allainvoyage
Je souhaite vous faire partager par l'écrit et les photos, tous les aspects d'un pays, à travers son histoire, son économie, et surtout l'âme de son ou de ses peuples. Au fur et à mesure, vous découvrez le pays et les gens que je rencontre avec moi. Vous marchez dans mes pas et c'est l'occasion de découvrir tel aspect de la vie, tel magnifique paysage, tel site touristique, tel problème politique. Alors partez avec moi

Menu

Accueil
Qui suis-je ?
Mon itinéraire
Livre d'or
Archives
Album photo
Mes amis

Mes albums

Rubriques

reportages


Newsletter

Saisissez votre adresse email

Sites favoris

allain graux


Mayas d'hier et d'Aujourd'hui : le Guatemala

LE GUATEMALA 

MAYAS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

 

 

Capitale: Ciudad Guatemala
Population: 10.5 millions (1998) – 13 millions en 2008 -
Langue officielle: espagnol (42,5 %)
Groupe «majoritaire»: espagnol
Groupes minoritaires: environ 55 langues autochtones, dont 21 langues maya
Système politique: république présidentielle démocratique

 

La république du Guatemala est un pays d'Amérique centrale d’une superficie de 108 889 km2, soit près de 20 fois plus petit que le Mexique, mais trois fois plus grand que la Belgique. Le Guatemala est limité à l'ouest et au nord par le Mexique, à l'est par le Belize et la mer des Caraïbes (golfe du Honduras), au sud-est par le Honduras et le Salvador, et au sud par l'océan Pacifique. Le Guatemala est divisé en 22 départements administratifs, dirigés chacun par un gouverneur nommé par le président. La plus grande ville du pays est Guatemala (Ciudad), avec une population dépassant les 2,5 millions d’habitants. Les autres villes les plus importantes sont Quezaltenango (103 631 habitants), le centre commercial et industriel, Puerto Barrios (39 379 habitants), le principal port de la mer de la côte ouest, puis Mazatenango et Antigua. Le nom de Guatemala viendrait du mot nahuatl Coactlmoctl-lan, qui signifie «le pays de l'oiseau qui mange des serpents». La monnaie nationale du Guatemala est le quetzal, un magnifique oiseau sacré chez les Aztèques qui utilisaient les longues plumes de sa queue pour faire des objets de luxe. Ce petit pays s’étend entre la côte atlantique et le Pacifique. C’est un décor fabuleux de montagnes recouvertes de forêts, de volcans (trois cent recensés dont trente-trois sont surveillés et quatre en activité permanente) et de plaines envahies par la jungle tropicale. Ses 13 000 000 d’habitants vivent sur un territoire grand comme le cinquième de la France ; soit une densité de population comparable à celle de l’hexagone (102 hab. pour 108). Soixante pour cent des autochtones sont des Mayas, des peuples qui vivent aussi dans le Chiapas et le Yucatan mexicain, le Honduras, le Belize et le Salvador. La colonisation espagnole et les péripéties de l’histoire, après l’indépendance acquise en 1821, ont découpé artificiellement les frontières. Par exemple, l’Angleterre a amputé le pays d’une partie de son territoire pour se tailler une colonie bananière, le Belize, en échange de la construction d’une route entre la capitale, Guatemala Ciudad et Belize City. Les Britanniques n’ont jamais honoré leur promesse faites au dictateur Rafael Carrera en 1860, mais conservèrent le Belize aujourd’hui indépendant. Le Guatemala fut le siège de "l'empire maya" (de 1500 avant notre ère à 250 de notre ère).                                                                                                                                    Plan  de Tikal

Cette civilisation se développa dans les basses terres tropicales du Petén, au nord de l’actuel Guatemala. Son apogée se situa entre le VIIIe et le IXe siècle. La ville de Tikal, la capitale maya, comptait alors 45 000 habitants; les autres cités importantes sont El Mirador, Palenque, Copán, Tonina et Bonampak. Après l’an 900, ce fut la période de déclin: les Mayas abandonnèrent la forêt pour fonder, sous la domination des Aztèques (Toltèques) venus du Nord, une nouvelle civilisation qui s’implanta essentiellement sur la presqu’île du Yucatan au Mexique (Chichen Itza et Uxmal).

Le territoire habité par les Mayas occupait 400 000 km²; il correspondait à la partie sud du Mexique (Yucatan), ainsi que le Guatemala, le Belize et une partie du Honduras et du Salvador. Les Mayas étaient ainsi éparpillés dans des cités-États (Tikal, Palenque, Uxmal, Copan, etc.) dominées par de gigantesques pyramides. Ce qu’on appelle l’empire maya n’a jamais existé, les Mayas pas plus hier qu’aujourd’hui n’ont été rassemblés dans un Etat unique. Il sont les descendants et les héritiers du métissage avec des cultures précolombiennes plus anciennes : les Michesoque, les Olmèques et les Toltèques venus du Mexique. Ils parlaient trente et un dialectes différents qui n’étaient pas compréhensibles entre eux, sauf pour trois langues officielles utilisées par l’élite des prêtres et de la noblesse : le nahual (Mexique), le quiché (Guatemala), le cholti (Honduras). L’écriture n’était compréhensible que pour l’élite cultivée et instruite ; elles comportaient 800 glyphes différents. C’est grâce à la culture orale transmise par les scribes, encore de nos jours, que les chercheurs ont pu, après un siècle d’efforts, déchiffrer l’écriture des mayas. Les glyphes des stèles et des temples relatent l’histoire des rois des cités-etats. Les religieux espagnols ont détruits tous les livres mayas qu’ils estimaient diaboliques, pour convertir les indiens par la force. Aujourd’hui encore vingt-trois dialectes mayas sont parlés au Guatemala dont le Garifuna, idiome créole de q’quechi, espagnol, anglais, dérivé du pipil, pratiqué par les anciens esclaves noirs de Livingstone sur la côte caraïbe. Les principales langues utilisées par les Indiens sont le q’eqchi, le quiché, le cakchiquel, le mam. La langue officielle est évidemment l’espagnol, mais les habitants de villages entiers ne le parlent pas toujours, surtout les femmes et les enfants après cinq cent années de colonisation…Et donc n’ont pas accès aux attributs de la citoyenneté comme le vote. Cependant les communautés indigènes s’organisent de plus en plus pour développer à la fois leur propre culture et l’apprentissage de l’espagnol, créent des écoles de village et des centres de soins, des coopératives de production agricole et artisanale.

Les Mayas n’étaient pas dirigés par un Etat centralisé. Chaque cité était indépendante à la manière des villes de la Grèce antique. Elles établissaient entre elles des relations religieuses, commerciales, artistiques, architecturales. Et elles se faisaient la guerre, la prospérité des unes attirant la convoitise des autres. Entre 250 et 600 ap. J.C. les armées de Teotihuacan envahirent les hautes terres et asservirent les peuples mayas.

  La religion.

    Fumée-coquillage

Si pour les Gaulois la plus grande crainte était que le ciel leur tombe sur la tête, pour les Mayas, c’était que le soleil disparaisse par une belle nuit, s’engouffre dans l’infra-monde, happé par le jaguar, le soleil de la nuit et de la mort et ne réapparaisse pas le lendemain. C’est pourquoi ils pratiquaient les sacrifices d’animaux et aussi d’humains valeureux afin d’offrir leur sang qu’ils brûlaient pour que le fumet de cet encens monte vers le soleil afin de le rendre plus fort, plus vigoureux, pour résister aux ténèbres. Leur religion était essentiellement basé sur le culte des ancêtres et non sur le mythe d’un dieu créateur ou de multiples dieux. Les dieux sont arrivés plus tard, au post-classique (vers le IX° s.) en particulier Qetzalcoatl, le serpent à plumes et aussi souverain et prêtre toltèque. Dieu civilisateur, on lui attribue tous les enseignements : l’agriculture, l’architecture, la peinture, le calendrier, l’écriture, la métallurgie.

Les Mayas ont aussi leur bible, le popol vuh, le livre des évènements qui fut détruit pendant la conquête et reconstitué grâce à la tradition orale. Il raconte comment les Géniteurs, dans l’eau, cachés sous des plumes vertes et bleues, mirent en place la nature, et après divers essais avec de la boue, du bois (qui donnèrent naissance aux singes sans âme), fabriquèrent la chair de l’ancêtre des Quiché avec une pâte de maïs blanc et jaune, trempée dans l’eau pour faire le sang. D’autres aspects de la religion maya, comme le caractère cruciforme de l’arbre sacré (le ceiba), la cérémonie du baptême, la confession, les jeûnes, le partage religieux des boissons alcoolisés, l’utilisation d’encens (le copal) et d’autels, similaires aux croyances chrétiennes leur ont permis de mieux les assimiler. Leur pratique catholique est un fascinant mélange des rites chamaniques et chrétiens. Pour se soigner ils recourent plus souvent aux chamanes et aux remèdes traditionnels qu’aux médecins.

 Grandeur et décadence

L’unification culturelle des peuples maya s’est faite entre 600 et 400 av. J.C. et l’apogée de leur civilisation vers 400 apr.J.C. Installés dans des régions de marécages propices à la cueillette, la chasse, ils construisirent leur na,  leur hutte de paille. L’accroissement de la population provoqua la recherche de nouvelles sources de nourriture. Ils développèrent l’agriculture, la culture du maïs. Ce qui entraîna le défrichement de la selva sur les pentes des volcans et des montagnes. Vers 250 apr. J.C, les défrichements avaient épuisé et appauvri les sols, provoquant leur érosion. Il y eut également l’énorme éruption volcanique du Lilipango au Salvador en 200, qui envoya des cendres jusqu’au Groenland. Les champs de maïs furent brûlés et la terre rendue inculte pour plusieurs années. Ce qui entraîna la famine et la destruction. Les élites mayas s’enfuirent vers d’autres sites comme Copàn au Honduras. Ils construisirent des citernes et un réseau d’irrigation. Cette cité devint très riche et attira la convoitise du neveu du roi de Tikal. Il tua le souverain gênant et épousa sa fille pour créer une nouvelle dynastie qui régna 400 ans. Le réseau des cités indépendantes de l’empire Maya s’effondra vers 822. Les Mayas continuèrent à vivre mais sans pouvoir royal.

 

                                                                                                le temple du site de Ceibal

Plusieurs raisons expliquent cette décadence, autant que d’archéologues. Les guerres continuelles, les révolutions internes qui entraînèrent la perte de prestige de l’autorité centrale, et les coups assénés par les invasions des peuples « barbares » voisins ; comme pour l’empire romain.Des problèmes de nutrition avec l’accroissement de la population. Avec la famine, les enfants périrent en grand nombre, n’assurant pas le renouvellement des générations.La grande sécheresse de 820 dura trois ans. Aucune solution politique n’avait pu résoudre cette situation très complexe, toutes ces questions posées aux élites. De la fin du VIII° au X° siècle, toutes les Cités-Etats ayant connu un grand dynamisme culturelle, architectural, artistique, cesseront une à une de dresser des stèles datées où figurait l’histoire de ces royautés.Le nouvel ordre Toltèque allait intervenir avec le roi à la barbe et aux cheveux clairs Quezalcoatl. C’est de lui que naquit la légende selon laquelle il reviendrait un jour par le soleil levant. Ce qui plus  tard servit bien les conquistadors espagnols. La civilisation Toltèque abandonna sa capitale de Uucil-Abnal vers 1200. Elle devint Chichén Itza (Yucatan) avec l’occupation par les Mayas Itza installés aussi dans le Péten au Guatemala, près du lac qui porte leur nom, et du grand et impressionnant site de Tikal. Jusqu’à l’arrivée des Espagnols, le Yucatan fut le théâtre de luttes de pouvoir et de guerres entre les Cités-Etats.

 

 

La Conquête espagnole                                                                                                                                             Elle incomba à Pedro de Alvarado, en 1523, un lieutenant de Hernan Cortès, le vainqueur des Aztèques et conquérant du Mexique. Malgré l’envoi d’ambassadeurs pacifiques, le cruel Alvarado allié à des tribus rivales, envahit le Chiapas et les royaumes Quiché et Cakchiquel des hauts-plateaux guatémaltèques. Seul le royaume du paisible roi Canek à Florès sur le lac de Péten Itza subsista encore pendant un siècle. Tayasal tomba néanmoins aux mains des Espagnols en 1697, deux mille ans après la fondation des premières cités mayas.Les terres mayas furent divisées en propriétés, les encomiendas et les indiens réduits à la servitude sous la férule des encomienderos, leurs terribles propriétaires. Comme au Pérou le système fut interdit grâce aux moines franciscain et le dominicain Bartolomé de las Casas. Mais les pires abus, les expropriations, et l’exploitation continuèrent.La société Guatémaltèque est érigée en castes depuis la conquête. Au sommet les criollos, descendants des conquistadors et des Espagnols de souche (les 2% de blancs qui possèdent et dirigent le pays) ; puis les Ladinos ou Mestizos, sangs mêlés, et en bas de l’échelle sociale les indiens (60 % de la population) et les noirs (anciens esclaves concentrés à Livingstone et Puerto Barrios). En 1810, le père Miguel Hidalgo y Costilla, lança le cri de la révolte, el Grito de Dolorès. Il fut capturé et fusillé à Chihuahua au Mexique en 1811.L’indépendance acquise en 1821, le Guatemala prit la tête de la Fédération d’Amérique Centrale qui regroupait le Salvador, le Nicaragua, le Honduras et le Costa-Rica. Les guerres civiles et les conflits firent voler en éclats une union qui vécut seulement jusqu’en 1840. L’indépendance aggrava le sort des Mayas. Les Criollos et Blancs s’approprièrent les terres ancestrales des Indiens pour créer d’immenses plantations de culture du tabac, de la canne à sucre, du sisal. Les mayas étaient légalement libres mais endettés et dépendant des grands propriétaires. L’exploitation continue encore de nos jours puisque de riches propriétaires enregistrent au cadastre les terres où vivent les paysans depuis des siècles, de génération en génération, mais sans titre de propriété, et les font expulser par la police nationale pour s’approprier des terrains qu’ils ne cultivent même pas; 800 paysans avaient demandé refuge au Mexique parce qu’ils n’arrivaient plus à nourrir leur famille.                                                                                                Les rivalités politiques entre libéraux et conservateurs ont toujours servi les seuls intérêts des classes aisées urbaines et privé de droits les agriculteurs Mayas. Paradoxalement la politique libérale des premiers présidents fit l’objet d’un soulèvement indien qui porta le dictateur Carrera au pouvoir de 1837à 1865. Quand le libéral producteur de café Barrios vint au pouvoir se fut pour développer les infrastructures : routes, voies ferrées, écoles et … la culture du café en expulsant les paysans des Hautes-Terres. Jusqu’à l’élection du général Jorge Ubico en 1931, se succédèrent diverses dictatures et révolutions qui entraînèrent une grande période d’instabilité. Ce dictateur militaire modernisa le système social et sanitaire du pays, interdit le travail obligatoire des indiens dans les campagnes, pour…. les enrôler de force dans la construction du réseau routier.                                                                                                                                                                               La révolution de 1944 le renversa en juin pour faire place à une junte militaire qui continua sa politique…mais le 20 octobre, quatorze étudiants participèrent à la prise de leur quartier général, appuyés par un régiment. Ce jour devint celui de la fête nationale. Une junte provisoire de trois hommes dont le colonel Arbentz vint au pouvoir. Ils convoquèrent une Constituante et des élections générales pour le 1° mars 1945. Elles furent gagnées par le philosophe et démocrate de gauche Juan José Arévalo. Il institua le système national de sécurité social qui perdure encore. Il créa une commission des affaires indiennes, modernisa la santé publique, libéra la législation en faveur des travailleurs. Il institua l’autonomie municipale et la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Il légalisa le vote des femmes, lança l’alphabétisation, la couverture éducative, facilita l’impression des livres, permit et développa les organisations syndicales. Pendant son mandat, les forces militaires et conservatrices tentèrent vingt-cinq fois de le renverser par des putschs (un tous les trois mois). Le colonel Arbentz lui succéda en 1951 et poursuivit sa politique sociale et démocratique. Il entreprit la réforme agraire pour redistribuer les terres des grandes  propriétés aux petits paysans. Et surtout il expropria la United Fruit Company qui possédaitet exploitait les grands domaines de l’Est concédés par Estrada et Ubico aux Américains pour exporter des bananes produites à bas prix vers les Etats-Unis. Ce fut ce qui provoqua sa perte. La CIA organisa son renversement en armant des mercenaires et provoquant une invasion depuis le Honduras menée par deux militaires en exil. Arbenz dut démissionner en 1954 et la réforme agraire resta dans les cartons.

                                                                                                                                   Une usine du trust Us Del Monte

Les militaires succédèrent à Arbentz Guzman. La violence, les meurtres d’opposants devinrent monnaie courante. Le doit de vote fut retiré aux illettrés qui représentaient 75 % de la population. Cette violence conduisit à la formation de guérillas de type castriste à l’exemple de Cuba et des autres pays d’Amérique Centrale. La guerre civile allait durer jusqu’en 1996, trente-six années qui firent deux cent mille morts, six cent villages indiens rayés de la carte, des populations entières éliminées y compris les femmes et des enfants de moins de douze ans.                                                                                C’est sous la présidence du général Rios Montt, évangéliste parvenu au pouvoir par un coup d’Etat en 1982 qu’un grand nombre d’opposants, surtout indiens, furent massacrés. Il était encore candidat à la présidentielle en 2003. Mais son parti le FRG (Front Républicain Guatémaltèque) n’est arrivé qu’en 3° position avec 18 % des voix. Ce qui est encore beaucoup pour un massacreur qui fait l’objet d’une enquête judiciaire pour ses détournements de fonds. C’est Oscar Berger, le candidat de la Droite traditionnelle qui l’a emporté devant Alvaro Colom. Berger représente les intérêts des grands propriétaires terriens auxquels il est lié par sa femme. Alvaro Colom a pris sa revanche en remportant les dernières élections avec son parti de centre-droit Une. Mais cela n’a pas réduit sensiblement les inégalités entre l’oligarchie dominante et les masses populaires. En 2002, José Ruben Zamora, directeur d’El Périodico, a dénoncé la mafia formée de militaires et de criminels de droit commun, engagés dans le trafic de drogue, de voitures volées et de migrants, qui détient selon lui le véritable pouvoir au Guatemala. Quelque temps après, des membres des services de sécurité ont pénétré à son domicile et l’ont soumis à un simulacre d’exécution devant sa femme et ses enfants. Il a déclaré encore : « au Guatemala, les hommes politiques  n’ont le choix qu’entre l’oligarchie et le crime organisé… ».C’est pourquoi Colom avait perdu face à Berger (PAN, parti du Progrès National), il ne bénéficiait pas de l’appui de l’oligarchie financière du pays.

La Gauche est rassemblée dans l’UNRG  (l’Unité Révolutionnaire Nationale Guatémaltèque), le parti formé par l’ancienne guérilla, dirigé par Rodrigo Asturias (le fils de l’écrivain Miguel Angel Asturias), qui n’a recueilli que 3% des suffrages. Le manque d’argent (330 900 € contre 11 millions à Rios Montt) et la corruption généralisée expliquent ces résultats. Comment comprendre que des villageois qui ont subi des massacres comme à San Andres Sajcajaba en pays Quiche votent pour le FRG, alors qu’ils pleuraient encore leurs morts inscrits sur une plaque commémorative du cimetière ? Un témoin des évènements m’a dit que les paysans Quiche vendent leur âme au diable pour un sac d’engrais…

Les accords de paix signés en 1996 prévoyaient l’amélioration de la police et du système judiciaire, mais aussi une distribution plus juste des richesses et une reconnaissance des droits des Indiens. En fait cette société reste divisée en castes et les populations amérindiennes sont abandonnées à leur sort. Elles essaient de s’organiser dans les mouvements sociaux et populaires. En 2004, à la fin octobre, j’ai assisté à un grand mouvement de protestations qui a conduit à des incidents violents, opposant la police à des manifestants hostiles à la hausse des tarifs des transports en commun passés de 2,50 Quetzals à 3,50, suite à la hausse du coût des carburants. Une augmentation énorme pour les travailleurs et les femmes qui n’avaient plus les moyens de se rendre au marché vendre leurs produits. Des bus ont été incendiés. Les ex-forces d’auto-défense, les para-militaires ont manifesté aussi pour obtenir les indemnités promises par le président élu à la suite des terribles années de guerre, Arzu, l’homme des compagnies sucrières auquel succéda le populiste Alfonso Portillo, du même parti d’extrême-droite FRG que Rios Montt. Les routes et les accès aux aéroports ont été coupées par des arbres abattus, des barrages de pierres, pour faire pression sur les députés. Ils ont obtenu satisfaction par 114 voix sur 120, la loi a été votée, alors que la hausse du tarifs des transports est maintenue...Les manifestants que j’ai vus, des hommes masqués et armés de battes de base-ball étaient pour un certain nombre très jeunes, trop jeunes pour avoir connu la guerre. Les impôts vont augmenter pour les commerçants afin de financer ces indemnités versées aux nervis et assassins de paysans indiens. Le budget de l’éducation, lui, n’est que de 2% … On compte sur les instituteurs des églises et des missions évangéliques pour éduquer les masses indiennes dans la crainte et la soumission au dieu tout-puissant plus que pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans la langue de Cervantès. Il n’y a pas de maîtres d’école indigènes, ni d’enseignement dans les langues indiennes (selon le témoignage d’un Q’eqchi de Livingstone). Les rares étudiants d’origine Maya sont l’objet de discriminations raciales. Ils ne peuvent pas fréquenter les mêmes lieux que les Ladinos, comme les discothèques.           Autre paradoxe de cette société, le référendum de mai 1999 qui devait permettre de reconnaître les droits constitutionnels de la majorité indienne (6,3 millions sur 11 à l’époque) a été repoussé par 50,63 % des suffrages. Ils ne sont pas venus voter, l’abstention a été de 81,4 %. En fait les populations rurales ont été soumises aux pressions habituelles et ne veulent pas être enfermées dans un système particulier dans lequel elles voient une forme d’apartheid culturel et social. Si pendant la guerre civile les militaires durent remettre le pouvoir aux civils, les Etats-Unis ayant suspendu leur aide économique et militaire, tant les abus et les assassinats étaient flagrants. Ils s’arrangèrent pour contrôler le gouvernement et s’assurer de leur impunité. C’est la disparition de citoyens américains en 1995 qui provoqua une nouvelle suspension de l’aide au président Serrano qui avait lancé un auto-golpe en 1993, pour suspendre la constitution avec l’appui des militaires. Il semblait néanmoins que la CIA était impliquée dans l’assassinat du dirigeant de l’UNRG, époux d’un procureur des Etats-Unis.

Une société violente.

La guerre a cessé mais pas la violence. Violence économique et politique et violences quotidiennes dont sont principalement victimes les femmes. Soixante-six pour cent des bus sont attaqués. La presse étale quotidiennement  les assassinats à la Une, en moyenne dix par jour. Les victimes sont surtout les pauvres ; les riches, eux, voyagent en 4X4 climatisés et blindés, protégés par des vigiles armés de fusils à pompe ou de AK 47.

3 %  de la population possède 70% des terres cultivables ;

20 % des habitants les plus aisés ont des revenus 30% supérieurs à ceux des 20 % les plus pauvres.

Si les salaires des ouvriers qualifiés sont de 120 à 150 € (2004), le revenu des paysans, très disparates est bien inférieur. Les ouvriers (de Del Monte par exemple) s’ils sont malades et ou s’ils veulent partir en congé, peuvent le faire mais sans revenu salarial. Et ils sont souvent malades car ils subissent les épandages d’insecticides par voie aérienne et sans aucune protection Le système de sécurité social instauré en 1944 est vidé de sa substance, l’argent des cotisations est détourné, déposé dans les banques pour financer la construction d’hôpitaux privés. Ils sont d’un accès très cher et beaucoup ne peuvent pas y accéder pour être soignés. Il faut trois semaines pour obtenir un R.V. Les réformes promises par Portillo en 99, réforme du système judiciaire pour lutter contre la criminalité, taxer les riches, respecter les Droits de l’homme n’ont jamais été mises en pratique. Voici ce que pense Javier, un Q’eqchi :

« Le gouvernement Berger, c’est un peu mieux que les dictatures d’extrême droite qui l’ont précédé, mais ce n’est pas encore très bien. Les salaires sont très bas, il y a beaucoup de chômage et de pauvreté. Les gros propriétaires s‘emparent des terres des petits paysans qui y vivent depuis toujours. Vingt-deux familles très riches possèdent et dirigent le pays :

-Berger, d’origine Etatsunienne dont la femme est la fille d’un riche propriétaire terrien.

- La  famille Batran , c’est le rhum et le café.

- Guttierez, c’est la chaîne des restaurants « Pollo Campo », des magasins, des hôtels.

- Arsù, le sucre.

La politique de Berger, ce sont des grands projets économiques dans le cadre du plan de développement Pueblo Panama, initié par les Etats-Unis : le Puerto Pacifico, un port sur le Pacifique ; une voie autoroutière pour toute l’Amérique centrale, avec les expropriations des indigènes de leurs lieux de vie, la destruction de la selva. Un aéroport nouveau. L’électrification.                                                                                                                         Tout cela pour aboutir à une vaste libération des échanges entre le Nord très riche et l’Amérique Centrale. Par exemple, l’entreprise de téléphone BUESO a été privatisée pour un montant de 27 millions de dollars ; un cadeau aussitôt rendu aux Etats-Unis. La Poste a été semi-privatisée, cédée pour moitié à une entreprise canadienne. La qualité du service qui devait en résulter est toute relative. S’il s’en est suivi une amélioration de la rapidité des envois vers l’Europe (15 jours au lieu de 3 semaines) aucune amélioration n’a été apportée au pays lui-même. Et c’est plus cher qu’auparavant°. (L’envoi d’une carte ou lettre pour l’Europe coûte 8 Q (1,1O €) ; une fortune pour un Chiapin qui, il est vrai, communique rarement avec l’Europe.)                                                                              Le réseau électrique a été remis au trust espagnol ;                                                                                                   Les téléphones portables TELTEX, c’est le Mexique.                                                                                                    Et les services publics comme l’éducation et la santé ne fonctionnent pas..

(Note de l’auteur : il faut aller dans des agences postales pour acheter les timbres et déposer ou aller chercher son courrier. Il n’y a pas de « buzon », les boites à lettres. Tous les courriers postés entre le 19 octobre et le 3 novembre sont arrivés en France en même temps le 14 novembre.)

Les Mayas aujourd’hui.

La réalité de leur situation est très diverse, selon les ethnies, les régions, les activités exercées..La plus difficile est celle des paysans, pour cultiver et vendre leurs produits, soumis au bon vouloir des distributeurs d’engrais. Les villages isolés des montagnes n’ont pas d’écoles ni de service de santé et les accès par des pistes cahoteuses sont très difficiles. L’eau potable est un problème car les rivières sont très polluées. La plupart des maladies infectieuses proviennent de la consommation d’eau contaminée. Certains groupes, comme les Q’eqchis de l’association Aktenamit, s’organisent pour développer leur communauté tant sur le plan économique que culturel. D’autres, autour du lac Atitlan, des ethnies Quiche et Cakqchiquel, travaillent dans le tourisme qui est très développé dans cette magnifique région : objets artisanaux, tissages, poterie, peinture.

 

Tourisme linguistique également : les étudiants anglo-saxon d’Amérique du Nord, mais aussi Canadiens et Australiens, sont nombreux à San Pedro ou à Panajachel comme dans l’ancienne capitale Antigua. Pour ces populations qui ont accès aux dollars des occidentaux, le niveau de vie se rapproche  de celui des classes moyennes des ladinos qui vivent à Quichimula ou Huehuetenango, des villes très commerçantes et commerciales, livrées à toutes les transactions et les trafics, où les boutiques de marques (ou d’imitations) se bousculent. Etant donné le faible pouvoir d’achat, on se demande qui peut acheter les parfums, les fringues, les chaussures. Les vrais contacts sont difficiles avec ces populations qui voient dans tous les Blancs, des « gringos », des Americanos. Certains pensent que la France est un des Etats américains.                                                     au marché de san Iago du lac Atitlan

Les sourires engageants, le français appris au contact des touristes, ne sont que des moyens pour récolter les dollars. La relation véritable est pervertie par l’argent que nous avons et qu’ils n’ont pas. Comment développer un autre type de tourisme ? La question reste posée, et malgré quelques essais limités (comme à la posada Rafael de San Andres Sajcajaba), elle risque de le rester longtemps. Si beaucoup d’Indiens sont pauvres, ils ne sont pas misérables. Contrairement à bien des pays en voie de développement, on rencontre très rarement des mendiants. Tous sont vêtus correctement, les hommes à l’occidentale, les femmes magnifiquement avec leurs vêtements traditionnels, huipiles et corsages brodés aux couleurs chatoyantes qui font la beauté et l’originalité des marchés et des rues des cités et villages où vivent les Mayas d’aujourd’hui. Les Mayas sont très dignes, sauf les hommes quand ils font la fête et boivent jusqu’à s’écrouler par terre, comme à Todos Santos lors des festivités de la Toussaint, en l’honneur des ancêtres disparus. On se recueille sur les tombes qui ont été repeintes pour la circonstance ; on prie, on fait des offrandes, on communique avec les esprits des morts, mais aussi, on mange, on boit, pour partager un repas avec les défunts et on fait la fête, on danse au son des marimbas jusqu’à l’aube, dans une atmosphère de kermesse, de frites, d’empeñadas, de foire foraine. Les cerfs-volants (barriletes) s’élèvent dans les cieux pour mieux communiquer avec l’esprit des morts. Dans chaque cité du Guatemala, la Toussaint, c’est Noël !

 La course de la Toussaint
à Todos Santos Cuchamatàn
 Quel avenir pour les Mayas du Guatemala ?

 

Partagés entre traditions et assimilation, isolés dans leurs aldeas( hameaux) de la sierra (montagne), la selva( forêt), ignorés ou pervertis par les dollars des touristes, toujours divisés, trahis par nombre de leurs rares élites, éloignées à l’étranger où soumises aux pressions des cliques d’extrême-droite, corrompues par les politiciens, l’oligarchie mafieuse, le chemin sera encore long pour unir les peuples mayas dans une citoyenneté commune et rassemblée, afin qu’ils prennent en main leur propre destin, sans attendre des miracles venus de l’étranger.                                                                                          Souhaitons que l’évolution de pays comme le Venezuela, l‘Equateur, la Bolivie, et tout récemment l’Uruguay, où les populations indigènes, organisées, rassemblées dans de puissantes organisations politiques et syndicales, ont gagné les élections et pu entreprendre des réformes ou des actions décisives pour leur avenir, soit un exemple pour les peuples des petites républiques d’Amérique centrale. Avec le Brésil de Lula, l’Argentine de Kirchner, le Chili, les populations d’Amérique latine démontrent qu’elles peuvent prendre en mains un destin démocratique et indépendant, résister aux pressions et aux diktats du géant qui domine le continent et le monde, comme aux recommandations libérales du FMI et de la Banque mondiale dont les effets néfastes ont été particulièrement démontrés en Argentine ( voir le film « Mémoire d’un Saccage de Fernando Solanas)».

 

 

                                                                                 le lac atitlan

 

Allain Louis GRAUX

       Septembre 2008


Publié à 11:16, le 17/09/2008, Guatemala
Mots clefs :
Ajouter un commentaire