à la Pierre Perret coiffé de son bonnet multicolore à la mode rasta. Il nous dit encore combien il est heureux de vivre ici, simplement, dans cette douceur, sans agitation commerçante, avec la mer, les oiseaux de la mangrove, la tranquillité. Antonio préfère cette qualité de vie au stress de la ville.

Je paye 320 C$ pour les repas et le petit-déjeuner. Bon mais cher, encore que le petit-déjeuner ne soit pas très copieux. Et la surprise est qu’il faut ajouter les 15% de taxes au tarif affiché sur le menu. Mais Sandrine nous avait prévenus : elle paye les impôts…

 

Adios Las Peñitas !

 

Con muchos arrepentimiento de partir…

Avec beaucoup de regret de devoir partir ...

 

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Publié à 01:34, le 25/07/2009, Las Peñitas
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NICARAGUA - Chapître III -

7 novembre 2004 - Les sandinistes gagnent les élections municipales. Elles consacrent la perte d'influence de E. Bolaños dont les partisans sont laminés. La crise trouve toutefois une issue l'année suivante, le F.S.L.N. passant un accord de gouvernabilité avec le président. Mais ce nouveau pacte signe la mainmise des grands partis parlementaires sur les leviers du pouvoir, et, à l'inverse, souligne l'impuissance de l'exécutif. Il attise la contestation interne à D. Ortega et à sa stratégie de recentrage de la formation sandiniste, ce qui provoque le départ du très populaire ancien maire de Managua,  Herty Lewites, qui rejoint le Mouvement pour la Renovation Sandiniste, alliance de partis de gauche pour beaucoup issus du F.S.L.N.
En dépit de bons indicateurs macroéconomiques, la politique sociale du gouvernement Bolaños n'a pas eu d'effet notable en faveur de la lutte contre la pauvreté. On doit cependant lui reconnaître son intégrité.
Nov. 2006 - D. Ortega arrive en tête de l'élection présidentielle. A la faveur d'un changement opportun des règles électorales, il l'emporte dès le premier tour (avec à peine 38 % des suffrages, son plus mauvais score en 5 scrutins), grâce à une alliance opportune avec le PLC, face à une droite libérale divisée, mais majoritaire en voix et toujours dominante au Parlement. Secondé par un vice-président dissident du P.L.C., ancien banquier, et par ailleurs ex-contra, D. Ortega entend unir et réconcilier les Nicaraguayens. Herty Lewites, terrassé par une crise cardiaque n'a pas pu aller au bout de la campagne présidentielle de novembre 2006.
Le président Ortega s'est fixé un certain nombre d'objectifs pour répondre aux besoins les plus criants, notamment en matière de santé, d'éducation et de réduction de la pauvreté. Il augmente le salaire minimum de 30 %, privilégie à nouveau l'éducation et la santé.
Le président n'hésite pas à recourir à un discours révolutionnaire qui inquiète les milieux d'affaires nicaraguayens et étrangers. La Première Dame, Rosario Murillo, occupe un rôle de premier plan, que ce soit à la tête du Conseil de Communication et citoyenneté ou au sein des Conseils du Pouvoir Citoyen. Composés de membres du FSLN, ils quadrillent chaque quartier et forment une sorte de pouvoir parallèle. Les opposants appellent l'épouse du président, la Bruja, la sorcière. Elle pourrait se présenter à la présidentielle de 2011, si la Constitution n'est pas révisée pour permettre la réélection de Daniel. On entre dans un schéma chaviste ou à la Kirchner...
Si le F.M.I. accorde son appui au programme économique du gouvernement, les relations avec l'U.E., autre important bailleur de fonds du pays, se tendent en raison de prétendues dérives autoritaires et clientélistes du régime. On observe une concentration extrême des processus de prise de décision et des pressions sur les ONG et le Mouvement autonome des femmes. Ces pratiques tendent à détériorer les relations du gouvernement avec les médias comme avec la communauté des pays. L'exclusion de deux partis d'opposition dont le Mouvement de Rénovation Sandiniste (MRS), entache ainsi la campagne pour les élections municipales du 9 novembre 2008. Après plusieurs jours d'affrontements entre partisans d'Ortega et opposants qui accusent le gouvernement de fraudes.
21 novembre 2008 - le Conseil suprême électoral proclame officiellement la victoire du F.S.L.N. dans 105 municipalités sur 146 (dont la capitale Managua où les suffrages ont été recomptés) contre 37 au P.L.C. et 4 à l'Alliance libérale. Lors de l'élection municipale dans la région autonome de l'Atlantique Nord du 18 janvier 2009, le FSLN a remporté 4 des 7 mairies en jeu. Le PLC obtient deux sièges et le parti indigène Yatama un.
Mais l'opposition entend faire annuler le scrutin tandis que certains observateurs (non accrédités par le pouvoir) l'O.N.U., l'O.E.A. et l'U.E. en dénoncent le manque de transparence. Dans les faits, le Chef de l'Etat tire profit de la division de l'opposition libérale, théoriquement majoritaire dans le pays, mais scindée en deux formations Les partis d'opposition, le PLC en tête, ont déposé un recours auprès du Conseil électoral et tenté de mettre au vote l'annulation du scrutin à l'Assemblée nationale. Le pouvoir a alors suspendu les travaux du Parlement. Après des manifestations violentes opposant les militants sandinistes aux groupes de l'opposition, le calme est revenu.

La crise post-électorale de novembre 2008
En 2004, le FSLN avait remporté 87 municipalités, dont 14 chefs-lieux de département. Il a perdu trois chefs-lieux, mais son contrôle territorial demeure largement majoritaire. Cette victoire consolide le pouvoir de Daniel Ortega. Selon les chiffres officiels du CSE, le Parti Libéral Constitutionnaliste (PLC, droite) a obtenu 46,45% des suffrages et la victoire dans 49 municipalités (57 en 2004), dont 6 chefs-lieux départementaux (2 en 2004).
C'est de la capitale que sont parties les accusations de fraude. Le candidat sandiniste à la mairie de Managua, l'ex-champion du monde de boxe Alexis Argüello, a devancé avec 51,30% des voix les 46,45% que le CSE octroie au candidat du PLC, le libéral Eduardo Montealegre, principal adversaire de Daniel Ortega à l'élection présidentielle de 2006. Mais, criant à la manipulation frauduleuse et affirmant tenir copie d'actes récapitulatifs de la majorité des bureaux de vote, Montealegre inverse les résultats du CSE, s'attribuant 51% et rabaissant à 46% le score d'Argüello.
Le chef de l'Etat avait alimenté les suspicions en renonçant, via le CSE, aux observateurs de l'Union européenne, de l'Organisation des Etats américains et du Centre Carter qui avaient cautionné il y a deux ans sa victoire à la présidentielle. Habituels lors d'élections en Amérique latine depuis le retour à la démocratie de la quasi totalité des pays de cette région, les observateurs d'institutions jouissant d'un prestige international ont été substitués pour les municipales du Nicaragua, par des délégués d'organismes peu connus regroupant notamment des présidents et magistrats d'administrations électorales d'Amérique centrale et des Caraïbes.
Les ONG nicaraguayennes ont également été écartées de l'observation électorale. La réputée Ethique et Transparence présente malgré tout sur le terrain, a constaté que des "incidents et irrégularités" se seraient produits dans 32 % des bureaux de vote, parfois fermés avant l'heure officielle malgré les files d'électeurs, et que les élections du 9 novembre auraient été "les moins transparentes et marquées par le plus grand nombre d'actes d'intimidation depuis 1996".
Au printemps dernier, la communauté internationale, dont l'Union européenne, avait dénoncé un autre mauvais présage: la suppression par le Conseil Suprême Electoral, pour des raisons administratives contestées, de la personnalité juridique de deux partis, dont le Mouvement de Rénovation Sandiniste (MRS), qui n'ont donc pas pu se présenter aux municipales. Dissidents du FSLN dont il dénonce la corruption, le MRS avait recueilli plus de 6 % des voix à la présidentielle de 2006 et il risquait d'affaiblir sensiblement le parti de Daniel Ortega.
Aux Etats-Unis, l'administration Bush a critiqué l'absence aux élections municipales nicaraguayennes d'observateurs nationaux et internationaux "crédibles". Elle a suspendu l'aide américaine dans le cadre du millénium. L'Union Européenne a fait de même.
Cependant la fraude présumée n'est pas clairement démontrée ; les sandinistes avaient déjà gagné les municipales précédentes. Ils ne font que confirmer leur implantation et le rejet par le peuple des politiques libérales. S'il y a eu fraude, elle n'est pas pire que celle que la droite pratiquait quand elle était au pouvoir (selon des témoignages locaux). C'est malheureusement une coutume ici. Il est néanmoins regrettable que les observateurs internationaux n'aient pas été autorisés à contrôler le scrutin. Cela aurait évité cette suspicion dont les conséquences sont graves pour le pays avec la suspension des aides internationales. En attendant les sandinistes proclament que crier à la fraude serait la véritable fraude.

17 avril 2009 - La banque de l'ALBA, décide l'octroi de 50 millions de dollars au Nicaragua, pour contourner le blocus des Etats-Unis et de l'Union européenne et financer les projets de développement agricole et l'alphabétisation.

Une politique en noir et blanc, avec des aspects très contestables.
Les aspects négatifs Les aspects positifs
Avortement : D.Ortega, hier favorable à l'IVG, a changé d'avis depuis qu'il est revenu au pouvoir ave l'aide du PLC, et adopté la religion catholique...Il a fait appliquer la loi anti-IVG, même thérapeutique, adoptée sous le règne de Violeta Chamorro. Le décret a été signé en présence des évêques et des représentants des églises évangéliques dont l'influence s'étend dans ce pays ultra catholique.
Le FSLN n'a pas la majorité à l'Assemblée Nationale et la loi fut proposée par la droite. On peut reprocher l'opportunisme des sandinistes qui se sont joint à ce vote pour ne pas se mettre à dos l'église et les croyants. Dans les faits, aucun médecin, ni personne d'autre n'a été inculpé, ni emprisonné pour ce délit depuis la promulgation de cette loi. Par contre, elle a été fortement politisée par les Ong qui pendant les différentes marches de protestation ont montré leur hostilité envers le gouvernement, demandant la destitution de Daniel Ortega, tandis que l'opposition serait en mesure d'abolir cette loi.
L'avortement est interdit dans plusieurs pays de cette Amérique Latine très catholique, comme par exemple au Chili et personne n'attaque Michèle Bachelet sur ce thème.
Corruption :
En quittant le pouvoir en 1990, les dirigeants sandinistes auraient mis des entreprises, fermes, propriétés, à leur nom pour : « préserver les acquis de la révolution en ne permettant pas la privatisation des biens de l'Etat ! »
Après la défaite électorale de 1990, la « nouvelle classe », formée par un certain nombre de dirigeants sandinistes, tente de ménager ses intérêts dans les structures de production acquises dans une logique de « privatisation » tout en prétendant défendre les acquis de la révolution. ( Le Monde Diplomatique)
Compromission avec la droite : Ortega a fait libérer Arnolfo Alemàn, condamné pour corruption à vingt ans de prison, en remerciement du soutien de son parti pour faire élire Daniel Ortega à la présidence.
LAICITE
Mireya, membre de la » Coordinadora Civil » craint que l'attaque envers l'ONG OXFAM ne mette en péril certains projets. Gioconda, qui a mis toute son énergie dans la construction et le fonctionnement d'une école pendant les années de gouvernement libéral - avec l'aide de la solidarité internationale - regrette que le gouvernement Ortega ne reconnaissent pas suffisamment ses efforts et préfère apporter des financement à des institutions religieuses. Il est vrai que le gouvernement sandiniste oublie souvent que le Nicaragua est un Etat laïc.

Les zones franches :
• voir chapitre économie (maquiladoras).
Atteintes démocratiques :
- annulation en mai 2008 de la personnalité juridique de deux partis d'opposition engagés dans la campagne électorale des municipales.
- refus d'une observation impartiale des élections municipales.
Santé : la gratuité de la médecine fut l'une des avancées sociales majeures du premier gouvernement sandiniste. Malheureusement, si l'hôpital public est efficace pour les maladies et soins courants, il manque cruellement de moyens pour les affections qui réclament une haute technologie. Il vaut mieux alors être riche pour aller se faire soigner dans un établissement privé bien équipé...
L'entrée du Nicaragua dans l'ALBA, doit permettre de compenser ces manques grâce à l'aide sanitaire cubaine.
L'enseignement : l'école gratuite est obligatoire de 7 à 12 ans. L'analphabétisme a reculé grâce au pouvoir sandiniste et à l'aide cubaine. Les brigades d'alphabétisation parcourent les campagnes. Cependant un quart des enfants ne terminent pas leur cycle élémentaire.
Ortega a fait chuter l'analphabétisme de 54 à 12 %. En particulier grâce à l'aide Cubaine dans le cadre de l'ALBA avec le programme « Yo si puedo », Oui je le peux.

PAUVRETE
La lutte contre la Faim : le plan « Hambre Cero »(Zéro faim)
Initié en 2007, il doit sortir 75 000 familles de l'extrême pauvreté.
- aucun gouvernement n'a fait autant d'effort pour essayer de sortir le pays de la pauvreté.
- Augmentation du salaire minimum de 30 %.
Le gouvernement concentre ses objectifs sur la lutte contre la faim et la pauvreté et cherche à prendre en main - dans la mesure du possible - les services de l'énergie, de la santé, de l'éducation et de l'eau, non sans une certaine contradiction de la communauté internationale. Ceci s'est traduit par : subventionner les usagers des transports publics, éliminer les méga-salaires du gouvernement et d'autres mesures d'austérité, commencer à améliorer les chemins abandonnés pendant les 16 années de gouvernements néolibérales, initier la nouvelle campagne d'alphabétisation et de vaccination massive....

Paysannerie
Les paysans ont bénéficié d'une réforme agraire : 1 million d'hectares distribués qui vont être en partie récupérés, revendus aux anciens grands propriétaires après 1980 et le retour de l'oligarchie au pouvoir.


Coopératives
Organisation en coopérative des petites et moyens producteurs. Ce système coopératif reste très présent pour le développement de fermes bio, associées au tourisme écologique, à l'artisanat, dans les transports.
Le programme usure ZERO
Il permet de financer les crédits des 45 % de Nicaraguayens qui travaillent à leur compte, à un taux d'intérêt de 5 % au lieu des 25 % pratiqués par les banques.

Politique internationale

En matière internationale aussi, il doit assortir les contraires, puisque, ami de Fidel Castro et d'Hugo Chávez, Ortega s'associe, dans l'ALBA (L'Alternative bolivarienne pour les Amériques*) avec le Venezuela, la Bolivie d'Evo Morales, Cuba, l'Equateur, la Dominique, le Honduras, sans pour autant remettre en cause le traité de libre-échange (A.L.E.A.C. - Accord de libre-échange de l'Amérique centrale) que son pays et d'autres États de la région ont signé avec les États-Unis en 2004, et qui est entré en vigueur en 2006.
• Le Honduras a adhéré ainsi à l'Alternative bolivarienne des Amériques (Alba), l'initiative d'intégration régionale lancée par le Venezuela et Cuba en 2004 à laquelle ont adhéré successivement, la Bolivie, le Nicaragua et de La Dominique.
- Rebaptisée à cette occasion Alliance [au lieu d'Alternative] bolivarienne pour les Amériques, l'ALBA a formalisé l'adhésion de trois nouveaux Etats, dont l'Equateur, lors de son VIe Sommet extraordinaire, tenu le 24 juin à Maracay (120 km à l'ouest de Caracas). Créée en décembre 2004 sous l'impulsion du président vénézuélien Hugo Chavez et de son homologue cubain de l'époque, Fidel Castro, l'ALBA compte désormais neuf pays membres.
L'Equateur, ainsi que les deux petits Etats insulaires d'Antigua-et-Barbuda et Saint-Vincent-et-les Grenadines, ont rejoint officiellement mercredi le Venezuela, Cuba, la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras et la Dominique au sein de l'ALBA. La richesse pétrolière du Venezuela est l'une des bases essentielles de cet outil international de la gauche radicale latino-américaine.
Présent au sommet en qualité d'observateur, le ministre des Relations extérieures du Paraguay, Hector Lacognata, a affirmé que son pays adhérerait aussi à l'ALBA "dans peu de temps".

Ortega dérange
Déjà avant les élections municipales, Ingo Niebel écrit : (le 31 août 08) Depuis le début de l'année 2008, l'Union européenne, avec l'aval de la Maison-Blanche augmente la pression contre le gouvernement de Daniel Ortega. Ils veulent freiner l'avance des gouvernements progressistes du Venezuela, de Cuba, de la Bolivie, du Nicaragua et de l'Equateur. Washington et Bruxelles ont décidé de s'attaquer au Nicaragua, l'un des membres les plus fragiles de l'Alternative Bolivarienne des Amériques (ALBA). Les évènements récents de juin 2009, démontrent, avec le putsch militaire au Honduras, que les Etats-Unis ne laisseront pas se déliter sans réaction leur pré-carré des petits pays d'Amérique centrale et qu'ils feront tout pour éviter la contagion « gauchiste » de l'Amérique du Sud. Les Etats-Unis et l'Europe veulent convertir les élections municipales de novembre en début de la fin du dirigeant sandiniste Daniel Ortega.
Le 17 août 2008, les ambassadeurs des pays de l'Union Européenne s'entretiennent avec l'ONG nicaraguayenne « Etica y transparencia » parce que le CSE ne leur reconnaît pas le rôle d'observateurs. L'argent de cette coûteuse activité vient de l'Ambassade de Norvège et de la NED (Nacional Endowment for Democracy) financée par la Maison-Blanche et qui appuie les groupes voulant déstabiliser ou faire tomber les gouvernements qui s'opposent aux directives de Washington. Dans son livre « Le code Chavez », la journaliste Eva Golinger a révélé l'intervention de la NED dans la politique intérieure du Venezuela avant et après le coup d'Etat avorté. Le nouvel ambassadeur des Etats-Unis à Managua s'appelle Robert Callahan. Il était en fonction au Honduras à partir de 1981 sous la direction de John Negroponte qui, en collaboration avec la CIA, a organisé la sale guerre contre le gouvernement sandiniste. Son rôle consista à diaboliser » le FSLN, vanter les mérites de la Contra et cacher les violations des droits de l'homme au Honduras et autres pays de la région (Salvador, Guatemala). Les Etats-Unis ont gelé « provisoirement » tous les projets prévus dans le cadre du « Millenium ». La droite refuse de siéger à l'Assemblée et ne veut pas approuver le budget pour 2009, alors que les fonds pour continuer les projets sociaux et l'amélioration du réseau routier sont disponibles

DANIEL ORTEGA

Né à La Libertad, Daniel Ortega commence des études de droit à l'université d'Amérique centrale de Managua.
Il abandonne la faculté en 1963 pour se rallier au Front sandiniste de libération nationale (FSLN) et se consacrer à la lutte contre la dictature du clan Somoza, au pouvoir depuis 1956. En 1967, il prend la tête du Mouvement urbain de résistance, la plus modérée des trois factions du FSLN en guérilla contre Somoza. Incarcéré de 1967 à 1974 pour le cambriolage d'une banque, il est exilé à Cuba à sa sortie de prison mais regagne clandestinement le Nicaragua pour rejoindre le FSLN.

À la chute du dictateur Anastasio Somoza Debayle, en juillet 1979, Daniel Ortega participe au gouvernement de Reconstruction nationale formé par les sandinistes, soutenu par l'ensemble de la population. Après le retrait de Violeta Chamorro, opposée à l'orientation marxiste du nouveau gouvernement, il prend la direction de la junte sandiniste. Celle-ci s'attelle à la reconstruction du pays dévasté par la dynastie Somoza durant la plus longue dictature de l'histoire de l'Amérique latine.
En 1984, Daniel Ortega est élu président de la République avec 67 % des voix. La participation qui s'élève à 79 % témoigne de la permanence du soutien de la population au leader sandiniste élu pour six ans à la tête de l'État. La même année, il établit des négociations avec les responsables politiques américains et accepte de signer le traité de paix régional rédigé par le groupe Contadora (Colombie, Mexique, Panamá et Venezuela). Au terme d'une longue guerre civile, très coûteuse pour les sandinistes et pour l'économie nationale (les Etats-Unis ont imposé un embargo commercial depuis 1985), il accepte d'organiser des élections libres en 1990 en contrepartie du désarmement des contras.
Aux élections de février 1990, avec 40,8 % des suffrages Daniel Ortega est battu par Violeta Chamorro, candidate d'une coalition conservatrice soutenue par les États-Unis.
Depuis 1995, Daniel Ortega, a transformé le FSLN en parti social-démocrate, il axe sa campagne sur la réconciliation nationale, la paix civile et l'amour. Alors que les sondages pronostiquent un duel au coude à coude, Daniel Ortega échoue pour la troisième fois consécutive avec 42,3 % des suffrages contre 56,3 % pour Enrique Bolanos. Après avoir reconnu sa défaite, il appelle à une " opposition critique mais constructive ". Il siège à l'Assemblée nationale auprès d'Arnoldo Alemán, en vertu d'un amendement à la Constitution qui garantit un siège de député pour le président de la République sortant et un pour le candidat arrivé deuxième lors du scrutin présidentiel. Il conclut un pacte de partage des pouvoirs avec l'ancien président, malgré la condamnation de celui-ci pour corruption, qui aboutit à une paralysie des institutions et suscite de nombreuses critiques dans les rangs sandinistes.
Lors de sa quatrième tentative en novembre 2006, seize ans après avoir quitté le pouvoir, Daniel Ortega est élu à la présidence de la République face à Eduardo Montealegre, avec 37,99 % des voix et une marge suffisante pour l'emporter dès le premier tour. Affichant ses volontés de réconciliation nationale, il a pour colistier un ancien dirigeant de la Contra et adopte un discours modéré, annonçant qu'il respectera la propriété privée et l'économie de marché et cherchera à favoriser les investissements étrangers.
Daniel Ortega est soutenu par une population très jeune qui en majorité n'a pas connu la période sandiniste.
(près de 60 % de la population a moins de 24 ans en 2006)


LE FSLN
Le Front Sandiniste est à vocation socialiste mais il est traversé par divers courants de sensibilités diverses. Il occupe la présidence et a une majorité de sympathisants politiques, mais il reste minoritaire dans les autres pouvoirs de l'Etat et face à toute l'opposition qui s'unit et se pose ensemble en adversaire. Il doit administrer un pays où l'économie capitaliste est dominante et gouverner une société dont les valeurs hégémoniques sont des valeurs libérales et néolibérales. Sa stratégie implique de défendre les mesures révolutionnaires et d'être un parti d'opposition au système capitaliste.
« En 1994, deux tendances s'affrontent : les uns prêchent la renonciation à l'anti-impérialisme, au socialisme, au caractère avant-gardiste du parti. L'autre courant mené par D.Ortéga, exposait la nécessité de réaménager le programme, sans s'éloigner des principes idéologiques du sandinisme. Ce dernier obtient 12 des 15 postes à la direction. Dénonçant son autoritarisme, la plupart des dirigeants nationaux, l'immense majorité de ceux qui ont été ministres et la plus grande part des députés quittent le Front, pour fonder le Mouvement de Rénovation Sandiniste.
(Le Monde Diplomatique de juillet 2009 -Hernando Calvo Ospina.)
Le FSLN reste traversé par des courants qui s'opposent sur les alliances et compromis « stratégiques » avec la Droite depuis la réélection de Daniel Ortega à la présidence depuis 2007.
La lutte idéologique et la division de la société civile
Un des champs de bataille les plus importants est la lutte idéologique, dans la société civile, dans la compétition pour l'hégémonie sociale. Le FSLN s'efforce de mener la bataille des idées face à une opposition qui contrôle les médias et dont les valeurs exercent une grande influence sur une grande partie de la population.
Les Conseils de Pouvoir Citoyen, où les gens pourront questionner le système néolibéral, sont le principal champ de bataille idéologique, au sein de la population. C'est le projet le plus critiqué par toutes les autres forces qui se disputent l'hégémonie sociale.
Des organismes y participent activement, en particulier les moyens de communication et les ONG, mais aussi des groupes plus traditionnels comme les églises et les groupes de pression politique.
La société civile s'est divisée et forme plus ou moins trois groupes civico-politiques : Ces trois organisations expriment des intérêts sociaux et idéologiques différents.
Movimiento por Nicaragua
Ce mouvement est affilié à l'oligarchie conservatrice et ses organisations de parti (ALN-PC) qui ont peu de membres, mais des cadres très influents, surtout dans les médias de communication
Coordinadora Civil
Elle est composée en majorité d'ONG, dont les dirigeants tendent chaque fois davantage vers les positions du MRS, avec un discours anti-FSLN, même si une grande partie de ses bases territoriales militent au Front Sandiniste.
Coordinadora Social
Elle est composée dans sa majorité de mouvements sociaux, de corps de métier et de syndicats proches du FSLN.
Les organisations politiques citoyennes et syndicales
Le rôle des ONG
Les actions des ONG dédiés à l'alphabétisation furent une action noble, mais qui n'eut qu'un impact social très limité, car pendant que 100 personnes étaient alphabétisées, le système capitaliste générait 1000 illettrés.

Sous la droite, le budget de l'éducation diminua de 50 % et il en fut de même pour la santé et les autres services publics, tous en processus de démantèlement.
Le second objectif consista à recueillir les excédents de l'économie populaire par le micro-crédit....
Pour rendre les ONG financièrement indépendantes, la solution proposée fut d'investir le capital avancé par la coopération internationale dans des prêts à court terme. Ainsi ces micro-finances firent le travail des banques traditionnelles. Les taux d'intérêts oscillèrent entre 20 et 60 %. Quelques dizaines de milliards de dollars destinés par le capital international aux pauvres du Tiers Monde commencèrent à augmenter la source occidentale de ces fonds.
Les producteurs appauvris avaient besoin de ces fonds puisque les gouvernements ne leur prêtaient plus. Mais, essentiellement dans le secteur productif, pour quelques-uns qui ont progressé, des dizaines d'autres furent saisis ou entrèrent dans un processus de décapitalisation. Ainsi, lentement, le micro-crédit s'orienta vers le commerce et la consommation, profitant du flux de l'argent provenant des expatriés arrivant chez les pauvres.
LES PARTIS POLITIQUES
PCN : Parti Conservateur National
Alliance libérale : Coalition du PLC (Parti Constitutionnel Libéral), PALI (Nouveau parti Libéral), PLIUM (Parti Libéral Indépendant pour l'Unité Nationale), PUCA (Parti de l'Union centroaméricaine).
FSLN : Front Sandiniste de Libération Nationale
PLI : Parti Libéral Indépendant
PCCN : Parti du Chemin Chrétien Nicaraguayen
PRN : Parti de la résistance Nicarguayenne
MRS : Mouvement de Rénovation Sandiniste
AU : Alliance pour l'Union
LES SYNDICATS
Syndicat sandiniste : Le Front National de Travailleurs regroupe 8 Unions ouvrières.
CPT : Congrès Permanent des Travailleurs (non-sandiniste)
CTN : Centrale des Travailleurs Nicaraguayens (indépendant)
Syndicat patronal
le COSEP : Conseil supérieur de l'entreprise privée
La syndicalisation n'atteint que 30 % et seuls les salariés permanents peuvent y accéder.

L'Emigration
A l'échelle du Nicaragua, ils seraient cinq cent mille de l'autre côté du fleuve frontalier, le San Juan, et trois cent mille dispersés ailleurs - environ 14 % de la population. Pour les campesinos (« paysans ») sans ressources, le Costa Rica est la destination la plus évidente : à quelques heures de bus et, jusqu'à une date récente, accessible sans visa. C'est toujours une dizaine de dollars d'économisés pour ceux qui souhaitent entrer légalement.
Quel que soit leur métier de départ, beaucoup de Nicaraguayens travaillent comme peones dans les plantations costariciennes. Banane, café, ananas, sucre, orange : le pays voisin a su diversifier avec succès un agrobusiness gourmand en main-d'œuvre. « A partir de janvier, je coupe le café là-bas, puis j'enchaîne sur les autres récoltes, explique M. Niño, qui, lassé par la difficulté du travail de la terre à Santa Rosa, y part chaque année illégalement. Et comme d'autres ici, je reviens pour semer le frijol [haricot]. Je gagne au moins deux fois plus que ce qu'on peut espérer au Nicaragua. » Historiquement, pour fuir les périodes de violence, la dictature d'Anastasio Somoza ou encore la guerre des années 1980, les Nicaraguayens se sont toujours tournés vers leur voisin du Sud. Mais, à partir des années 1990, la migration devient économique. Une migration de survie. Après la guerre, la démobilisation a lâché des milliers de soldats et de contre-révolutionnaires dans la nature, sans ressources ni avenir, et l'économie nicaraguayenne s'est révélée incapable de les intégrer. A l'époque, la priorité de Managua était de privatiser et de réduire les dépenses publiques. Avec sa croissance économique et son Etat-providence remarquablement développé pour la région, le Costa Rica est apparu comme un eldorado accessible. « Notre gouvernement trouve un intérêt réel dans cette émigration, analyse Mme Martha Cranshaw, du Réseau nicaraguayen de la société civile pour les migrations (RNSCM), une organisation non gouvernementale d'appui aux émigrés et à leur famille. Elle soulage la pression créée par le chômage. Mais nous commençons à saisir l'impact de ce phénomène sur notre pays. » Parfois à contre-courant des analyses en vogue...Tandis que l'Organisation internationale des migrations (OIM) et l'Organisation des Nations unies (ONU) misent sur les transferts d'argent des émigrés pour relancer le développement, au Nicaragua, des enquêtes de terrain démontrent que les 900 millions de dollars de transferts - plus que les exportations du pays - servent surtout à adoucir le quotidien d'une population à bout. Le RNSCM observe également un autre phénomène, moins immédiatement quantifiable : « Nous prenons peu à peu la mesure des milliers de drames individuels que représente l'émigration d'un père ou d'une mère de famille. Collectivement, l'impact de ce phénomène sur notre société est immense », confie Mme Cranshaw. Familles déstructurées, enfants élevés par des grands-parents plus ou moins présents, absence de la figure paternelle ou maternelle, désertion scolaire : quelle société se prépare le Nicaragua ?
REF : Le Monde diplomatique (www.monde-diplomatique.fr), décembre 2006.

Le travail des enfants
« L'enfant ne doit pas être admis à l'emploi avant d'avoir atteint un âge minimum approprié; il ne doit en aucun cas être astreint ou autorisé à prendre un emploi qui nuise à sa santé ou à son éducation, ou qui entrave son développement physique, mental ou
moral. ». Or, cet article de la déclaration des droits de l'Enfant, adoptée le 20-11-1989 est constamment contredit par la situation des enfants dans de nombreux pays. Au Nicaragua, le travail est autorisé à partir de 14 ans. Cependant, on compte quelques 314.000 enfants travailleurs âgés entre 5 et 14 ans (1) Pendant deux ans, en effet, des éducateurs ont donné la parole à des groupes d'enfants travailleurs, qui ont pu ainsi témoigner de leurs conditions de vie (2). Et le résultat de ce dialogue ne va pas dans le sens de ce qui est prôné par les organisations internationales et de nombreuses ONG..
Lorsqu'on leur donne la parole, le problème apparaît sous un autre jour. Ils disent vouloir travailler. Ils vont même jusqu'à affirmer que « Si on nous interdit de travailler, on remet en cause nos droits (3)». En effet, par leur effort, ils contribuent à leur subsistance et à celle de leur famille. Ils se construisent aussi : « Si nous ne travaillions pas, nous serions analphabètes, nous n'aurions pas de vêtements, nous serions dans la misère et morts de faim ». L'école, payante, est au-dessus des moyens. Par ailleurs, et bien que ce ne soit pas le cas dans la ville, le travail des enfants à la campagne est fortement enraciné dans la culture paysanne. L'enfant s'initie ainsi aux travaux des champs et acquiert sa place dans la communauté villageoise. On lui donne
parfois un lopin de terre pour qu'il puisse y planter sa propre récolte. Le travail des enfants, dans la mesure où il s'agit d'un acte de survie ou d'un acte coutumier, trouve ainsi son sens.
À la campagne, les enfants travaillent 10 à 14 heures par jour, et mettent sans cesse en péril leur santé par l'utilisation de pesticides et de matériel inadapté à leur taille. À la ville, ils sont vendeurs ambulants, même le soir. Soumis à la maltraitance des adultes qui les paient ainsi qu'à celle de leurs parents, aux abus sexuels, au regard méprisant de la société, à des horaires excessifs et irréguliers, les enfants travailleurs du Nicaragua sont conscients de la gravité de leur situation.
« Oui au travail, non à l'exploitation ». Ainsi, cette phrase fut le slogan du III rassemblement du Mouvement des enfants travailleurs du Nicaragua, les NATRAS, en 1995. Les NATRAS pensent en effet que la solution à leur exploitation n'est pas dans l'interdiction du travail pour les enfants. Puisqu'ils ne peuvent faire autrement que de travailler, pour assurer leur subsistance, ils veulent que leur activité soit réglementée. Ils revendiquent une reconnaissance sociale et un code du travail similaire à celui qui protège
les adultes. Car comme le dit un des enfants concernés, qu'est-ce qui fait que le travail n'est pas considéré comme dangereux pour les adultes? Le fait qu'ils sont adultes, ou les lois qui les protègent de l'exploitation?
Les enfants travailleurs du Nicaragua « rêvent d'un monde où les jeux, les études et le travail puissent être compatibles 4», d'un monde où leurs droits seraient respectés. À quand un monde sans pauvreté? Inès Vicario

Le Nicaragua et la violence
L'extrême pauvreté, un chômage avoisinant les 50 % dont la moitié touche les jeunes de moins de 24 ans ont permis le développement des Maras). Ces gangs constituent une grave menace pour l'ordre public dans certains pays d'Amérique centrale (Guatemala, Salvador, Honduras). Composés d'une multitude de réseaux hiérarchisés transnationaux, exerçant une violence systématique, ils ont bouleversé en quelques années le paysage social en Amérique centrale. Sa localisation géographique fait du Nicaragua une zone de transit des drogues (cocaïne et héroïne) en provenance d'Amérique du Sud (Colombie) vers le Mexique et les Etats-Unis. Le phénomène des Maras ne revêt cependant pas au Nicaragua la même gravité que dans certains Etats voisins (Salvador, Guatemala, Honduras).
Le pays demeure plus sûr que ses trois voisins du nord, en raison, pour une grande part, du pouvoir de contrôle de l'armée et de la police sandinistes. On s'y sent plus en sécurité que chez les voisins du Costa-Rica, plus riches mais plus exposés au banditisme. On ne risque pas d'être attaqué dans l'autobus comme au Guatemala (66% des bus y ont été agressés !). On peut s'y balader en toute sécurité, loin des images de violence civile qui règnent hélas dans d'autres pays du continent. Je peux en témoigner. Près de vingt ans après la fin des combats, les tensions persistent encore entre les ex-contras (recontras) et les ex-sandinistes (recompas) et le mélange des deux (revueltos). Cependant, si le combat politique est féroce et tranché, avec une presse de droite (La Prensa) qui véhicule la propagande la plus réactionnaire qui soit, dans une lutte idéologique intense pour la prise du pouvoir des consciences, en même temps le citoyen nicaraguayen respecte l'autre.
Et maintenant ?
Dans ce contexte, Daniel Ortega, ancien farouche adversaire des États-Unis, est revenu au pouvoir avec la promesse de lutter contre la faim, le chômage et l'analphabétisme que les gouvernements de droite précédents n'avaient même pas essayé de juguler. Les premières mesures prises par Ortega vont en effet dans ce sens :
-rétablissement de la gratuité des services de santé et d'éducation,
-réduction de 50% sur les salaires des hauts fonctionnaires et
- mise en place d'un programme d'aide aux familles rurales pauvres.
Cependant, 26 ans après, de ce FSLN révolutionnaire des années 80, il reste peu de choses. Le FSLN de 2007 ne rompt pas vraiment avec le modèle néolibéral. Ortega promet la fin du capitalisme sauvage, mais il s'est empressé de déclarer qu'il respectera le traité de libre-échange centre-américain avec les Etats-Unis et la libre entreprise, qu'il souhaite maintenir de bonnes relations avec Washington et qu'il négociera un cinquième programme avec le FMI. La possibilité de promouvoir des renationalisations ne figure pas à l'agenda et Ortega a assuré qu'il honorera le paiement de la dette publique. De quoi contenter la partie de la droite avec laquelle il gouverne (ne disposant pas de la majorité à l'assemblée), les impérialistes américains et l'oligarchie nicaraguayenne !
La négociation du cinquième programme avec le FMI
En vue de la négociation du 5ème programme avec le FMI, Ortega devait reformuler le projet de Budget 2007 rédigé par le président sortant Bolaños et le « Cadre budgétaire de moyen terme » 2007-2009 et qui devrait refléter les priorités du nouveau gouvernement dans la lutte contre la pauvreté. Or, Ortega s'est tout simplement approprié le document rédigé par son prédécesseur !
Le budget est bien loin de refléter les nouvelles priorités du gouvernement. Celui du ministère de la Santé est passé en 2007 de 210 millions à 217 millions ; celui du ministère de l'Education, avec une augmentation de 22,7 millions, représentait 15,3 % des dépenses totales contre 14 % sous l'ancien budget ; 274 millions seront consacrés au service de la dette publique.
Les conditions du FMI, validées par Bolaños et adoptées par Ortega
- Réforme de la Sécurité sociale
Le FMI exige d'effectuer des « réformes paramétriques » : augmentation du taux de cotisation et du nombre d'années de cotisations nécessaires pour avoir droit à la retraite et réduction drastique du pourcentage du dernier salaire sur lequel est calculé le montant de celle-ci.
- Gel de la masse salariale du gouvernement en terme réel
- Réformes de la Loi de stabilité énergétique, dans le but d'éliminer toute possibilité d'introduire le contrôle des prix de l'énergie et des hydrocarbures.
- Réforme de la Loi des communes et de la Loi de transferts budgétaires
Le FMI exige la « neutralisation » définitive des transferts aux municipalités, en leur attribuant de nouvelles compétences et responsabilités, jusqu'alors remplies par le gouvernement central. De sorte que ces transferts budgétaires qui permettaient aux municipalités de couvrir les déficits serviront à présent à faire face à de nouvelles responsabilités. Les municipalités, qui définissaient leurs propres programmes de développement, indépendamment des programmes nationaux et en fonction des besoins des populations locales, se convertiront alors, via le transfert de compétences, en simples « agents » qui exécutent les politiques et priorités nationales.
- Entrée en vigueur de la Loi de responsabilité fiscale
Cette loi vise à soumettre définitivement la politique fiscale du pays aux conditions du FMI. Avec les « plafonds », règles et restrictions fiscales convenues avec le FMI, les dépenses sociales du gouvernement se verront réduites, dans le but d'assurer avant tout la disponibilité des ressources pour garantir le paiement de la dette publique.
La logique financière du Cadre budgétaire 2007-2009, qui suppose le gel des dépenses publiques (autour de 20 % du PIB) et l'augmentation du paiement de la dette publique (qui représentera jusqu'à un quart de l'ensemble des ressources du gouvernement), est en contradiction totale avec les promesses électorales du FSLN. L'amélioration des conditions sociales de la population requiert un changement radical dans les priorités budgétaires et l'assignation de montants significatifs aux services sociaux et à l'infrastructure de base. Avec ce « Cadre », la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et des objectifs nationaux en matière d'éducation et de santé se verrait gravement compromise. Dans son « Plan national de développement », le gouvernement lui même reconnaît que les attributions à l'éducation et la santé seront tellement réduites qu'elles permettront difficilement de maintenir la faible couverture existante. Le budget de l'Education serait gelé à 3 % du PIB alors que le ministère de l'Education estime qu'il devrait au moins atteindre 4,7 % sur cette période pour atteindre les ODM et les objectifs nationaux. Cela signifie qu'il sera impossible d'augmenter substantiellement les salaires dans les secteurs de l'éducation et de la santé. Or c'est nécessaire si on veut attirer du personnel plus qualifié et par là améliorer la qualité de l'enseignement, de la santé et les perspectives de futur. Il ne sera pas non plus possible d'embaucher de nouveaux instituteurs et travailleurs de la santé nécessaires pour atteindre les objectifs nationaux.
C'est l'énorme soif de changement, surtout dans les couches sociales les plus pauvres, qui a permis le retour à la présidence de l'ex-leader marxiste. Le gouvernement devra faire face à de grands défis pour remplir ses promesses et assurer l'accès de la majorité exclue et marginalisée de la population à la santé, l'éducation et l'infrastructure de base. Mais Ortega pourra difficilement à la fois combattre la pauvreté et préserver les intérêts des capitalistes.
Allain Louis Graux (3. 07. 2009)
Références et sources
- le Monde Diplomatique - Risal - Inti Solidarité - Enquête personnelle

 



Publié à 01:56, le 4/07/2009,
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PRESENTATION DU NICARAGUA - CHAPITRE II - révolution sandiniste à 2001

La révolution sandiniste

Une frange plus radicale de la population choisit en revanche la lutte armée : fondé en 1961 par Carlos Fonseca, Tomas Borge et Silvio Mayorga, le Front sandiniste de libération nationale (F.S.L.N.) ne cesse de conquérir du terrain dans les années 1970. Appuyé par les paysans, les ouvriers et des citoyens désabusés par la dictature, le FSLN multiplie les coups d'éclat au cours des années 70. À partir de bases établies au Costa-Rica et au Honduras, il se livre à des actions de guérilla. Une offensive d'envergure, déclenchée au printemps 1979, et une grève générale, accentuent la pression sur Somoza qui perd graduellement ses appuis sur la scène internationale. La résistance à la dictature, composée de l'opposition conservatrice et de la guérilla sandiniste, des chrétiens adeptes de la théologie de la libération (Ernesto Cardenal), s'unit et se mobilise en 1978, suite à l'assassinat de Pedro Joaquin Chamorro, président de l'Union démocratique de Libération (UDEL) et propriétaire du très populaire quotidien d'opposition « La Prensa ». En Août 78, les sandinistes du Commandant Eden Pastora prennent  d'assaut le palais national à Managua. Sous le regard du monde entier, le dictateur lâche du lest et accepte les revendications du FSLN, les sandinistes peuvent diffuser leur message à la radio et par la presse écrite. Mais il s'ensuit à nouveau une terrible répression. Une grève générale, la prise de soixante députés en otage, puis c'est l'offensive militaire générale de juin 1979. Tacho démissionne finalement le 17 juillet et quitte le pays. La garde nationale dépose les armes et les troupes sandinistes libératrices entrent à Managua.

Une junte de cinq personnes (Junte de Gouvernement et de Reconstruction Nationale), dirigée par Daniel Ortega, prend le pouvoir le 20 juillet. Au sein du groupe, on retrouve trois sandinistes et deux membres de la société civile dont Violeta Barrios de Chamorro, la veuve de l'ex-directeur du journal La Prensa, héritière du nom d'une grande famille historique du pays. 

On estime à 50 000 le nombre des personnes qui ont perdu la vie au cours des terribles combats, quand la garde civile bombardait Managua.

Le gouvernement entreprend un programme économique d'inspiration socialiste. Le FSLN se propose de procéder rapidement à des expropriations et des nationalisations. Si le mouvement n'est pas officiellement marxiste, de nombreux partisans le sont. Dès le 25 juillet, quelque 2 000 coopérants cubains débarquent pour aider à remettre le pays en marche. Une réforme agraire est engagée avec la création de micro-entreprises ouvrière et de coopératives. La Constitution de 74 est suspendue. Une campagne d'alphabétisation est lancée (50 % des Nicaraguayens étaient analphabètes en 79. Ils ne seront plus que 15 % en 1990). La médecine devient gratuite.

Au début, Carter s'engage à verser 75 millions de dollars, mais dès l'arrivée de Reagan au pouvoir en 1981, l'aide américaine est suspendue. « Ni communistes, ni socialistes : sandinistes ! » Après sa victoire, le F.S.L.N. ne souhaite ni s'aligner sur le bloc soviétique, ni réaliser la révolution prolétarienne au Nicaragua. De fait, le premier gouvernement sandiniste est un gouvernement d'union nationale, favorable à l'économie mixte (les banques et les assurances sont nationalisées, mais l'industrie et l'essentiel de l'agriculture restent aux mains du privé), offrant toutes les garanties constitutionnelles à l'opposition. Mais l'orientation socialisante, combinée aux sympathies des sandinistes pour les régimes de gauche, (Cuba et l'URSS deviendront des alliés de circonstance comme ce fût le cas au début de la révolution cubaine) inquiètera le gouvernement américain qui décrétera un embargo contre le Nicaragua, avant de fomenter la contre-révolution et d'aider les contras.

Les deux membres représentant la bourgeoisie libérale au sein de la junte, Violeta Chamorro et Alfonso Robelo critiquent la politique des sandinistes et démissionnent  Leurs intérêts de défenseurs des couches aisées étaient en contradiction avec ceux de la majorité de la population qui bénéficiaient des réformes sociales du gouvernement. En mars 1981, Daniel Ortega dirige désormais seul une junte exclusivement sandiniste. La radicalisation du gouvernement va croissant pendant les années 1980.

1982 - Près de 2 500 anciens membres de la garde nationale aidés par les Etats Unis forment un mouvement appelé "contra revolucionarios" ou "Contras" et pénètrent au Nicaragua par le Honduras. Les partisans de Somoza (la Contra), armés par les États-Unis, harcèlent les troupes nicaraguayennes depuis le Honduras et le Costa-Rica. Eden Pastora*  reprend les armes, cette fois contre Ortega et «  la soviétisation de l'économie et du régime ». Il prend la défense des indiens Miskitos - dépossédés de leur terre à des fins de contrôle militaire, ils seront de précieux auxiliaires de la contra menée et composée par d'anciens membres de la garde nationale somoziste.

* Il n'a obtenu que 0,28 % des voix à la présidentielle de 2006.

La suspension de l'aide américaine par le président Ronald Reagan amène, par ailleurs, D. Ortega à demander un soutien à l'URSS. L'état d'urgence est décrété en mars 1982. Pour se défendre le gouvernement sandiniste décrète le service militaire obligatoire en 1983

1984 - Le sandiniste Daniel Ortega remporte les élections avec 67 % des suffrages et est élu Président (sans fraude d'après les observateurs internationaux, truquées selon les Américains). Les élections de 1984 se font pourtant sans participation de l'opposition.

1985 - les libertés fondamentales sont suspendues en 1985. Les Etats Unis déclenchent un embargo commercial contre le Nicaragua. La Cour Internationale de Justice condamne les Etats-Unis pour leur agression contre le Nicaragua.

1986 - Sous prétexte que le journal La Prensa est contrôlé par des capitaux américains, le gouvernement décide d'en interdire la publication. La censure est maintenue toute une année. Le scandale de "l'Irangate" éclate en novembre lors de la découverte de la vente d'armes secrète à l'Iran qui servait en partie à financer les "Contras.

La guérilla menée par la Contra atteint une telle intensité qu'elle désorganise l'économie nicaraguayenne, devenue une économie de guerre : les dépenses militaires absorbent jusqu'à 25 % du P.I.B., pénalisant des secteurs comme l'éducation, la culture, la santé. Le taux d'inflation atteint 200 %.La politique de contrôle des prix agricoles fut un échec, provoquant une terrible famine parmi les paysans pauvres, alliés traditionnels des sandinistes. Incapables de mener les réformes sociales qu'ils envisageaient initialement, impuissants à contrôler la Contra, tandis que la production et les échanges sont totalement désorganisés par la guerre et la collectivisation, les sandinistes sont obligés de faire des concessions.

1987 - En 1987, Oscar Arias, président du Costa-Rica, propose un plan de paix, qui est accepté par l'ensemble des parties en conflit. L'état d'urgence est supprimé en 1987. Une nouvelle constitution est mise en place en janvier. Elle instaure la représentation proportionnelle pour l'élection présidentielle et fixe le mandat de chef de l'état à six ans.

1988 - Le gouvernement sandiniste et les "Contras" entament des négociations. Un cessez-le-feu est signé.

7 août 1989 - L'Accord de Tela met un terme à une guerre civile de onze ans, qui a fait plus de 50.000 morts et de nombreux déplacés.

1990 - des élections libres sont organisées en février. L'Union Nacional Opositora (UNO), coalition des 14 partis de l'opposition conduite par Violeta Barrios de Chamorro, inflige une défaite électorale au FSLN le 25 février. Un protocole de transition est signé, déclarant que la constitution sera respectée, que la réforme agraire sera poursuivie et que le désarmement des "Contras" suivra son cours. Le général sandiniste Humberto Ortega, frère de Daniel, est maintenu à la tête de l'armée.

 

Quel aurait pu être le destin du Nicaragua sans l'embargo et l'intervention américaine 

Si le régime sandiniste s'est fourvoyé en plusieurs domaines, comme le contrôle des prix agricoles, malgré quelques dérapages dus à l'agression américaine et contre révolutionnaire. Un pays asphyxier peut-il respirer librement ? Il a su éviter une évolution totalitaire comme à Cuba. Il a apporté un progrès humain incontestable sur le plan de l'éducation et de la culture. Tout cela dans un conteste international défavorable et après quarante années de dictature et de corruption

 

1992 - les contras sont enfin désarmés, après des combats qui se sont poursuivis dans le Nord du pays entre sandinistes et contras.

Entre 1990 et 1996, l'équipe de Violeta Chamorro est chargée de mener à bien le processus de transition démocratique et de réconciliation nationale. Les États-Unis ont levé leur embargo ; les sandinistes acceptent, pour leur part, d'être minoritaires dans le nouveau gouvernement. 90 % des troupes régulières sont démobilisées. La fin de la guerre civile permet à l'économie nicaraguayenne de sortir de l'ornière, mais la tâche de reconstruction du pays est immense : le Nicaragua est désormais l'un des pays les plus pauvres de l'Amérique latine, écrasé par sa dette extérieure et incapable de donner du travail à plus de 40 % de sa population active. Les grèves sont nombreuses car la politique économique du pays suit  les directives d'ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale, privatisant plusieurs entreprises et réduisant les dépenses sociales. De plus Violeta est d'un extrême conservatisme sociétale, elle limite l'usage de la contraception, interdit l'avortement thérapeutique, déclare l'homosexualité illégale. Son bilan économique et social est jugé insuffisant.

Le processus de démocratisation prend un nouveau tournant à partir de la réforme constitutionnelle de 1995.

La nouvelle constitution ramène le mandat présidentiel à cinq ans et le suffrage universel direct pour l'élection du chef de l'état. Les partis qui forment la coalition de droite et du centre, la UNO, se divisent à propos du Protocole de Transition négocié avec les sandinistes et la réforme de la Constitution qui redéfinit les moyens et compétences entre les pouvoirs de l'Etat. Cela se traduira par une crise permanente d'instabilité gouvernementale. Le niveau bas de la légitimité institutionnelle de l'Etat encouragera la corruption administrative et son impunité criminelle.

1996 - Cela conduit à la victoire, contestée par le FSLN, de M. Arnoldo Aleman (Parti Libéral Constitutionnaliste - PLC), Maire de Managua, lors des élections d'octobre 1996. Arrivée en deuxième position, les sandinistes ne sont alors plus qu'une force d'opposition parmi d'autres, de moins en moins radicale et de plus en plus social-démocrate. Le président Arnoldo Alemán (Parti libéral constitutionnel, P.L.C.) passe un accord de partage des pouvoirs (le Pacto ) avec Daniel Ortega pourtant dans l'opposition... Il se rétablit ainsi une sorte de bipartisme, par une réforme électorale qui empêchait plus ou moins les petits partis de se présenter aux élections. Il poursuit la politique de libéralisation économique entreprise par Violeta Chamorro et tente d'attirer au Nicaragua des investisseurs étrangers encore frileux. Son équipe parvient à juguler l'inflation et à mener à bien quelques projets d'équipement du pays, (construction d'immeubles et de routes) mais est impuissante à mettre un terme à une corruption endémique. Cette renaissance toute relative du Nicaragua est cependant anéantie par le passage du cyclone Mitch, en octobre 1998 : plusieurs milliers de personnes sont portées disparues, 10 % de la population nicaraguayenne est sans abri, le réseau routier est détruit aux deux tiers et 70 % des récoltes sont perdues. On estime que le retour au niveau économique de 1997 nécessitera vingt années d'efforts. La fortune du Président Alemàn s'est agrandit d'une manière étrange à cette époque ...

Il n'engage pas de réelle politique sociale, la santé et l'éducation ne sont pas ses priorités. Sa politique libérale est orientée par un seul objectif : la « désandinisation » du pays. Il bénéficie de l'appui, important dans un pays aussi croyant, de la hiérarchie catholique.

En novembre 2000, lors des élections municipales, le F.S.L.N., qui garde une grande capacité de mobilisation dans le pays, effectue une remontée spectaculaire (40 % des suffrages) laissant envisager une possible victoire lors des élections générales de novembre 2001. Le PLC est cependant reconduit au pouvoir lors des élections de novembre 2001 où trois partis seulement se présentaient : le PLC, le FSLN, les Conservateurs. On prétend que dans le contexte émotionnel du 11 septembre, le FSLN comme les Conservateurs se sont évertués à perdre les élections pour ne pas mécontenter Washington...

2001 - Le candidat du Parti libéral constitutionnel (P.L.C.), l'ancien vice-président Enrique Bolaños Geyer, arrive en tête du scrutin présidentiel et remporte l'élection. Celui-ci poursuit la politique de libéralisation de l'économie mise en œuvre par A. Alemán, en lui associant un volet anticorruption, qui vaut à ce dernier d'être poursuivi puis condamné à vingt ans de prison, et au président en titre de perdre le soutien de son propre parti, le P.L.C qui l'a porté au pouvoir. Il met en place sa propre formation politique. Cette initiative, risquée dans un système binaire, provoque son affaiblissement politique. Un nouveau pacte sandinistes-libéraux est alors conclu, avec ...Alemàn !

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Publié à 01:53, le 4/07/2009,
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PRESENTATION DU NICARAGUA - Chap I

 

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 Présentation du pays

 

Le Nicaragua est le plus grand des Etats de d'Amérique centrale. Il est situé à la limite du Honduras au Nord et du Costa-Rica au Sud. Il est bordé par la mer des Caraïbes et l'Océan Atlantique à l'Est et par l'Océan Pacifique à l'Ouest. Au Nord, face à la frontière hondurienne, se trouve la cordillère Isabelita. Au Sud le lac Nicaragua ou Cocibolca s'étend approximativement sur 148 km de long et 55 km de large ; c'est une véritable mer intérieure. L'île d'Ometepe, au Nord ouest est la plus grande des 130 îles qui se trouvent dans le lac. Ces îles sont connues pour leur beauté et constituent une des principales attractions touristiques du pays, avec l'archipel des Solentiname qui est situé au Sud-Est près de la frontière du Costa-Rica. L'autre grand lac est celui de Managua situé au Nord Ouest, à côté de la capitale.
Le pays est divisé en trois grandes zones: les terres basses de l'Atlantique qui forment de grandes étendues marécageuses, la région montagneuse centrale et les terres basses du Pacifique. Le territoire compte 40 volcans dont le volcan Momotombo (1258m) près du Lac de Managua. L'altitude moyenne est de 440 mètres au dessus du niveau de la mer et son point culminant est le mont Mogotin à 2 100 mètres d'altitude.

Les principaux fleuves sont :

-Le San Juan qui forme la frontière avec le Costa-Rica depuis le lac Nicaragua et débouche dans l'Atlantique.

-Le fleuve Coco (le plus abondant de l'Amérique Centrale), le Grande et l'Escondido (important pour la communication et le transport) qui se jettent dans la mer des Caraïbes.
La majorité de la population du Nicaragua vit dans les terres basses entre le Pacifique et le versant occidental du lac Nicaragua, la rive Ouest du lac Managua et le versant Sud Ouest de la chaîne des volcans. Sur la côte orientale, vivent les indiens miskitos.

 

Institutions

Le Nicaragua est une République unitaire, dotée d'un régime présidentiel. Le président et le vice-président sont élus au suffrage universel direct, pour un mandat de cinq ans. L'Assemblée Nationale comprend 92 députés, dont 90 sont élus au scrutin de liste à la proportionnelle.

La Cour Suprême de Justice est composée de seize magistrats, désignés pour cinq ans par l'Assemblée Nationale.

Le pays est divisé en 17 départements, 152 municipalités et 2 régions administratives autonomes sur la côte Atlantique.

 

 

Superficie : 129.494 km² -Population (2008): 6,2 M. hab.- Capitale : Managua

Langue officielle : espagnol ; (l'anglais, le miskito et le sumo sont parlés sur la côte atlantique).

Religions : catholiques (73%), mouvements évangélistes (15%), moraves (1.5%), sans confession (8,5%).

Monnaie : Córdoba. [1$=20,30C$ - 1€=1.3864$ -(06/09)]

Données démographiques

Croissance démographique (2008) : +1,8 %

Espérance de vie (2008) : 71 ans

Taux d'alphabétisation (2008) : 77 %

Part de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté (2008) : 48%

Données économiques

PIB (2008) : 6,732 Mds USD

PIB par habitant (2008) : 3, 083 USD  - 800 $/an -

Taux de croissance (2008) : 3,0%

Taux de chômage (2008) : 5,6%

Taux d'inflation (2008) : 13,8 %

Transferts des expatriés (2008) : 462 MUSD, soit 15% du PIB

Principaux clients (2008) : Etats-Unis, Salvador, Honduras.

Principaux fournisseurs (2008) : Etats-Unis, Venezuela, Costa Rica.

Part des principaux secteurs d'activités dans le PIB (2008)  :
- agriculture : 18,3 %
- industrie, construction, mines : 26,6 %
- services : 55,1 %

Exportations : café, viande, banane, or, coton.

Communauté française au Nicaragua (2008) : 570 personnes

Communauté nicaraguayenne en France (2008) : 350 personnes

 

 

Situation économique

 

Le Nicaragua subit les effets de la crise financière internationale et surtout du ralentissement économique aux Etats-Unis. L'économie nicaraguayenne est affectée notablement par la baisse du cours des denrées agricoles qui constituent l'essentiel de ses exportations (maïs, sorgho, haricots, coton, café, sucre, bananes, viande) et la réduction très sensible des transferts financiers des émigrés nicaraguayens au Costa Rica et aux Etats-Unis).

C'est aussi un grand pays d'élevage bovin, l'un des principaux producteurs d'Amérique Centrale.

La production de bois est importante. On pêche surtout des langoustes et des crevettes.

L'industrie se structure autour de la transformation des matières premières : sucre raffiné, produits chimique, tabac, textiles, ciments et plastiques. Les beneficios sont les usines de conditionnement du café.

L'industrie minière produit de l'or, du cuivre et de l'argent.

Si la croissance du secteur des ateliers de confection - maquilas - du fait de la compétitivité des produits nicaraguayens (moindre coût de la main d'œuvre) avait permis, notamment en 2006 et 2007, une relative amélioration des indicateurs économiques (en 2007 la croissance avait atteint 5% et l'inflation limitée à 9%), la situation s'est considérablement dégradée en 2008. Le taux de croissance est retombé à 3% et l'inflation s'est élevée à 13,8%. Cette conjonction de facteurs défavorables, associée à un endettement abyssal, a conduit les autorités nicaraguayennes à prendre (janvier 2009) une série de mesures pour faire face à la crise et au retrait des principaux pourvoyeurs d'appui budgétaire (réduction de 20% des dépenses de l'Etat, économies d'énergie, soutien à l'exportation des produits agricoles, reprise du dialogue avec les pays donateurs).

 

Le Nicaragua, avec le Honduras, fut un des pays les plus touchés par l'ouragan Mitch à la fin du mois d'octobre 1998. Avant les inondations provoquées par l'ouragan, il y eut la sécheresse du à l'effet climatique del Niño en 1997. En plus des dommages personnels et des infrastructures, la catastrophe a détruit les récoltes. Ce qui est désastreux pour un Etat  dont la principale activité économique est l'agriculture. Le pays fut en manque d'aliments. Le déséquilibre de son commerce extérieur interrompit son processus de récupération économique et provoqua une inflation importante. Les principaux produits agricoles sont le maïs, le sorgho et les haricots. En plus le Nicaragua exporte du coton, du café, du sucre, des bananes et de la viande. L'agriculture emploie les deux cinquièmes de la population mais représente un quart du Produit Intérieur Brut.

L'industrie nicaraguayenne est basée sur la transformation de matières premières, comme le sucre raffiné, les produits dérivés du pétrole, les produits chimiques, cigarettes et cigares, articles en peau, textiles, ciments et plastiques. Les plus grosses richesses de sa petite industrie minière sont l'or, le cuivre et l'argent. En plus des produits agricoles déjà cités, le Nicaragua exporte de l'or et des textiles. En contrepartie, il importe des minéraux, combustibles, produits pour son industrie et des biens d'équipements pour le transport. Ses principaux partenaires commerciaux sont les Etats-Unis (30,2% de ses importations et 41,9% de ses exportations), Mexique, Espagne, Le Salvador, Chili, Canada, Allemagne, Taiwan et Japon. Le Nicaragua est membre du Marché commun d'Amérique Centrale, de la Banque Interaméricaine de Développement et vient de signer un traité de libre commerce avec le Chili.

Les principaux secteurs industriels ont été nationalisés après la révolution sandiniste de 1979, mais ils furent de nouveau privatisés à partir de 1990, sous la Présidence de Violeta Chamorro. Dès son arrivée au pouvoir, les Etats-Unis retirèrent les sanctions économiques qui avaient été imposées au régime sandiniste de Daniel Ortega, De plus le Nicaragua obtint des aides financières du FMI à condition d'adopter un programme de réajustement économique.

 

 

La politique de la droite libérale

Ils privatisèrent l'économie et supprimèrent les subventions et prestations destinées aux plus démunis. Des usines coopératives ou nationales durent fermer leur porte accroissant le nombre des chômeurs dans ce pays où la moitié de la population ne mangeait pas à sa faim.

Selon l'ONU, le Nicaragua est passé de la 71° place en 1990 (arrivée de la droite au pouvoir) à l 10° place en 2008 sur l'échelle du développement humain. C'est en constatant ces faits que l'on peut apprécier pourquoi les sandinistes sont revenus au pouvoir...

 

 

Avec le retour de Daniel Ortega à la présidence, le Nicaragua est entré dans l'ALBA (L'alliance Bolivarienne pour les Amériques) qui compte à ce jour sept pays : Cuba, le Venezuela, la Bolivie, la Dominique, l'Equateur (observateur, adhésion juin 2009), le Honduras. Ce traité regroupe les pays sur des bases de coopération et d'échanges à la différence de l'ALCA que voulait imposer les Etats-Unis et auquel ils ont du renoncer pour conclure des accords bilatéraux.

Le Nicaragua a adhèré dès janvier 2007 à l'ALBA. Le Venezuela devint son allié majeur dans la région, ce qui permis au Nicaragua de bénéficier de livraisons de pétrole à des conditions préférentielles.

Depuis la victoire contestée du FSLN aux élections municipales de 2008 :

      -     Les Etats-Unis ont gelé « provisoirement » tous les projets prévus dans le cadre du « Millenium ». La droite refuse de siéger à l'Assemblée et ne veut pas approuver le budget pour 2009, alors que les fonds pour continuer les projets sociaux et l'amélioration du réseau routier sont disponibles. Face à cette pression économique, Hugo Chavez a déclaré que le Venezuela comblerait l'aide manquante des Etats-Unis.

Au delà du discours, la relation avec les Etats-Unis reste dominante compte tenu du poids de ce pays dans l'économie nicaraguayenne (64% des exportations et 21% des importations, transferts financiers des expatriés nicaraguayens et liens humains qui découlent d'une émigration forte vers ce pays). L'entrée en vigueur, le 1er avril 2006, du traité de libre-échange entre les Etats-Unis, l'Amérique centrale et la République Dominicaine (CAFTA-DR), a contribué à renforcer les relations économiques bilatérales. La coopération américaine atteignait 50 MUSD/an.

       -     Le premier à serrer les vis fut l'Allemagne. En avril 2008, le Ministère fédéral de collaboration économique et de développement annonce l'annulation d'une aide de 7 millions d'euros. Heidemarie Wieczorek-Zeul justifie cette décision en disant que la corruption avait atteint des niveaux importants depuis l'arrivée des sandinistes au pouvoir.

       -     La Commission Européenne, dont la délégation régionale est basée à Managua, débourse 50 millions d'Euros par an en faveur du Nicaragua (214 M€ programmés pour la période 2007-2013). La France contribue à hauteur d'environ 17,5%, soit aux alentours de 13M€/an. Après avoir été concentrée sur l'aide humanitaire, cet appui est désormais davantage orienté vers la bonne gouvernance, le développement économique et l'intégration régionale. Au delà de l'aide, l'UE contribue au développement des échanges commerciaux du Nicaragua par le biais de préférences tarifaires (SPG Plus). En octobre 2007, l'Union européenne a lancé avec l'Amérique centrale des négociations en vue d'aboutir à un accord d'association.

Depuis novembre 2008, l'Union européenne, sous prétexte d'une soi-disant dérive autoritaire du gouvernement de Managua a  gelé l'aide budgétaire européenne  (26 novembre 2008).

 

Le Nicaragua continue à entretenir des relations étroites avec les institutions spécialisées de l'ONU et les organisations internationales. Le Fonds Monétaire international, la Banque Mondiale, et le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) ont un rôle économique et social non négligeable.

Au plan régional, il faut souligner le soutien de Managua à la dynamique intégrationniste centre-américaine. Dans le domaine militaire, le Nicaragua coopère avec ses voisins dans le cadre de la Conférence des Forces armées centraméricaines (CFAC), institution créée en 1998, qui regroupe les quatre pays du nord de l'isthme (Guatemala, Salvador, Honduras et Nicaragua).

Certains pays d'Asie sont également très présents au Nicaragua. Avec une aide de plus de 20 MUSD en 2007, le Japon compte parmi les premiers bailleurs de fonds du pays. De même, Taiwan avec lequel le pays entretient des relations diplomatiques, consent dons et prêts à des taux avantageux, il est également très présent dans le secteur des « maquiladoras ».

Zones franches et de non-droit*

Près de Managua, une zone franche emploie 30 000 ouvriers et surtout des ouvrières, dans des maquiladoras. La production, essentiellement textile est réservée à l'exportation. Ces zones se sont développées sous le gouvernement libéral d'Arnolfo Alemàn. Si elles ont permis la création d'emplois dans un pays où le chômage et le sous-emploi atteignent 40 à 50 % de la population, ces enclaves du capitalisme mondialisé sont des zones de non-droit et d'exploitation maximale des travailleurs : pas d'impôts, pas de syndicats, des salaires très bas. Elles ne rapportent pas de ressources directes à un Etat qui en manque cruellement.

 

L'ETAT et les ressources.

Un quart du PIB est fourni par l'extérieur, par les dons, les revenus exportés par les immigrés, par l'aide internationale.

L'Etat a beaucoup de difficultés à percevoir les taxes et les impôts, malgré une campagne d'explication qui s'affiche sur les arrêts de bus : Payez vos impôts !  Payez des impôts n'est pas considéré comme naturel dans ce pays marqué par le libéralisme, le laisser-faire, la corruption. Avec peu de ressources publiques, il est difficile de mener une politique autonome de développement des équipements, des structures, des Services publics (une notion incompréhensible pour l'opinion)...

La suspension des aides internationales, après les élections municipales de 2008, va engendrer de grandes difficultés pour le gouvernement de Daniel Ortega, si elles ne sont pas compensées par les pays frères de l'Alba et le Venezuela.

Aide internationale : 25 % du PIB

Remises des expatriés : 18 %

NIVEAU DE VIE

- 79,9% de la population vivait en 2006 avec moins de deux dollars par jour, 45,1 % avec moins de un dollar (PNUD, IDH, 2006).

- D'après les chiffres de la Banque centrale du Nicaragua, le salaire moyen est de 255 $ alors qu'il ne s'élève qu'à

120 $ dans le secteur de l'éducation pour un professeur  d'université. 

À Sébaco, en 2004, dans leurs maquiladoras, les Taiwanais versaient des salaires de 450 à 500 pesos par quinzaine (20€). Avec une telle rémunération, une famille nombreuse n'arrivait même pas à s'alimenter correctement.

Actuellement, le montant moyen des payes ne dépasse pas les 70 dollars par mois (35 à 40€), revenu qui ne permet pas de couvrir les frais et les besoins principaux d'une famille.

La population connaît des écarts de revenus considérables. Le salaire des instituteurs équivaut à la moitié du salaire moyen du pays, celui des médecins serait 3 fois inférieur à celui des médecins au Honduras. Le taux de sous-alimentation atteint 27%, la moyenne latino-américaine est de 10%.

Ces chiffres, parmi les plus faibles d'Amérique latine, sont le résultat de 16 ans de politiques d'ajustement structurel et de désengagement de l'État envers la satisfaction des besoins fondamentaux de la population.

Le poids de la dette

Le remboursement de la dette est l'une des raisons principales de l'incapacité du gouvernement nicaraguayen à satisfaire les besoins fondamentaux de la population. Entre 1994 et 1998, le gouvernement a consacré en moyenne 51% de ses revenus annuels au paiement de la dette, plus du double des budgets alloués à la santé et l'éducation réunis.

L'éducation

Jusqu'en 2006, seuls 60% des enfants en âge scolaire bénéficiaient de l'enseignement. Le taux de scolarisation dans l'enseignement secondaire s'élevait à 41%. Le gouvernement consacrait 4,3% du PIB à l'éducation, contre 7% au Honduras et 7,6% au Zimbabwe, pays africain presque deux fois plus pauvre que le Nicaragua.

 Santé

Les soins de santé sont hors de portée pour une grande majorité de Nicaraguayens en raison de leur coût et de la faiblesse en taux de couverture sanitaire (63% de la population active travaille dans le secteur informel et ne bénéficie pas de protection sociale).

 

 

A la campagne, les journées de travail sont de 12 heures par jour ou plus, tous les jours de la semaine, durant la période de récolte (de 4 à 7 mois en moyenne). Cela signifie que les travailleurs/euses, durant la période de récolte, font au moins 84 heures par semaine, sans périodes de repos suffisantes dans la journée et exposés aux conditions climatiques extrêmes.

 

HISTOIRE

Le Nicaragua est habité depuis au moins dix mille ans. Au moment de la conquête espagnole en 1521, les deux principales cultures étaient celles des Chorotegas, venus du Mexique, et des Nicaraguas.  Les Maribios arrivés sans doute de Basse-Californie, s'installèrent au Nord-Ouest. La Côte atlantique est toujours habitée par les Miskitos et les Sumus, peuples aux langues similaires, originaires de Colombie et les Ramas. Les Lencas qui peuplaient l'Est du pays vivent aujourd'hui au Salvador et au Honduras et les Chontales, descendant probables des Mayas, peuplaient le centre.

Christophe Colomb foula le sol du Nicaragua en 1502, au cours de son quatrième voyage, mais c'est en 1522 que les premiers conquistadores arrivèrent avec Gil Gonzàles Davila. Ils étaient une centaine, accompagnés de quatre cent indigènes qui débarquèrent dans le golfe de San Lùcar de Barrameda, au village Chorotega de Nicoya. Puis ils rencontrèrent à Rivas le grand Cacique Nicarao à la tête d'une armée de 6 000 hommes. La tribu des Nicaros était descendue du Mexique après la chute de l'empire Aztèque à Teotihuacan. * Davila, malgré un accueil courtois, devra fuir vers le Panama.

Les Espagnols reviennent en 1523 et le Nicaragua est rattaché à la Capitainerie Générale du Guatemala par Francisco Fernandez de Cordoba. L'année suivante il fonde les villes de Léon et Granada qui seront capitales avant que Managua ne les détrônent.

A l'époque de la conquête, l'actuel Nicaragua comptait environ un million d'habitants ; soixante-dix ans plus tard, décimés par l'esclavage et les épidémies, on n'en dénombrait plus que dix mille...Cinq cent ans plus tard, ce qui reste des peuples autochtones à encore du mal à établir leurs droits sur des terres qui étaient les leurs.

Le pays ne possédant que peu de métaux précieux, or et argent, les colons se consacrèrent surtout à l'agriculture et au commerce du cacao, du bois et de l'indigo.

Les Anglais qui avaient entamé un processus de colonisation de la côte atlantique à partir du Honduras britannique (le Belize), fondèrent un royaume indigène fantoche appelé Moskitia dont le roi était nommé par le gouverneur de la Jamaïque. Il s'étendait du Belize au Rio San Juan (le territoire des indiens Moskitos). Des esclaves noirs y furent amenés des Caraïbes.

« Nicaragua serait d'origine nahuàlt, la langue des Aztèques, et signifierait « ici ensemble avec la mer : ni cati nahuac ».,

 

L'indépendance

Les premières révoltes secouent Léon en 1811. Les criollos (créoles, descendant des Espagnols et grands propriétaires) réclament l'abolition des taxes douanières pour produire du tabac et des alcools ainsi que l'autonomie politique locale. Ces exigences sont satisfaites, mais en 1821, quand le Mexique déclare son indépendance, les autres pays d'Amérique centrale le suivent. Le Nicaragua intègre l'empire mexicain d'Agustín de Iturbide, puis en 1823 devient membre de la Fédération des Provinces Unies de l'Amérique Centrale (Guatemala, Salvador, Honduras, Costa-Rica, Nicaragua).

La région atlantique reste sous domination britannique jusqu'à la fin du XIXème siècle.

Le Salvadorien Manuel José Arce en fut le premier président ; le Hondurien Francisco Morazán lui succéda, et la capitale fut déplacée à San Salvador. L'instabilité chronique dégénéra en guerre civile générale en 1837 lorsque le Guatémaltèque Rafael Carrera prit les armes contre Morazán, en partie pour protester contre sa politique anticléricale. Le 30 avril 1838, le Congrès fédéral décida que les États avaient le droit de quitter l'Union s'ils le désiraient : le Nicaragua et le Costa Rica s'en retirèrent immédiatement, suivis par le Guatemala et le Honduras en 1839, San Salvador restant le seul partisan de l'Union. En 1842, Morazán revint d'exil et envahit le Costa-Rica à partir de Panamá pour rétablir l'Union, mais fut battu sur la frontière du Nicaragua. Son échec porta le coup de grâce à l'Union.

Les premières années de la République du Nicaragua sont marquées par les rivalités entre l'élite libérale de León et l'oligarchie conservatrice de Granada, dont est issue la classe politique nicaraguayenne traditionnelle. Ce fût une période d'anarchie et  une guerre civile éclata en 1827 entre les villes rivales de Léon et Granada, pacifiée par le Gouvernement fédéral du Guatemala.

«  ...en 1826, quand le gouvernement central essaya de récupérer ses prérogatives, les provinces se rebellèrent et pendant deux années les forces armées de Centre Amérique combattirent, détruisant la terre, les fermes, et interrompant le commerce. Mais ce qui fût peut-être le plus important, c'est que l'armée centro-américaine détruisit le sentiment de l'ordre et de la paix qui avait existé pendant la période coloniale et encouragé une mentalité militariste qui a conduit à une décade de luttes destructives et à un siècle de désordre, un douloureux héritage pour l'Amérique centrale. (Foweraker Joe - Governing Latin America. Cambridge 2003, p 76).

En 1848, la découverte de l'or en Californie plaça le Nicaragua sur la route de l'une des plus importantes transhumances du siècle. Les émigrants, pour éviter de traverser en chariot les vastes et dangereux espaces entre la côte Est et la Côte Ouest, devaient passer par le détroit de Magellan ou le Panama. Le financier américain Cornélius Vansderbilt  fit construire une route de New York à San Francisco qui empruntait le Rio San Juan, le lac Cocibolca jusqu'à la Virgen et permettait de gagner la côte pacifique à San Juan Del Sur où l'on pouvait appareiller pour San Francisco. 

Le Nicaragua, même après le percement du canal de Panama, est resté un lieu géostratégique ; le projet d'ouverture d'un deuxième canal sur l'ancienne route des chercheurs d'or est toujours un enjeu dont se passeraient volontiers les peuples autochtones qui vivent sur les rives du San Juan. Cet intérêt a entraîné plusieurs interventions et prétentions pour contrôler le pays le plus pauvre d'Amérique centrale.

La Constitution

En 1838, elle consacrait surtout le Nicaragua comme une entité indépendante de la couronne espagnole, de l'empire mexicain et de la Fédération centroaméricaine. Les vingt années suivantes furent les plus chaotiques de l'histoire du pays et conduisirent à la Guerre Nationale, quand une des factions rivales, les libéraux, appuya l'expédition du mercenaire américain William Walker qui envahit le pays en 1855. Il débarque à Granada le 13 octobre et installe Patricio Rivas au palais présidentiel, avant de se proclamer Président lui-même et d'établir l'anglais comme langue officielle. Les familles et villes rivales de Màximo Jérez (Léon) et de Fruto Chamorro (Granada) font front commun pour chasser l'opportun qui voulait instaurer une république esclavagiste en Amérique centrale. Il est soutenu par les Etats-Unis. Ce qui provoque une guerre nationale de libération de toute l'Amérique centrale contre l'envahisseur yankee. Il est battu à San Jacinto le 14 septembre 1856 et chassé du pays en 1857. Il tentera à nouveau d'envahir le pays et sera exécuté le 12 septembre à Trujillo, au Honduras.

Une nouvelle Constitution est proclamée en 1858, qui inaugura une longue période de paix jusqu'en 1893 où huit présidents conservateurs gouvernèrent sans interruption, consacrant la victoire de Léon devenu capitale sur la libérale Granada. C'est à cette époque que de nombreuses terres sont extorquées aux autochtones et vendues à des colons

(Notamment allemands) qui commencent à développer la culture du café (comme au Guatemala). L'Etat est proclamé officiellement de culte catholique et établit une citoyenneté basée sur la propriété et la rente. Le Congrès est constitué de deux chambres élues avec un système électoral indirect, mais le pouvoir réel est présidentiel et le parlement réduit à approuver ses décisions deux fois  par an.

En 1893, le libéral José Santo Zelaya prend la tête du gouvernement et proclame une nouvelle constitution.

Connue comme la « Libérrima », elle sépare l'Eglise de l'Etat, transforme le parlement en une chambre unicamérale, supprime les conditions de propriété et de rente pour la citoyenneté et étend le droit de vote. Le Président établit le mariage civil, le divorce, proclame l'abolition de la peine de mort, et permet la liberté d'expression. Le grand paradoxe, c'est que le régime plutôt progressiste de Zelaya n'a jamais organisé d'élections... Sous cette présidence, l'économie se développe. Ce fut une grande figure de l'Amérique Centrale. Avec son ami Barrios du Guatemala, ils développèrent     l'instruction publique et diminuèrent le pouvoir de l'Eglise. Il consacra Managua capitale du pays.

Les Britanniques quittent définitivement le pays en 1894.

Comme Zelaya n'apprécie pas la politique du «  big stick » de Théodore Roosevelt, les Etats-unis appuient un coup d'Etat pour le renverser en 1909. Le pouvoir revient aux conservateurs et en trois ans le Nicaragua devient une colonie Nord-américaine. Le libéral nationaliste Benjamin Zeledon  sera exécuté alors qu'il tentait de reprendre le pouvoir.

1902 - La décision est prise de construire un canal Atlantique/Pacifique au Panama et non au Nicaragua. Il est inauguré en 1914.

1912 -  Les Etats-Unis installent une garnison de Marines sous le couvert d'une opération de maintien de l'ordre.

1913 -  Le traité Bryan-Chamorro permet aux Etatsusiens de contrôler les douanes et les chemins de fer

1916 - Les Etats-Unis verseraient une redevance de 3 millions de dollars pour une concession inaliénable sur le futur canal Atlantique/Pacifique. Cette concession légitime également la mise en garnison de troupes américaines au Nicaragua et réaffirme la mainmise américaine sur la région. Elles resteront jusqu'en 1925 et ... reviendront l'année suivante en raison de nouveaux troubles libéraux...

23 mai 1927 - Le rebelle libéral Moncada signe le « Pacto del espino Negro » qui reconnaît la présidence d'Adolfo Diaz en échanges de prébendes aux insurgés, de la pacification du pays et de la création d e la garde nationale. Tous les Caudillos (chefs) acceptent le traité sauf le Général Augusto César Sandino qui entame une guérilla contre la présence américaine, soutenu par les paysans.

 

 

Les deux bandes qui dominèrent les antagonismes politiques au XIX°s et au début du XX°, étaient organisées sur la base de réseaux clientélistes de chefs armés. Ces groupes régnaient géographiquement sur le territoire contrôlé par les deux cités principales : Léon et Granada. Leur logique de fonctionnement se basait sur le versement de prébendes et privilèges pour obtenir le soutien des militaires. De cette manière, les activités militaires et politiques  devinrent un moyen d'enrichissement et d'ascension sociale. Le caudillisme fonctionnait comme un système de clientélisme pyramidal, avec des chefs locaux, régionaux et nationaux. Ce qui les unissait, ce n'était pas les idées ou les principes, mais bien un sentiment de loyauté personnel. (Bendel, Petra )

 

Sandino forme une armée qui dresse son camp à Las Segovias, pour lutter contre l'occupant Yankee. Malgré leur équipement moderne et les bombardements aériens, les Marines ne peuvent se défaire de Sandino et doivent quitter le pays le 2 janvier 1933.

Le Général dépose les armes en échange de l'amnistie et d'emplois pour les rebelles, et sous la condition que l'indépendance économique et politique du Nicaragua soit maintenue et garantie.

L'année suivante, Somoza, chef de la garde nationale et du parti libéral, ourdi un complot et fait assassiner  Sandino d'une balle dans le dos au cours de négociations.  L'ordre de l'abattre a été donné par l'ambassadeur américain Arthur Blis Lane.

En 1936, il renverse le Président Sacasa, et prend le pouvoir en 1937, après des élections frauduleuses, avec le soutien des Etats-Unis. Il  instaure une dictature familiale. Son premier fils, Luis Somoza Debayle, sera président de 1956 à 1967. Son dernier fils, le général Anastasio Somoza Debayle, lui succèdera en 1967 et conservera le pouvoir présidentiel et militaire jusqu'en 1979.

 

AUGUSTO SANDINO

Né à Niquinohomo le 18 mai 1895, près de Masaya,, Augusto est le fils illégitime - sa blessure intime - d'un moyen propriétaire terrien et d'une de ses employées, ouvrière agricole. Durant son enfance, ce métis mène une vie misérable et développe un profond sentiment d'injustice. Sa mère, qu'il adore et suit dans les plantations de café, rencontre moult difficultés, au point d'être un jour emprisonnée pour cause de dette. A l'âge de 11 ans, Augusto est recueilli par son père, qui l'envoie à l'école et l'initie au monde des affaires. Vivant à l'ombre du fils légitime Socrate (qui le suivit dans son combat jusque dans la mort), sa belle-mère le traite moins bien qu'un domestique. Augusto obtient néanmoins des succès prometteurs pour le compte de l'entreprise paternelle. Le drame le rattrape en 1920: à la suite d'un conflit jamais élucidé, il blesse gravement un homme qui l'a insulté et s'enfuit. Menant une vie itinérante pénible au Honduras et au Guatemala, il met à profit son expérience de mécanicien acquise préalablement au Costa Rica. Il travaille dans des propriétés nord-américaines et prend conscience de la puissance de la « United Fruit Company », saisit le poids de la diplomatie du dollar et du big stick (gros bâton) dans la mer des Caraïbes.

Au Mexique, il travaille à Tampico pour des compagnies pétrolières US et baigne dans l'atmosphère postrévolutionnaire du pays phare de la modernité des Amériques latines. Frotté d'idées nouvelles, cet homme réservé et méditatif repense à son pays, dirigé alternativement par l'oligarchie libérale ou conservatrice et occupé militairement depuis 1912 par la Maison-Blanche. Il devient franc-maçon, adepte d'un spiritualisme humaniste et ésotérique. Désormais éveillé à la politique, Sandino retourne au Nicaragua lorsqu'une guerre civile éclate en 1926. Il intègre les troupes du général libéral Moncada, qui s'oppose au conservateur Adolfo Diaz, président à la suite d'un coup d'Etat et appuyé par Washington. Sandino se fait remarquer pour ses qualités de meneur d'hommes et compte bientôt 800 partisans. Mais en mai 1927, Moncada dépose les armes, amadoué par la diplomatie US, en échange du fauteuil présidentiel. Seul, Sandino refuse un tel pacte: "Je ne me vends ni ne me rends", proclame-t-il.

Suivi de ses partisans, le charismatique "bandit" coiffé de son célèbre chapeau texan se réfugie dans les montagnes des Ségovies, à la frontière du Honduras. Le corps expéditionnaire de plus de 5 000 marines US, aidé par la Garde nationale nicaraguayenne, affronte un adversaire coriace, discipliné et insaisissable. Avec le slogan "Patria y Libertad" et le drapeau rouge et noir comme emblème, la légende de Sandino naît. Mais son combat a des limites. Il lui faut des appuis politiques et financiers.

Au Mexique, où il reste une année, le président Portes Gil le reçoit. Sa renommée est mondiale: la Ligue anti-impérialiste étasunienne le soutient contre son propre gouvernement. L'écrivain Henri Barbusse le baptise "général des hommes libres" tandis que la mouvance communiste tente de l'embrigader- ce que Sandino refuse (en témoigne sa rupture avec son secrétaire salvadorien, le fameux Augusto Farabundo Marti). En effet, Sandino est un intuitif méfiant envers les systèmes idéologiques et la politique politicienne. Cet homme d'action est avant tout un patriote épris de mysticisme, qui parle avec sensibilité de l'être indo-hispanique, de Dieu, de liberté, de fraternité et de défense nationale au nom des opprimés. Sa lutte passe d'abord par le recouvrement de la souveraineté du Nicaragua dans une Amérique centrale solidaire et débarrassée de l'ingérence étrangère.

De retour au Nicaragua en 1930, il reprend la lutte. Elle occupe bientôt la moitié du territoire. Sandino semble invincible. A l'heure de la Grande Dépression, l'opinion étasunienne s'interroge sur cet engagement meurtrier. En 1932, l'élection du démocrate Franklin Delano Roosevelt à la Maison-Blanche change la donne. Avec la Good Neighbour Policy (politique de bon voisinage) vis-à-vis de l'Amérique latine (malgré des ambiguïtés), l'évacuation des marines s'achève début 1933. Sans avoir complètement gagné sur le terrain, Sandino remporte son combat disproportionné de six ans contre une armée puissante et moderne. La paix revient en effet avec le départ des marines, Sandino cesse les hostilités et se désintéresse de la vie publique. Il vit dans le souvenir de sa jeune femme Blanca qui vient de mourir en couche. A Wiwili, au milieu d'Indiens et d'anciens guérilleros, il organise une coopérative sur le Río Coco, rêvant d'améliorer pratiquement le bien-être quotidien de ses compatriotes. Son projet, lancé dans des conditions très difficiles, connaît un début de réussite au bout d'une année de travail harassant.

Mais les 5000 hommes de la GN commettent des exactions. Des anciens guérilleros sont assassinés ou disparaissent. Le "gamin de Niquinohomo" se plaint à Managua du non-respect de la paix des braves entre anciens combattants. A l'occasion du premier anniversaire de la signature des accords de paix, le président Sacasa lui propose de rencontrer le chef de la GN, le général Antonio Somoza García. Leur entrevue est cordiale et prometteuse - mais seulement en apparence. Le 20 février 1934, Sacasa nomme un délégué présidentiel dans les départements du Nord afin de les retirer de l'emprise de Somoza. Le 21, ce dernier, furieux, est reçu par Arthur Bliss Lane, le nouvel ambassadeur US. Le même soir, Sandino et deux de ses généraux quittent la table présidentielle. A 21h30, ils sont arrêtés par la GN. Somoza et quatorze de ses officiers ont scellé ce complot dans le sang: Sandino et ses généraux sont emmenés en camion sur un terrain d'aviation où ils sont froidement abattus; leurs corps ne seront jamais retrouvés. Le lendemain, l'assaut contre la communauté de Wiwili est lancé : 300 morts. Le règne de Somoza commence. Sa dynastie sanguinaire durera jusqu'en 1979, avec l'appui constant de Washington, malgré Roosevelt qui, en découvrant le dossier nicaraguayen, dit de "Tacho": "N'est-ce pas l'homme qui est supposé être un fils de p...?" Question à laquelle son secrétaire d'Etat Cordell Hull répondit: "Oui, il l'est en effet, mais c'est le nôtre."

 

La dictature des Somoza

Anastasio Somoza Garcia (1896-1956) est issu des rangs de la Garde nationale, créée par les Etats-Unis. Il est le premier de la dynastie Somoza qui gouverna le pays. Il se fit élire frauduleusement à la tête du pays et gouverna en dictateur pendant les 20 années suivantes (1936-1956). Il fut assassiné en 1956 par Rigoberto Lopez Pérez, un poète nationaliste. La répression sera terrible ; de nombreux opposants sont emprisonnés, torturés, assassinés. Son fils aîné, Luis, le remplaça. En 1957, il est élu comme par miracle ...Il garda le pouvoir jusqu'à sa propre mort en 1967, même si en 1963, il s'abrite et tire les ficelles du gouvernement de René Schick Gutiérrez.

En 1967, c'est son fils cadet, Anastasio Somoza Debayle, dit « Tachito », ancien commandant de la garde nationale qui est « élu ». La fraude électorale est devenue une pratique institutionnelle depuis les années 30. Il restera au pouvoir  jusqu'à la révolution « sandiniste » de 1979.

Pendant quarante ans, la famille Somoza va imposer une dictature impitoyable au Nicaragua. En quelques années, elle pille le pays, s'emparant de nombreuses industries et fait régner la loi du népotisme et de la corruption généralisée. La fortune des Somoza dépasse les millions de dollars et s'agrandit encore lors de la confiscation à son profit des plantations de café des colons allemands, expropriés au cours de la seconde guerre mondiale. Le pays s'enfonce dans une crise sociale sans précédent.

Si Anastasio crée la Compagnie électrique nationale en 1956, si Luis essaye de sauvegarder des apparences démocratiques et impose une réforme agraire en 1963, le cadet Tachito s'enferme dans la dictature et le détournement des richesses du pays. En 1972, après le tremblement de terre qui détruisit Managua, les trois-quarts fonds des fonds envoyés par la communauté internationale sont déviés à son profit. Il possède 65 % du PIB national au moment de la révolution de 1979.

Anastasio Somoza Debayle, surnommé Tachito, est né le 5 décembre 1925. C'est le second fils de Anastasio Somoza García. Étant le plus jeune des Somoza, il fut envoyé étudier en Floride. Il sortit diplômé de l'académie militaire de West Point en 1946. L'année suivante, il fut nommé par son père chef de la Garde nationale, l'organe répressif et le soutien du régime somoziste.

Après la mort de son frère Luis en 1967, Anastasio Somoza fut élu président. Il dut abandonner son poste en 1972, une loi interdisant d'exercer deux mandats consécutifs. Somoza fut réélu président lors des élections de 1974. Sa volonté de se maintenir au pouvoir par la répression lui fit perdre l'appui d'anciens soutiens : l'oligarchie, les États-Unis et l'Église catholique. À la fin des années 1970, des groupes défenseurs des droits de l'homme dénoncèrent les violations aux droits humains commis par son gouvernement.

Le 5 juillet 1978, la bourgeoisie antisomoziste fonde le Front élargi d'opposition (FAO) et propose l'installation d'un gouvernement provisoire et la tenue d'élections.

De septembre 1978 jusqu'à son éviction le 17 juillet 1979, une guerre civile fit rage entre le Front sandiniste de libération nationale de gauche et les forces fidèles à Somoza et son fils Anastasio Somoza Portocarrero, commandant de la garde nationale qui utilisa l'artillerie et l'aviation pour tenter de mater l'insurrection. Le bilan est estimé à 40 000 morts liés directement au conflit.

À l'aube du 17 juillet 1979, Anastasio Somoza Debayle démissionna et les Somoza fuirent à Miami. Peu de temps après, il obtient l'asile au Paraguay du dictateur Alfredo Stroessner. Il est assassiné le 17 septembre 1980 à

LE GUATEMALA 

MAYAS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

 

 

Capitale: Ciudad Guatemala
Population: 10.5 millions (1998) – 13 millions en 2008 -
Langue officielle: espagnol (42,5 %)
Groupe «majoritaire»: espagnol
Groupes minoritaires: environ 55 langues autochtones, dont 21 langues maya
Système politique: république présidentielle démocratique

 

La république du Guatemala est un pays d'Amérique centrale d’une superficie de 108 889 km2, soit près de 20 fois plus petit que le Mexique, mais trois fois plus grand que la Belgique. Le Guatemala est limité à l'ouest et au nord par le Mexique, à l'est par le Belize et la mer des Caraïbes (golfe du Honduras), au sud-est par le Honduras et le Salvador, et au sud par l'océan Pacifique. Le Guatemala est divisé en 22 départements administratifs, dirigés chacun par un gouverneur nommé par le président. La plus grande ville du pays est Guatemala (Ciudad), avec une population dépassant les 2,5 millions d’habitants. Les autres villes les plus importantes sont Quezaltenango (103 631 habitants), le centre commercial et industriel, Puerto Barrios (39 379 habitants), le principal port de la mer de la côte ouest, puis Mazatenango et Antigua. Le nom de Guatemala viendrait du mot nahuatl Coactlmoctl-lan, qui signifie «le pays de l'oiseau qui mange des serpents». La monnaie nationale du Guatemala est le quetzal, un magnifique oiseau sacré chez les Aztèques qui utilisaient les longues plumes de sa queue pour faire des objets de luxe. Ce petit pays s’étend entre la côte atlantique et le Pacifique. C’est un décor fabuleux de montagnes recouvertes de forêts, de volcans (trois cent recensés dont trente-trois sont surveillés et quatre en activité permanente) et de plaines envahies par la jungle tropicale. Ses 13 000 000 d’habitants vivent sur un territoire grand comme le cinquième de la France ; soit une densité de population comparable à celle de l’hexagone (102 hab. pour 108). Soixante pour cent des autochtones sont des Mayas, des peuples qui vivent aussi dans le Chiapas et le Yucatan mexicain, le Honduras, le Belize et le Salvador. La colonisation espagnole et les péripéties de l’histoire, après l’indépendance acquise en 1821, ont découpé artificiellement les frontières. Par exemple, l’Angleterre a amputé le pays d’une partie de son territoire pour se tailler une colonie bananière, le Belize, en échange de la construction d’une route entre la capitale, Guatemala Ciudad et Belize City. Les Britanniques n’ont jamais honoré leur promesse faites au dictateur Rafael Carrera en 1860, mais conservèrent le Belize aujourd’hui indépendant. Le Guatemala fut le siège de "l'empire maya" (de 1500 avant notre ère à 250 de notre ère).                                                                                                                                    Plan  de Tikal

Cette civilisation se développa dans les basses terres tropicales du Petén, au nord de l’actuel Guatemala. Son apogée se situa entre le VIIIe et le IXe siècle. La ville de Tikal, la capitale maya, comptait alors 45 000 habitants; les autres cités importantes sont El Mirador, Palenque, Copán, Tonina et Bonampak. Après l’an 900, ce fut la période de déclin: les Mayas abandonnèrent la forêt pour fonder, sous la domination des Aztèques (Toltèques) venus du Nord, une nouvelle civilisation qui s’implanta essentiellement sur la presqu’île du Yucatan au Mexique (Chichen Itza et Uxmal).

Le territoire habité par les Mayas occupait 400 000 km²; il correspondait à la partie sud du Mexique (Yucatan), ainsi que le Guatemala, le Belize et une partie du Honduras et du Salvador. Les Mayas étaient ainsi éparpillés dans des cités-États (Tikal, Palenque, Uxmal, Copan, etc.) dominées par de gigantesques pyramides. Ce qu’on appelle l’empire maya n’a jamais existé, les Mayas pas plus hier qu’aujourd’hui n’ont été rassemblés dans un Etat unique. Il sont les descendants et les héritiers du métissage avec des cultures précolombiennes plus anciennes : les Michesoque, les Olmèques et les Toltèques venus du Mexique. Ils parlaient trente et un dialectes différents qui n’étaient pas compréhensibles entre eux, sauf pour trois langues officielles utilisées par l’élite des prêtres et de la noblesse : le nahual (Mexique), le quiché (Guatemala), le cholti (Honduras). L’écriture n’était compréhensible que pour l’élite cultivée et instruite ; elles comportaient 800 glyphes différents. C’est grâce à la culture orale transmise par les scribes, encore de nos jours, que les chercheurs ont pu, après un siècle d’efforts, déchiffrer l’écriture des mayas. Les glyphes des stèles et des temples relatent l’histoire des rois des cités-etats. Les religieux espagnols ont détruits tous les livres mayas qu’ils estimaient diaboliques, pour convertir les indiens par la force. Aujourd’hui encore vingt-trois dialectes mayas sont parlés au Guatemala dont le Garifuna, idiome créole de q’quechi, espagnol, anglais, dérivé du pipil, pratiqué par les anciens esclaves noirs de Livingstone sur la côte caraïbe. Les principales langues utilisées par les Indiens sont le q’eqchi, le quiché, le cakchiquel, le mam. La langue officielle est évidemment l’espagnol, mais les habitants de villages entiers ne le parlent pas toujours, surtout les femmes et les enfants après cinq cent années de colonisation…Et donc n’ont pas accès aux attributs de la citoyenneté comme le vote. Cependant les communautés indigènes s’organisent de plus en plus pour développer à la fois leur propre culture et l’apprentissage de l’espagnol, créent des écoles de village et des centres de soins, des coopératives de production agricole et artisanale.

Les Mayas n’étaient pas dirigés par un Etat centralisé. Chaque cité était indépendante à la manière des villes de la Grèce antique. Elles établissaient entre elles des relations religieuses, commerciales, artistiques, architecturales. Et elles se faisaient la guerre, la prospérité des unes attirant la convoitise des autres. Entre 250 et 600 ap. J.C. les armées de Teotihuacan envahirent les hautes terres et asservirent les peuples mayas.

  La religion.

    Fumée-coquillage

Si pour les Gaulois la plus grande crainte était que le ciel leur tombe sur la tête, pour les Mayas, c’était que le soleil disparaisse par une belle nuit, s’engouffre dans l’infra-monde, happé par le jaguar, le soleil de la nuit et de la mort et ne réapparaisse pas le lendemain. C’est pourquoi ils pratiquaient les sacrifices d’animaux et aussi d’humains valeureux afin d’offrir leur sang qu’ils brûlaient pour que le fumet de cet encens monte vers le soleil afin de le rendre plus fort, plus vigoureux, pour résister aux ténèbres. Leur religion était essentiellement basé sur le culte des ancêtres et non sur le mythe d’un dieu créateur ou de multiples dieux. Les dieux sont arrivés plus tard, au post-classique (vers le IX° s.) en particulier Qetzalcoatl, le serpent à plumes et aussi souverain et prêtre toltèque. Dieu civilisateur, on lui attribue tous les enseignements : l’agriculture, l’architecture, la peinture, le calendrier, l’écriture, la métallurgie.

Les Mayas ont aussi leur bible, le popol vuh, le livre des évènements qui fut détruit pendant la conquête et reconstitué grâce à la tradition orale. Il raconte comment les Géniteurs, dans l’eau, cachés sous des plumes vertes et bleues, mirent en place la nature, et après divers essais avec de la boue, du bois (qui donnèrent naissance aux singes sans âme), fabriquèrent la chair de l’ancêtre des Quiché avec une pâte de maïs blanc et jaune, trempée dans l’eau pour faire le sang. D’autres aspects de la religion maya, comme le caractère cruciforme de l’arbre sacré (le ceiba), la cérémonie du baptême, la confession, les jeûnes, le partage religieux des boissons alcoolisés, l’utilisation d’encens (le copal) et d’autels, similaires aux croyances chrétiennes leur ont permis de mieux les assimiler. Leur pratique catholique est un fascinant mélange des rites chamaniques et chrétiens. Pour se soigner ils recourent plus souvent aux chamanes et aux remèdes traditionnels qu’aux médecins.

 Grandeur et décadence

L’unification culturelle des peuples maya s’est faite entre 600 et 400 av. J.C. et l’apogée de leur civilisation vers 400 apr.J.C. Installés dans des régions de marécages propices à la cueillette, la chasse, ils construisirent leur na,  leur hutte de paille. L’accroissement de la population provoqua la recherche de nouvelles sources de nourriture. Ils développèrent l’agriculture, la culture du maïs. Ce qui entraîna le défrichement de la selva sur les pentes des volcans et des montagnes. Vers 250 apr. J.C, les défrichements avaient épuisé et appauvri les sols, provoquant leur érosion. Il y eut également l’énorme éruption volcanique du Lilipango au Salvador en 200, qui envoya des cendres jusqu’au Groenland. Les champs de maïs furent brûlés et la terre rendue inculte pour plusieurs années. Ce qui entraîna la famine et la destruction. Les élites mayas s’enfuirent vers d’autres sites comme Copàn au Honduras. Ils construisirent des citernes et un réseau d’irrigation. Cette cité devint très riche et attira la convoitise du neveu du roi de Tikal. Il tua le souverain gênant et épousa sa fille pour créer une nouvelle dynastie qui régna 400 ans. Le réseau des cités indépendantes de l’empire Maya s’effondra vers 822. Les Mayas continuèrent à vivre mais sans pouvoir royal.

 

                                                                                                le temple du site de Ceibal

Plusieurs raisons expliquent cette décadence, autant que d’archéologues. Les guerres continuelles, les révolutions internes qui entraînèrent la perte de prestige de l’autorité centrale, et les coups assénés par les invasions des peuples « barbares » voisins ; comme pour l’empire romain.Des problèmes de nutrition avec l’accroissement de la population. Avec la famine, les enfants périrent en grand nombre, n’assurant pas le renouvellement des générations.La grande sécheresse de 820 dura trois ans. Aucune solution politique n’avait pu résoudre cette situation très complexe, toutes ces questions posées aux élites. De la fin du VIII° au X° siècle, toutes les Cités-Etats ayant connu un grand dynamisme culturelle, architectural, artistique, cesseront une à une de dresser des stèles datées où figurait l’histoire de ces royautés.Le nouvel ordre Toltèque allait intervenir avec le roi à la barbe et aux cheveux clairs Quezalcoatl. C’est de lui que naquit la légende selon laquelle il reviendrait un jour par le soleil levant. Ce qui plus  tard servit bien les conquistadors espagnols. La civilisation Toltèque abandonna sa capitale de Uucil-Abnal vers 1200. Elle devint Chichén Itza (Yucatan) avec l’occupation par les Mayas Itza installés aussi dans le Péten au Guatemala, près du lac qui porte leur nom, et du grand et impressionnant site de Tikal. Jusqu’à l’arrivée des Espagnols, le Yucatan fut le théâtre de luttes de pouvoir et de guerres entre les Cités-Etats.

 

 

La Conquête espagnole                                                                                                                                             Elle incomba à Pedro de Alvarado, en 1523, un lieutenant de Hernan Cortès, le vainqueur des Aztèques et conquérant du Mexique. Malgré l’envoi d’ambassadeurs pacifiques, le cruel Alvarado allié à des tribus rivales, envahit le Chiapas et les royaumes Quiché et Cakchiquel des hauts-plateaux guatémaltèques. Seul le royaume du paisible roi Canek à Florès sur le lac de Péten Itza subsista encore pendant un siècle. Tayasal tomba néanmoins aux mains des Espagnols en 1697, deux mille ans après la fondation des premières cités mayas.Les terres mayas furent divisées en propriétés, les encomiendas et les indiens réduits à la servitude sous la férule des encomienderos, leurs terribles propriétaires. Comme au Pérou le système fut interdit grâce aux moines franciscain et le dominicain Bartolomé de las Casas. Mais les pires abus, les expropriations, et l’exploitation continuèrent.La société Guatémaltèque est érigée en castes depuis la conquête. Au sommet les criollos, descendants des conquistadors et des Espagnols de souche (les 2% de blancs qui possèdent et dirigent le pays) ; puis les Ladinos ou Mestizos, sangs mêlés, et en bas de l’échelle sociale les indiens (60 % de la population) et les noirs (anciens esclaves concentrés à Livingstone et Puerto Barrios). En 1810, le père Miguel Hidalgo y Costilla, lança le cri de la révolte, el Grito de Dolorès. Il fut capturé et fusillé à Chihuahua au Mexique en 1811.L’indépendance acquise en 1821, le Guatemala prit la tête de la Fédération d’Amérique Centrale qui regroupait le Salvador, le Nicaragua, le Honduras et le Costa-Rica. Les guerres civiles et les conflits firent voler en éclats une union qui vécut seulement jusqu’en 1840. L’indépendance aggrava le sort des Mayas. Les Criollos et Blancs s’approprièrent les terres ancestrales des Indiens pour créer d’immenses plantations de culture du tabac, de la canne à sucre, du sisal. Les mayas étaient légalement libres mais endettés et dépendant des grands propriétaires. L’exploitation continue encore de nos jours puisque de riches propriétaires enregistrent au cadastre les terres où vivent les paysans depuis des siècles, de génération en génération, mais sans titre de propriété, et les font expulser par la police nationale pour s’approprier des terrains qu’ils ne cultivent même pas; 800 paysans avaient demandé refuge au Mexique parce qu’ils n’arrivaient plus à nourrir leur famille.                                                                                                Les rivalités politiques entre libéraux et conservateurs ont toujours servi les seuls intérêts des classes aisées urbaines et privé de droits les agriculteurs Mayas. Paradoxalement la politique libérale des premiers présidents fit l’objet d’un soulèvement indien qui porta le dictateur Carrera au pouvoir de 1837à 1865. Quand le libéral producteur de café Barrios vint au pouvoir se fut pour développer les infrastructures : routes, voies ferrées, écoles et … la culture du café en expulsant les paysans des Hautes-Terres. Jusqu’à l’élection du général Jorge Ubico en 1931, se succédèrent diverses dictatures et révolutions qui entraînèrent une grande période d’instabilité. Ce dictateur militaire modernisa le système social et sanitaire du pays, interdit le travail obligatoire des indiens dans les campagnes, pour…. les enrôler de force dans la construction du réseau routier.                                                                                                                                                                               La révolution de 1944 le renversa en juin pour faire place à une junte militaire qui continua sa politique…mais le 20 octobre, quatorze étudiants participèrent à la prise de leur quartier général, appuyés par un régiment. Ce jour devint celui de la fête nationale. Une junte provisoire de trois hommes dont le colonel Arbentz vint au pouvoir. Ils convoquèrent une Constituante et des élections générales pour le 1° mars 1945. Elles furent gagnées par le philosophe et démocrate de gauche Juan José Arévalo. Il institua le système national de sécurité social qui perdure encore. Il créa une commission des affaires indiennes, modernisa la santé publique, libéra la législation en faveur des travailleurs. Il institua l’autonomie municipale et la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Il légalisa le vote des femmes, lança l’alphabétisation, la couverture éducative, facilita l’impression des livres, permit et développa les organisations syndicales. Pendant son mandat, les forces militaires et conservatrices tentèrent vingt-cinq fois de le renverser par des putschs (un tous les trois mois). Le colonel Arbentz lui succéda en 1951 et poursuivit sa politique sociale et démocratique. Il entreprit la réforme agraire pour redistribuer les terres des grandes  propriétés aux petits paysans. Et surtout il expropria la United Fruit Company qui possédaitet exploitait les grands domaines de l’Est concédés par Estrada et Ubico aux Américains pour exporter des bananes produites à bas prix vers les Etats-Unis. Ce fut ce qui provoqua sa perte. La CIA organisa son renversement en armant des mercenaires et provoquant une invasion depuis le Honduras menée par deux militaires en exil. Arbenz dut démissionner en 1954 et la réforme agraire resta dans les cartons.

                                                                                                                                   Une usine du trust Us Del Monte

Les militaires succédèrent à Arbentz Guzman. La violence, les meurtres d’opposants devinrent monnaie courante. Le doit de vote fut retiré aux illettrés qui représentaient 75 % de la population. Cette violence conduisit à la formation de guérillas de type castriste à l’exemple de Cuba et des autres pays d’Amérique Centrale. La guerre civile allait durer jusqu’en 1996, trente-six années qui firent deux cent mille morts, six cent villages indiens rayés de la carte, des populations entières éliminées y compris les femmes et des enfants de moins de douze ans.                                                                                C’est sous la présidence du général Rios Montt, évangéliste parvenu au pouvoir par un coup d’Etat en 1982 qu’un grand nombre d’opposants, surtout indiens, furent massacrés. Il était encore candidat à la présidentielle en 2003. Mais son parti le FRG (Front Républicain Guatémaltèque) n’est arrivé qu’en 3° position avec 18 % des voix. Ce qui est encore beaucoup pour un massacreur qui fait l’objet d’une enquête judiciaire pour ses détournements de fonds. C’est Oscar Berger, le candidat de la Droite traditionnelle qui l’a emporté devant Alvaro Colom. Berger représente les intérêts des grands propriétaires terriens auxquels il est lié par sa femme. Alvaro Colom a pris sa revanche en remportant les dernières élections avec son parti de centre-droit Une. Mais cela n’a pas réduit sensiblement les inégalités entre l’oligarchie dominante et les masses populaires. En 2002, José Ruben Zamora, directeur d’El Périodico, a dénoncé la mafia formée de militaires et de criminels de droit commun, engagés dans le trafic de drogue, de voitures volées et de migrants, qui détient selon lui le véritable pouvoir au Guatemala. Quelque temps après, des membres des services de sécurité ont pénétré à son domicile et l’ont soumis à un simulacre d’exécution devant sa femme et ses enfants. Il a déclaré encore : « au Guatemala, les hommes politiques  n’ont le choix qu’entre l’oligarchie et le crime organisé… ».C’est pourquoi Colom avait perdu face à Berger (PAN, parti du Progrès National), il ne bénéficiait pas de l’appui de l’oligarchie financière du pays.

La Gauche est rassemblée dans l’UNRG  (l’Unité Révolutionnaire Nationale Guatémaltèque), le parti formé par l’ancienne guérilla, dirigé par Rodrigo Asturias (le fils de l’écrivain Miguel Angel Asturias), qui n’a recueilli que 3% des suffrages. Le manque d’argent (330 900 € contre 11 millions à Rios Montt) et la corruption généralisée expliquent ces résultats. Comment comprendre que des villageois qui ont subi des massacres comme à San Andres Sajcajaba en pays Quiche votent pour le FRG, alors qu’ils pleuraient encore leurs morts inscrits sur une plaque commémorative du cimetière ? Un témoin des évènements m’a dit que les paysans Quiche vendent leur âme au diable pour un sac d’engrais…

Les accords de paix signés en 1996 prévoyaient l’amélioration de la police et du système judiciaire, mais aussi une distribution plus juste des richesses et une reconnaissance des droits des Indiens. En fait cette société reste divisée en castes et les populations amérindiennes sont abandonnées à leur sort. Elles essaient de s’organiser dans les mouvements sociaux et populaires. En 2004, à la fin octobre, j’ai assisté à un grand mouvement de protestations qui a conduit à des incidents violents, opposant la police à des manifestants hostiles à la hausse des tarifs des transports en commun passés de 2,50 Quetzals à 3,50, suite à la hausse du coût des carburants. Une augmentation énorme pour les travailleurs et les femmes qui n’avaient plus les moyens de se rendre au marché vendre leurs produits. Des bus ont été incendiés. Les ex-forces d’auto-défense, les para-militaires ont manifesté aussi pour obtenir les indemnités promises par le président élu à la suite des terribles années de guerre, Arzu, l’homme des compagnies sucrières auquel succéda le populiste Alfonso Portillo, du même parti d’extrême-droite FRG que Rios Montt. Les routes et les accès aux aéroports ont été coupées par des arbres abattus, des barrages de pierres, pour faire pression sur les députés. Ils ont obtenu satisfaction par 114 voix sur 120, la loi a été votée, alors que la hausse du tarifs des transports est maintenue...Les manifestants que j’ai vus, des hommes masqués et armés de battes de base-ball étaient pour un certain nombre très jeunes, trop jeunes pour avoir connu la guerre. Les impôts vont augmenter pour les commerçants afin de financer ces indemnités versées aux nervis et assassins de paysans indiens. Le budget de l’éducation, lui, n’est que de 2% … On compte sur les instituteurs des églises et des missions évangéliques pour éduquer les masses indiennes dans la crainte et la soumission au dieu tout-puissant plus que pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans la langue de Cervantès. Il n’y a pas de maîtres d’école indigènes, ni d’enseignement dans les langues indiennes (selon le témoignage d’un Q’eqchi de Livingstone). Les rares étudiants d’origine Maya sont l’objet de discriminations raciales. Ils ne peuvent pas fréquenter les mêmes lieux que les Ladinos, comme les discothèques.           Autre paradoxe de cette société, le référendum de mai 1999 qui devait permettre de reconnaître les droits constitutionnels de la majorité indienne (6,3 millions sur 11 à l’époque) a été repoussé par 50,63 % des suffrages. Ils ne sont pas venus voter, l’abstention a été de 81,4 %. En fait les populations rurales ont été soumises aux pressions habituelles et ne veulent pas être enfermées dans un système particulier dans lequel elles voient une forme d’apartheid culturel et social. Si pendant la guerre civile les militaires durent remettre le pouvoir aux civils, les Etats-Unis ayant suspendu leur aide économique et militaire, tant les abus et les assassinats étaient flagrants. Ils s’arrangèrent pour contrôler le gouvernement et s’assurer de leur impunité. C’est la disparition de citoyens américains en 1995 qui provoqua une nouvelle suspension de l’aide au président Serrano qui avait lancé un auto-golpe en 1993, pour suspendre la constitution avec l’appui des militaires. Il semblait néanmoins que la CIA était impliquée dans l’assassinat du dirigeant de l’UNRG, époux d’un procureur des Etats-Unis.

Une société violente.

La guerre a cessé mais pas la violence. Violence économique et politique et violences quotidiennes dont sont principalement victimes les femmes. Soixante-six pour cent des bus sont attaqués. La presse étale quotidiennement  les assassinats à la Une, en moyenne dix par jour. Les victimes sont surtout les pauvres ; les riches, eux, voyagent en 4X4 climatisés et blindés, protégés par des vigiles armés de fusils à pompe ou de AK 47.

3 %  de la population possède 70% des terres cultivables ;

20 % des habitants les plus aisés ont des revenus 30% supérieurs à ceux des 20 % les plus pauvres.

Si les salaires des ouvriers qualifiés sont de 120 à 150 € (2004), le revenu des paysans, très disparates est bien inférieur. Les ouvriers (de Del Monte par exemple) s’ils sont malades et ou s’ils veulent partir en congé, peuvent le faire mais sans revenu salarial. Et ils sont souvent malades car ils subissent les épandages d’insecticides par voie aérienne et sans aucune protection Le système de sécurité social instauré en 1944 est vidé de sa substance, l’argent des cotisations est détourné, déposé dans les banques pour financer la construction d’hôpitaux privés. Ils sont d’un accès très cher et beaucoup ne peuvent pas y accéder pour être soignés. Il faut trois semaines pour obtenir un R.V. Les réformes promises par Portillo en 99, réforme du système judiciaire pour lutter contre la criminalité, taxer les riches, respecter les Droits de l’homme n’ont jamais été mises en pratique. Voici ce que pense Javier, un Q’eqchi :

« Le gouvernement Berger, c’est un peu mieux que les dictatures d’extrême droite qui l’ont précédé, mais ce n’est pas encore très bien. Les salaires sont très bas, il y a beaucoup de chômage et de pauvreté. Les gros propriétaires s‘emparent des terres des petits paysans qui y vivent depuis toujours. Vingt-deux familles très riches possèdent et dirigent le pays :

-Berger, d’origine Etatsunienne dont la femme est la fille d’un riche propriétaire terrien.

- La  famille Batran , c’est le rhum et le café.

- Guttierez, c’est la chaîne des restaurants « Pollo Campo », des magasins, des hôtels.

- Arsù, le sucre.

La politique de Berger, ce sont des grands projets économiques dans le cadre du plan de développement Pueblo Panama, initié par les Etats-Unis : le Puerto Pacifico, un port sur le Pacifique ; une voie autoroutière pour toute l’Amérique centrale, avec les expropriations des indigènes de leurs lieux de vie, la destruction de la selva. Un aéroport nouveau. L’électrification.                                                                                                                         Tout cela pour aboutir à une vaste libération des échanges entre le Nord très riche et l’Amérique Centrale. Par exemple, l’entreprise de téléphone BUESO a été privatisée pour un montant de 27 millions de dollars ; un cadeau aussitôt rendu aux Etats-Unis. La Poste a été semi-privatisée, cédée pour moitié à une entreprise canadienne. La qualité du service qui devait en résulter est toute relative. S’il s’en est suivi une amélioration de la rapidité des envois vers l’Europe (15 jours au lieu de 3 semaines) aucune amélioration n’a été apportée au pays lui-même. Et c’est plus cher qu’auparavant°. (L’envoi d’une carte ou lettre pour l’Europe coûte 8 Q (1,1O €) ; une fortune pour un Chiapin qui, il est vrai, communique rarement avec l’Europe.)                                                                              Le réseau électrique a été remis au trust espagnol ;                                                                                                   Les téléphones portables TELTEX, c’est le Mexique.                                                                                                    Et les services publics comme l’éducation et la santé ne fonctionnent pas..

(Note de l’auteur : il faut aller dans des agences postales pour acheter les timbres et déposer ou aller chercher son courrier. Il n’y a pas de « buzon », les boites à lettres. Tous les courriers postés entre le 19 octobre et le 3 novembre sont arrivés en France en même temps le 14 novembre.)

Les Mayas aujourd’hui.

La réalité de leur situation est très diverse, selon les ethnies, les régions, les activités exercées..La plus difficile est celle des paysans, pour cultiver et vendre leurs produits, soumis au bon vouloir des distributeurs d’engrais. Les villages isolés des montagnes n’ont pas d’écoles ni de service de santé et les accès par des pistes cahoteuses sont très difficiles. L’eau potable est un problème car les rivières sont très polluées. La plupart des maladies infectieuses proviennent de la consommation d’eau contaminée. Certains groupes, comme les Q’eqchis de l’association Aktenamit, s’organisent pour développer leur communauté tant sur le plan économique que culturel. D’autres, autour du lac Atitlan, des ethnies Quiche et Cakqchiquel, travaillent dans le tourisme qui est très développé dans cette magnifique région : objets artisanaux, tissages, poterie, peinture.

 

Tourisme linguistique également : les étudiants anglo-saxon d’Amérique du Nord, mais aussi Canadiens et Australiens, sont nombreux à San Pedro ou à Panajachel comme dans l’ancienne capitale Antigua. Pour ces populations qui ont accès aux dollars des occidentaux, le niveau de vie se rapproche  de celui des classes moyennes des ladinos qui vivent à Quichimula ou Huehuetenango, des villes très commerçantes et commerciales, livrées à toutes les transactions et les trafics, où les boutiques de marques (ou d’imitations) se bousculent. Etant donné le faible pouvoir d’achat, on se demande qui peut acheter les parfums, les fringues, les chaussures. Les vrais contacts sont difficiles avec ces populations qui voient dans tous les Blancs, des « gringos », des Americanos. Certains pensent que la France est un des Etats américains.                                                     au marché de san Iago du lac Atitlan

Les sourires engageants, le français appris au contact des touristes, ne sont que des moyens pour récolter les dollars. La relation véritable est pervertie par l’argent que nous avons et qu’ils n’ont pas. Comment développer un autre type de tourisme ? La question reste posée, et malgré quelques essais limités (comme à la posada Rafael de San Andres Sajcajaba), elle risque de le rester longtemps. Si beaucoup d’Indiens sont pauvres, ils ne sont pas misérables. Contrairement à bien des pays en voie de développement, on rencontre très rarement des mendiants. Tous sont vêtus correctement, les hommes à l’occidentale, les femmes magnifiquement avec leurs vêtements traditionnels, huipiles et corsages brodés aux couleurs chatoyantes qui font la beauté et l’originalité des marchés et des rues des cités et villages où vivent les Mayas d’aujourd’hui. Les Mayas sont très dignes, sauf les hommes quand ils font la fête et boivent jusqu’à s’écrouler par terre, comme à Todos Santos lors des festivités de la Toussaint, en l’honneur des ancêtres disparus. On se recueille sur les tombes qui ont été repeintes pour la circonstance ; on prie, on fait des offrandes, on communique avec les esprits des morts, mais aussi, on mange, on boit, pour partager un repas avec les défunts et on fait la fête, on danse au son des marimbas jusqu’à l’aube, dans une atmosphère de kermesse, de frites, d’empeñadas, de foire foraine. Les cerfs-volants (barriletes) s’élèvent dans les cieux pour mieux communiquer avec l’esprit des morts. Dans chaque cité du Guatemala, la Toussaint, c’est Noël !

 La course de la Toussaint
à Todos Santos Cuchamatàn
 Quel avenir pour les Mayas du Guatemala ?

 

Partagés entre traditions et assimilation, isolés dans leurs aldeas( hameaux) de la sierra (montagne), la selva( forêt), ignorés ou pervertis par les dollars des touristes, toujours divisés, trahis par nombre de leurs rares élites, éloignées à l’étranger où soumises aux pressions des cliques d’extrême-droite, corrompues par les politiciens, l’oligarchie mafieuse, le chemin sera encore long pour unir les peuples mayas dans une citoyenneté commune et rassemblée, afin qu’ils prennent en main leur propre destin, sans attendre des miracles venus de l’étranger.                                                                                          Souhaitons que l’évolution de pays comme le Venezuela, l‘Equateur, la Bolivie, et tout récemment l’Uruguay, où les populations indigènes, organisées, rassemblées dans de puissantes organisations politiques et syndicales, ont gagné les élections et pu entreprendre des réformes ou des actions décisives pour leur avenir, soit un exemple pour les peuples des petites républiques d’Amérique centrale. Avec le Brésil de Lula, l’Argentine de Kirchner, le Chili, les populations d’Amérique latine démontrent qu’elles peuvent prendre en mains un destin démocratique et indépendant, résister aux pressions et aux diktats du géant qui domine le continent et le monde, comme aux recommandations libérales du FMI et de la Banque mondiale dont les effets néfastes ont été particulièrement démontrés en Argentine ( voir le film « Mémoire d’un Saccage de Fernando Solanas)».

 

 

                                                                                 le lac atitlan

 

Allain Louis GRAUX

       Septembre 2008



Publié à 11:16, le 17/09/2008, Guatemala
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