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TOMBOUCTOU

TOMBOUCTOU

 du mot tamashek : Tim Buctou, qui signifie le puits de Buctou.

 

Au XII° siècle, le site servait d’entrepôt aux Touaregs Imakeharen. La vieille Buctou en assurait la surveillance.

« Le sel vient du Nord,

  L’or vient du Sud,

  L’argent vient du pays des blancs,

  Mais la parole de Dieu, les choses saintes, les contes jolis,

  On ne les trouve qu’à Tombouctou »

Ce sont les paroles du grand poète Ahmed Baba. C’est l’auteur des plus grands écrits de théologie et de droit, produits par Tombouctou. Haut-lieu de la culture islamique depuis le XVI° siècle, la ville sainte comptera jusqu’à cent quatre-vingt écoles coraniques, vingt-cinq mille étudiants, et de nombreuses bibliothèques. Elle deviendra le refuge des savants et des poètes, un grand centre international de la science et de la pensée. On y opérait de la cataracte au XV°siècle.

 

 

Après avoir subi la dynastie des Askia, l’âge d’or de la cité est situé entre 1493 et 1591 sous l’influence marocaine. A cette  époque la région de la forêt Akan produit l’or qui est échangé contre le sel des mines de Taoudenit, situées à quinze jours de dromadaire. Proche du Niger, à la porte du désert et aux confins de la zone fertile du Macina, ancien grenier du Mali et de l’Afrique sahélienne, on y échange aussi les céréales, le bétail et toutes sortes de marchandises.

C’est vers 1275 que l’oasis fut intégrée à l’empire du Mali. L’empereur Kankou Moussa y fit halte en 1325 sur la route de son pèlerinage à la Mecque. En 1468 la ville est conquise par Sonni Ali Ber, l’empereur Songhaï. Elle va voir son commerce se développer encore. Le marché regorge de soieries, ivoire, épices, noix de cola, étain et cuivre du Maghreb, chevaux, plumes d’autruche, et esclaves razziés dans la zone tropicale (quatre mille êtres humains par an en 1853).

Le 30 mai 1591 des mercenaires espagnols à la solde des Marocains pillent la ville. Les intellectuels sont massacrés ou déportés. La conquête ainsi que l’installation des comptoirs européens de la côte, va entraîner le déclin de Tombouctou. Elle est aussi victime de

raids des Bambaras, des Peuls, des Touaregs, qui s’en emparent en 1737 jusqu’à l’arrivée du Toucouleur El Hadj Omar Tall en 1863. Les Français en prendront possession le 15 décembre 1893.

Aujourd’hui, capitale de la septième région du Mali, Tombouctou fait toujours le commerce du sel avec les caravanes du désert, et se livre au trafic de contrebande avec les pays du Maghreb, mais sa principale ressource est le tourisme grâce à son mystérieux et prestigieux passé. Jadis la ville était fermée aux infidèles et ses charmes ont été révélés après le voyage clandestin de l’explorateur français René Caillé en 1828*. Il fut imité par l’Allemand Heinrich Barth en 1853 et il avait été précédé par l’Anglais Gordon Laing, mais eux n’en revinrent pas vivants …

 

                                                                                                                                                         

 

 

 

 

 

 

Depuis l’hôtel, un majestueux Targui noir nous guide dans les rues poussiéreuse. Il nous explique le fonctionnement de ces fours en banco qui s’élèvent dans chaque quartier. Ces fours familiaux sont utilisés par les habitants pour cuire les galette de pain et aussi le mouton et le poulet. L’intérieur  est recouvert de poteries brisées.

 

 

 

 

Les concessions sont les habitations des citadins de la ville de Tombouctou, lieux fermés aux regards indiscrets, blotties dans les ruelels poussièreuses

Nous pénétrons dans la grande mosquée de Djingareiber, la seule qu'il soit possible de visiter

 

 

La mosquée de Djingareiber, ou mosquée du vendredi, a été construite entre 1325 et 1330 sous le roi mandingue Kanka Moussa, par l’architecte Es Saheli, un Andalou que l’empereur avait ramené de son pèlerinage à la Mecque, pour un montant de  4 000 Moukhal d’or. Il était inspiré par l’art berbéro-andalou de l’Espagne maure. Cependant quelques parties sont semblables à la construction des pyramides. L’édifice mesure cent mètres de long sur cinquante de large, plus grand que celui construit par les Bozos à Djéné. Il repose sur cinq cent colonnes et il est entièrement construit en banco que l’on crépit chaque année. Ce jour-là, toute la population est conviée à participer à ce travail. Gare à celui qui ne vient pas remplir ce devoir sacré. Une équipe de gros bras va le chercher pour le tremper de la tête aux pieds dans le crépi en préparation. Alors il vaut mieux obtempérer. Les femmes et les filles apportent l’eau en chantant à la gloire du prophète tandis que les hommes travaillent au revêtement

Des chauves-souris avaient élu domicile dans la mosquée en pénétrant par les ouvertures du toit qu’il a fallu obturer avec des vitres, grâce aux dons de l’Unesco. A l’exception de ces lanterneaux, il n’existe aucune fenêtre. Le bâtiment est dans la pénombre. Il doit-être bien difficile de distinguer l’Iman quand il officie devant le Djihab, en direction de La Mecque.

Dans un endroit, trois petits trous sont percés pour rappeler les trois principales fêtes de l’Islam : l’Aïd el kébir, le Mouloud (naissance du prophète le 2 mai), et Al Fitr (fête de la rupture du jeûne).

Une porte reste fermée pour rappeler qu’elle avait été souillée par un infidèle qui avait bénéficié de l’hospitalité, du gîte et du couvert offerts par l’Imam. Quand il s’est aperçu de la supercherie, le religieux s’est rasé la tête et a dénoncé l’impie qui s’est transformé en lion et s’est enfui dans le désert. On ne le revit jamais…

Douze portes de la mosquée sont réservées aux hommes et une seule aux femmes, pour ceux et celles qui sont allés à La Mecque. Le voyage revient évidemment très cher et les femmes sont moins nombreuses à effectuer le pèlerinage.

La tradition d’hospitalité des musulmans est symbolisée par la tombe des jumeaux, ces frères venus étudier le coran à Tombouctou. Ils

y sont restés pour la vie et pour mourir. L’un d’eux, gravement malade, est décédé ; l’autre l’a suivi rapidement dans la tombe. Ils ont été ensevelis dans un coin qui est devenu un lieu de bénédiction et de sacrifice.

L’Unesco finance l’entretien et la restauration de la mosquée à la hauteur de dix-huit millions de Frs. Ce qui n’empêche pas les aumônes et les dons des particuliers : « cinq francs n’est pas petit, dix mille n’est pas grand »

La mosquée est ouverte à tout musulman étranger qui le demande et veut apprendre à lire l’Arabe et le Coran : logis, couvert, études, bibliothèque, et même le billet de retour sont offerts par l’imam.

 

Les portes des maisons de Tombouctou sont de style marocain ; les ferrures et dorures, jadis en argent et aujourd’hui en fer blanc représentent différents symboles :

porte marocaine

- la colombe qui pond ses œufs de paix dans le monde (apparemment elle ne pond pas assez ou il manque de colombes…) ;

- les ferrures en argent sont associées au mariage, avec le signe du repas traditionnel, le toucasssou préparé avec les condiments, également pour le mouloud et le baptême.

- la cloche que le mari heurte trois fois pour prévenir son épouse que c’est  bien lui qui revient au logis et non un garnement qui s’amuse ou un soupirant qui essaie de voir la belle.

Du IX° au XV° siècles, les femmes et les filles n’étaient autorisées à sortie qu’une seule fois par an. Pour la fête du Mouloud, elles pouvaient se pavaner pendant deux heures dans la grande avenue de Tombouctou, le Kalème, et recevoir des cadeaux, noix de kola ou bijoux d’argent et d’or. Si les jeunes filles étaient réceptives et susceptibles de se marier, alors les parents du prétendant se rendaient chez ceux de la donzelle pour demander sa main.

Nul doute que les femmes de Tombouctou bénissent le saint jour de la naissance du prophète…

De nos jours, cette grande rue abrite les boutiques de mode, les salons de coiffure, les bijouteries, c’est le quartier chic.

La porte est aussi le symbole de l’hospitalité de cette ville, pour les croyants évidemment. Il est dit :

«  L’étranger est plus accueilli que l’enfant de la ville ».

Aussi les étrangers de passage sont accueillis gracieusement chez l’habitant. On leur trouve une activité, un travail pas trop pénible dans cette cité dite d‘harmonie et de paix.

Cette coutume est dans la tradition d’hospitalité de l’Afrique occidentale. Depuis toujours le voyageur était logé et nourri par le chef du village, ainsi que sa suite. On procédait généralement à l’échange de cadeaux. C’est pourquoi le principe hôtelier est absent de la mentalité africaine, c’est une invention occidentale moderne. Cet usage hospitalier avait d’ailleurs été utilisé et travesti par le colonisateur qui obligeait les chefs à nourrir et loger les militaires et les fonctionnaires en déplacement aux frais du village.

Les premiers explorateurs qui avaient entrepris de découvrit Tombouctou n’ont pas toujours reçu l’accueil tant vanté de nos jours. Le major Alexander Gordon Laig, dont nous pouvons admirer la maison où il séjourna en 1826, en fit les frais.

Venu représenter officiellement la reine Victoria, il fut froidement assassiné. René Caillé, deux ans plus tard, se fit passer pour un parfait musulman afin de pouvoir transmettre ses observations à la postérité. Son remarquable ouvrage*, pour l’époque, sur les us et coutumes locales, ne fut cependant reconnu que dix ans plus tard. De nos jours, sa maison est honorée malgré sa supercherie, pardonné sans doute parce que sans adhérer à la religion musulmane, il l’a respectée, ainsi que ses fidèles. Sa ville natale, Saintes, est jumelée avec Tombouctou. (*le voyage à Tombouctou et à Jéné)

Rue Heinrich Barth, du nom d’un autre explorateur, Allemand cette fois, se situe la petite mosquée de Sidi Yahiya qui date de 1440. Elle a été reconstruite en pierres calcaires par les Français et abrite un des saints les plus honorés de la ville. A côté se tient une madrasa, une école coranique. Heinrich Barth, en 1853, avait pris le nom de Abd el Krim, pour refaire et prouver l’authenticité du voyage de René Caillé.

 

Près du musée, un ancien caravansérail, ouvert grâce à la ville de Saintes et qui offre aux visiteurs, des informations et des objets de l’histoire des lieux depuis les temps préhistoriques, se tient le « Puits de la femme ». C’est là que se rencontraient les caravanes des Arabes Almoravides venues du nord et celles des Ghanéens venues du Sud pour échanger le sel contre les esclaves qui valaient moins cher que la précieuse matière. En fait ce puits n’est que la représentation de celui de la femme Bouctou situé à un kilomètre de là. Un canal avait été creusé entre le Niger et le port pour transporter les marchandises. Cependant pour aller au puits de la femme touareg, il fallait compter avec les hippopotames qui renversaient souvent les pirogues. On en trouve encore près de Kabara. Un homme était chargé d’informer les commerçants de l’humeur des mammifères amphibies. Depuis ce quartier est appelé le quartier de l’hippopotame où habite d’ailleurs le député de la ville. Il ne faut y voir aucune allusion maligne. Cependant en observant les tas d’ordures qui jonchent la rue, l’état de saleté de ce quartier, on se dit qu’il devrait œuvrer pour nettoyer la ville de ses immondices…

La visite se poursuit par les petites rues et ruelles, sales et poussiéreuses, bordées par les hauts murs des concessions.

Comme dans toutes les autres villes du Mali, ânes, moutons et chèvres, se baladent à peu près librement. Un bijoutier est accroupi près de la porte de son échoppe, chalumeau à la main.

 

 

Les bijoux

Les bagues, pendentifs et décorations capillaires fabriquées encore aujourd’hui selon des méthodes artisanales ancestrales dans les différentes régions du Sahel rappellent les motifs dominants de la période des grands empires, des ornements des cours d’autrefois, des lignes sophistiquées des débuts de l’ère islamique. Les thalers autrichiens et les francs en argent étaient et sont encore utilisés, en particulier, comme ornements capillaires. Par tradition les bijoux des Touaregs sont en argent, métal du prophète ; l’or, métal démoniaque, à la réputation de porter malheur. (Akil, un chef Touareg de Tombouctou refusait de  toucher de ses mains les pièces qu’il recevait en tribut). Cependant, dans les villes, la méfiance s’estompe avec l’appréciation du métal précieux. Les bijoux ont une grande importance pour les Touaregs et la plupart des femmes, riches ou pauvres, en possèdent une collection personnelle. Ils représentent leur capital et leur dot. Ils peuvent servir aussi de monnaie pour les troquer contre un zébu ou une belle tunique brodée, ou un sac de millet en cas de disette. Certains bijoux ont une valeur de talisman pour se protéger contre le mauvais œil. Les traditions archaïques berbères, les apports religieux des peuples voisins, islamiques, animistes, chrétiens, se mêlent: gravures, amulettes renfermant des versets du coran, colliers de prière à quatre-vingt-dix-neuf grains (les différents noms d’Allah) ou croix touareg d’Agadès qui ressemble à l’ankh, la croix de vie égyptienne.

 

 

 

Les forgerons, les Damtende, seraient les descendants de Yéménites venus s’installer ici depuis des siècles, dans ce quartier dit des Andalous, un autre peuple qui a émigré jusqu’aux confins du désert, fuyant la « reconquista castillane d’Isabelle la catholique ». Ces Andalous pourraient bien être des Juifs…(voir ci-dessous)

 

 

Les forgerons

Autrefois chaque noble Toureg s’attachait un forgeron pour fabriquer tous ses biens matériels : épées, sièges, selles, cadenas. Il n’était cependant pas un esclave et demeurait libre de changer de maître. La légende décrit les forgerons comme : « plus vieux que la mémoire, aussi fiers que le corbeau, facétieux en esprit. » Ils descendraient de juifs qui se sont répandus dans tout le Sahara au XV° siècle et auraient apporté avec eux leur savoir-faire d’orfèvres. Ils se proclament « fils de notre seigneur David ». Les Touaregs les considèrent comme une caste inférieure, les Maures les classent comme « les méprisés »…Comme chez les Dogons, le mariage mixte était interdit. Ils continuent de circoncire les garçons et soigner bêtes et gens. Leurs femmes tannent et teignent le cuir.

Un seigneur ne travaille pas de ses mains, il ne peut que garder les troupeaux et faire la guerre. Les serviteurs et captifs Bella, eux, s’occupaient des tâches ménagères. Envoyés à l’école à la place de leurs enfants pour répondre à l’exigence du colonisateur français, les Bella devinrent ensuite les instituteurs des Touaregs contemporains…

 

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  La mosquée de Sankoré 

 

  Sur la grande esplanade où se trouve la troisième mosquée, celle de Sankoré, les jeunes jouent au football, soulevant une poussière qui ne demandait que ça pour étouffer les simples mortels que nous sommes. Les targuis ont relevé leur voile, et les autres mettent un masque, un foulard ou un mouchoir devant leurs voies respiratoires pour ne pas périr asphyxiés. Cela ne nuit pas à l’ambiance bruyante et animée de cette fin du jour.

De jeunes donzelles vêtues à l’occidentale se sont assises sans vergogne sur les marches de la maison de l’imam et jouent aux vierges effarouchées à l’approche de nos objectifs photographiques, avec force bousculades, rires et criailleries.

A côté la mosquée de Sankoré est aussi appelée « celle de la femme berbère ». Venue de La Mecque, elle l’a édifiée aux dimensions de la Kaaba, au XVI° siècle. Elle abrita la célèbre université de Tombouctou. Plus bas, le Grand Marché ouvre les portes de sa halle le matin. Sur la place stationnent des taxis-brousse et des camions.

En parcourant des rues très commerçantes, dans une atmosphère irrespirable, au milieu des moutons, des ânes et des automobiles, nous atteignons la grande esplanade du marché aux bestiaux, située à proximité de l’hôtel Buctou. De nombreux campements nomades sont installés-là, aux portes de la ville et du désert.

Dans les tentes plantées aux portes du désert, les nomades s’éveillent avec le jour qui point. Deux dromadaires sont accroupis dans le sable sur leurs pattes repliées et attendent leurs targuis. Le ciel est nuageux. Un cortège d’ânes chargés de bois de chauffe avance lentement en direction des campements.

 

la bibliothèque Ahmed Baba

Les beaux bâtiments en pierre sont installés dans un jardin arboré). Les vieux manuscrits, écrits en arabe depuis le XV° siècle, sont abrités dans les armoires d’une grande salle. Le climat chaud et sec explique la bonne conservation du papier. Ce sont pour l’essentiel des textes religieux et historiques, des chroniques. A partir du XVIII° on trouve aussi des manuels concernant la pharmacopée traditionnelle, des traités sur les maladies chaudes et froides. Les textes littéraires évoquent les thèmes universels contés par les hommes, sur la vie, l’amour, la mort. Le désert inspire beaucoup les poètes et les touaregs le sont tous un peu car ils disposent de beaucoup de temps pour rêver, réfléchir, penser, philosopher, « poètiser », en gardant leurs troupeaux ou en cheminant au pas lent des dromadaires.

Cette bibliothèque représente une petite partie des archives culturelles de la région. La plus grande part des œuvres du passé est enfouie dans les sables qui recouvrent la Grande Bibliothèque de Taoudenni. Beaucoup de familles possèdent de vieux écrits familiaux transmis de génération en génération jusqu’à nos jours. Elles ne veulent pas s’en séparer.

Une grande partie du travail effectué ici concerne la restauration des manuscrits, leur numérisation et leur digitalisation. La mise au point d’un catalogue référencé permettra aux chercheurs de consulter les ouvrages à distance par les méthodes les plus modernes de l’internet.

- Nous avons reçu l’aide des Américains pour la formation sur les méthodes de conservation et des fonds de la Fondation Forbes. Nous en avons reçu aussi du gouvernement norvégien. Le Luxembourg doit nous aider prochainement par l’intermédiaire de l’Unesco. Nous travaillons également avec les Français pour mettre au point nos procédés de numérisation, avec la Maison du livre d’Arles.

Les Touaregs ont une écriture écrite très ancienne, le Tamachek, commune aux populations berbères. Ils savent lire et écrire dans leur langue maternelle mais aussi en Arabe enseigné par les marabouts dans chaque famille. Au moins pour chaque campement qui peut regrouper de trois à dix tentes, ils apprennent à lire et écrire en arabe aux enfants avec les textes littéraires classiques.

J’ai pu remarquer aussi que le français était plus et mieux parlé par les autochtones de Tombouctou que par les ressortissants de Djenné ou de Mopti. C’est pourquoi il est bien dommage que le Centre Culturel Français n’envoie plus de livres à la bibliothèque de Tombouctou car le Centre de la culture à Tombouctou est le plus grand au Sud du Sahara et il est en avance sur tout ce qui se fait dans la région.

Ahmed Baba, lui, possédait Mille livres.

  Echoppes                                                                                        

Retour au centre-ville, dans les rues commerçantes. De nombreuses enseignes se consacrent à l’informatique, aux livres et fournitures scolaires. Elles témoignent de la réalité de la vie culturelle de cette ville des sables, aux portes du désert, alors que son apparence architecturale, ses rues de poussière grise, les immondices, les campements précaires des nomades, n’incitent pas à penser à une telle richesse intellectuelle.

Chez le marchand d’huile d’arachide, femmes et enfants attendent leur tour, une bouteille ou un récipient à la main. Une cinquantaine de gros bidons métalliques seront épuisés en une quinzaine de jours au prix de 675 Frs le litre.

 

 

 

 


 

Au Centre artisanal, les différents artistes, forgerons,  bijoutiers du bronze, de l’or et de l’argent, fabriquent des objets dont la plupart sont destinés aux touristes.

.Sur la place du marché aux bestiaux, les bêtes sont absentes hormis celles qui gambadent librement par les rues de la ville.

Près des campements, nous sommes attirés par une femme qui cuisine, elle mijote le plat traditionnel de cette partie de l’Afrique : le tôt, une sorte de polenta de mil ou de maïs. Accroupie, elle tourne et retourne la pâte jaune avec une spatule de bois, dans le plat de terre posé sur un feu de charbon de bois. D’autres femmes s’adonnent à des activités domestiques devant la grande tente d’été recouverte de nattes tissées en fibre de cocotier. On dit aussi le hangar.

 

  MYTHES ET REALITES


De l’ancienne et mythique Tombouctou, il reste quelques rares vestiges d’architecture, les mosquées, de hautes maisons en briques ou en banco, mais beaucoup de constructions sont écroulées, éboulées le long de ruelles sales et grises envahies par les sables. Nous sommes loin des fantasmes de Paul Morand :

« Ou sont les coupoles rutilantes, les sacs de poudre d’or et d’ivoire, les caravanes dont parlent les livres ? »

Albert Londres lui répondit :

« Qu’ont donc les Blancs contre la cité fameuse ? Tous y sont allés pour voir le mystère et paraît-il ne l’ont point vu. Le mystère ne se voit pas mes amis. Il se sent. Il s’exprime sans voix , comme un sourd-muet. »

Juste réflexion puisée dans « le Guide du routard ».

Déjà René Caillé trouvait que le spectacle de la ville n’offrait au premier aspect « qu’un amas de maisons en terre, mal construites...des plaines immenses de sable mouvant, d’un blanc tirant sur le jaune, et de la plus grande aridité …tout est triste dans la nature…on n’entend pas le chant d’un seul oiseau. »

la maison de René Caillé

 

Je n’ai pas vu et je le regrette, ce que décrivait Félix Dubois en 1897 dans « Tombouctou la mystérieuse »:

« Je préfère parler des femmes de la cité, c’est-à-dire celles de ces familles aristocratiques. Par suite de mariages continuels avec les races Berbère et Arabe, leurs traits sont devenus plus réguliers et d’une finesse considérable, et leur visage entier est plaisamment éclairé par des yeux merveilleux, dont le regard doux et intelligent semble nous envelopper.

L’art de la coquetterie complète ces charmes naturels. Leurs fronts s’ornent de charmants bandeaux de perles et de sequins, et les coiffeurs les plus habiles arrangent leurs tresses en magnifiques chignons entremêlés d’ornements en filigrane d’or. Des pendants du même précieux métal se balancent à leurs oreilles, et des colliers d’or, de corail et d’ambre leur encerclent la gorge. Elles embellissent également leurs ongles avec du henné et se noircissent les yeux avec de l’antimoine. »

 

C’est Kanka Moussa, l’empereur Mandingue du Mali, qui lors de son fabuleux voyage à La Mecque, chargé d’or, qui donnera naissance à de nombreux textes berbères et arabes vantant les richesses du royaume et de la ville de Tombouctou.

Ce que l’Occident ignorait, c’est que l’empire avait subi des guerres, des invasions, entraînant sa décadence. Seul le mythe demeurait …Reste cependant la tradition commerçante de la cité, qui s’adapte à la société moderne, et celle culturelle de grand centre religieux de la philosophie islamique africaine. Ce qui n’est pas rien. Et celle immuable des caravanes de sel qui sillonnent encore le désert depuis Taoudenni.

 

 


Publié à 12:22, le 25/04/2007,
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