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Je souhaite vous faire partager par l'écrit et les photos, tous les aspects d'un pays, à travers son histoire, son économie, et surtout l'âme de son ou de ses peuples. Au fur et à mesure, vous découvrez le pays et les gens que je rencontre avec moi. Vous marchez dans mes pas et c'est l'occasion de découvrir tel aspect de la vie, tel magnifique paysage, tel site touristique, tel problème politique. Alors partez avec moi

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A la Barca de Oro et l'isal de Venado - Las Peñitas - Nicaragua -

Vendredi 6 février- De Léon à Las Peñitas.

5h ! Je suis réveillé par le bruit des femmes qui préparent le desayuno. On se demande d’ailleurs ce qu’elles doivent préparer si tôt vu le temps qui leur est ensuite nécessaire pour le servir, plateau par plateau, personne par personne.

6h. C’est devenu l’heure où je me lève.  Je mets en route l’ordinateur et je constate que je peux profiter d’une connexion non sécurisée à Internet. Je passe sur mes 796 messages et j’essaie d’envoyer des nouvelles à la famille, en vain. Au moment d’envoyer, ça capote. 

Petit-déjeuner dans le patio et à 8h30, c’est le départ pour la côte. Nous traversons le quartier populaire Sustrava, par la rue Ruben Dario, pour rejoindre la route de Poneloya qui se révèle être une piste qui traverse une nature desséchée. Elle deviendra route - voire autoroute - quand les grands travaux en cours seront terminés. S’ils le sont, car j’ai appris depuis notre passage, que le financement américain a été interrompu. La réalisation de cet axe permettrait aux bourgeois de Léon et Managua de gagner rapidement les plages et de développer un tourisme qui, pour le moment, reste familial et plutôt local. Ils viennent le week-end et surtout à Pâques. Les plus riches y possèdent une propriété.

Mais alors, terminé le charme des petits villages de pêcheurs !

Nous n’avons qu’une vingtaine de kilomètres à parcourir, mais nous sommes souvent arrêtés par des femmes casquées dont le visage est protégé par un masque. Elles régulent la circulation a sens unique au milieu d’un nuage de poussière sèche, avec un petit panneau sur lequel est inscrit « Alto, ou Siga » au milieu de gros engins de terrassement, de buldozers, de camions fumants.

Nous traversons une vaste plaine côtière plantée de cannes à sucre et de palmitos.  On découvre aussi de grands vergers de Jicatos, l’arbre aux calebasses, dont les fruits pendent des branches comme les boules sur un sapin de Noël. Juste avant Poneloya, on a creusé de grands bassins pour élever des crevettes et des camarones. Sur la rivière Espejo, un jeune homme jette son épervier dans les eaux du fleuve.

Poneloya, calme et petite cité balnéaire s’offre enfin à nos yeux, avec sa belle plage sur le Pacifique. Mais c’est surtout une plage pour bronzer car la baignade y est dangereuse paraît-il. Le risque est grand d’être emporté par un terrible courant qui passe à cinquante mètres du bord. Chaque année des baigneurs inconscients y laissent leur vie.

Nous bifurquons sur la gauche en direction de Las Peñitas.

La piste qui longe la côte, bordée de propriétés et d’habitations dissimulées dans la verdure tropicale, débouche sur l’anse qui abrite ce ravissant village.

L’auberge de « La Barca de Oro » est à l’autre bout, devant la lagune et « l’Isla de Venado ». Un bar, des tables sous une véranda, près d’un jardin tropical où se baladent aras et perroquets, plus loin, les chambres ouvrent directement sur le patio. Elles sont d’un confort moyen mais très correct.  On se sent tout de suite bien dans cet endroit charmant et reposant, « là où le temps s’arrête » comme le proclame Sandrine, la patronne qui nous accueille, une française.

 10 h ; nous embarquons dans la barque d’Antonio, un pêcheur dont la bonne trogne souriante, surmontée d’un étrange bonnet coloré en laine,  fait penser à Pierre Perret. C’est parti pour trois heures de ballade à la découverte de la faune de l’Isla Juan Venado. C’est une réserve naturelle qui s’étend sur  une bande de 22 kilomètres de long et seulement 250 mètres de large. Les tortues « paslama » viennent pondre ici en toute sécurité, entre juillet et janvier, ainsi que des tora, et plus rarement des carey.

A peine avons-nous quitté la plage, ou plutôt l’espèce d’estuaire, que nous sommes déjà dans la mangrove, la rouge. Ce sont les œufs des crabes, des crevettes qui donnent cette couleur aux eaux oxygénées du lagon.  Des oiseaux s’envolent à notre passage, des gaviotas (sorte de mouette), des aigrettes et des garcettes blanches (nivose), qui se reposent après notre passage dans cette sorte de rio tropical bordé d’une végétation très dense. Ces oiseaux ne nichent pas ici, mais dans la mangrove blanche, à cinq kilomètres de là, nous explique Tonio. Il est accompagné de deux jeunes gens dont son fils. Dès qu’il aperçoit un volatile dans les ramures et les feuillages, Tonio donne l’ordre de ralentir, voire couper le moteur pour s’approcher doucement. Voila l’obscurito pinto qui ressemble à un petit héron. C’est un nocturne qui roupille sur sa branche, dissimulé dans les lourds feuillages de la mangrove. Il faut l’expérience et l’œil acéré de Tonio pour le trouver et le voir. Puis c’est le martin pêcheur qui nous accompagne, de branche en branche au bord de l’eau, disputant l’intérêt de nos regards ravis à l’ibis colorado. Quel superbe oiseau  tout de rouge vêtu! Ce sont encore plus d’oiseaux que lors de notre découverte de Los Guatusos. On peut s’imaginer pénétrer dans le paradis des oiseaux. C’est   une merveille pour les yeux, un enchantement. Maravillosa !  Voilà un autre petit héron au plumage gris et ventre roux : le pico cuchera (boat pilled héron), les épaules enfoncées dans les ailes et le sourcil noir froncé, il campe sur sa branche. D’envols d’ibis en vols de garcettes, nous atteignons la mangrove blanche et noire et ses eaux chaudes propices à la nidification. Une forte odeur marine chatouille nos narines. Un long cou surmonté d’un long bec dépasse du feuillage en haut des arbustes. Après des passages sous les branchages – attention à la tête ! – nous débouchons sur un élargissement du chenal qui forme une sorte de bassin où des dizaines d’ibis rouges pêchent surveillées par des hérons blancs, des spatules roses, des cigueños : beauté inoubliable de ce spectacle. A notre approche, ils s‘effarouchent à peine. On voit aussi le gavilan cavecigris et les yeux d’un petit guajipal (sorte de crocodile) à l’affût près de la rive, tel un bout de bois qui flotte. Plus loin c’est un iguane vert, il est figé sur une branche qui s’étend au-dessus des eaux couleur d’émeraude. Dans le ciel tournoie et plane le gavilan, le faucon qui guette une proie

 

Tonio nous explique que le gouvernement apporte son aide au programme de conservation du site pour la sauvegarde de ce milieu naturel. Il faut surveiller le débit de la rivière car si elle coule trop rapidement, on perd les espèces qui naissent ici. Mais, les mêmes personnes qui gardent la réserve sont aussi celles qui chassent et vendent les crocodiles et les tapirs caminos. La protection concerne 67,5 % du territoire de la réserve, le reste est utilisé pour les activités agropastorales et  forestières. On extrait régulièrement des coquillages et des écrevisses.

Les 229 espèces qui vivent dans la mangrove, d’une grande diversité, doivent leur existence à l’exceptionnelle richesse de la boue organique qui contient beaucoup des nutriments nécessaires au maintien de la chaîne alimentaire de cet écosystème, 81% appartiennent à la faune et 21% à la flore. Elles sont produites par les déchets des racines et des arbres. Les précipitations pluviales oscillent entre 1,500 et 1,000 mm³. La température est de 28 °.

Occasionnellement, des phoques, des dauphins et des baleines viennent se promener dans le secteur. On peut observer aussi des arbres pétrifiés.

L’écologie de la mangrove est complètement azonale, à l’humidité saline. Cependant, à proximité, dans l’aire protégée, il reste un bosquet d’arbres caducifoliés (feuille composée de folioles de part et d'autre d'un axe) d’une grande hauteur et d’une grande densité.

L’Isle de Juan Venado tient son nom du célèbre chasseur qui vécut ici entre 1912 et 1950.

 

Tarifs 2009 pour l’isla de Venado.

Entrée : 50C$

Lancha (canot) pour 8 personnes : 60$ - // 2 personnes : 40$

Kayak : 10$/personne

Bicyclette (pour le village) : 50C$

Cheval : 10$/heure.

Antonio dit Tonio est un petit homme par la taille, mais grand par l’esprit, malgré sa modeste condition de pêcheur et de guide touristique de la mangrove. Il gagne juste de quoi vivre, mais il ne changerait de vie pour rien au monde. Il aime Las Peñitas, la tranquillité du lieu, le calme, la beauté de la lagune et les merveilleux couchers de soleil sur le Pacifique.

Il part le matin à 5h pour une pêche très sportive, à la ligne. Il pêche aussi à la palangre de novembre à mai. Mais après ce n’est pas bon, le poisson s’en va. Le meilleur moment c’est en hiver. On trouve cinq sortes de poissons sur le petit marché, surtout des macarella et des nivapote. La pêche ne paie pas bien me dit-il, les gens ne sont pas assez riches pour acheter les poissons. Heureusement Sandrine lui achète ses meilleures prises, à un bon tarif.Il y a tout de même une soixantaine de pêcheurs sur la zone. 

De retour à l’auberge, nous allons déjeuner d’un bon plat de spaghettis aux fruits de mer. C’est un peu cher, enfin plus que nos tarifs habituels (119 C$ avec le café et la bière), mais c’est très bon.

  SANDRINE VEZIEN, la patronne de la Barca de Oro 

Elle s’est installée ici après le cyclone qui a ravagé le pays en 2000.  Elle gère l’auberge avec Esteban et vit avec sa fille Mariana, onze ans, et son fils adoptif, le beau et ténébreux Carlos qui doit avoir autour de 18 ans. Elle est originaire de Rouen. En 1988, il lui prend l’envie de voyager, de changer d’air. Son rêve était de participer à une mission. Elle se retrouve dans un orphelinat de Bogota en Colombie. Et puis elle prend un billet d’avion et débarque à l’aéroport de Managua avec son sac à dos et un carton qu’elle doit apporter à une école. Elle va y rester un an…Elle va vivre dans une coopérative sandiniste en 1993. Puis elle constate avec une certaine amertume que l’idéal sandiniste s’est dilué au fil du temps, des événements et du retour au pouvoir de la droite conservatrice. Violetta Chamorro interdit le journal de la gauche sandiniste…Il faut être » danieliste ou non danieliste ». Ce qu’elle ne nous dira qu’en « off» - comme on dit - C’est qu’elle a rencontré un beau guérillero sandiniste, avec qui elle a eu Mariana, sa fille. La vie et les circonstances les ont séparés. Nous n’en dirons pas plus pour respecter une discrétion et une intimité auxquelles elle tient.

Interview de Sandrine Véziers – Las Peñitas.

Luc installe sa caméra et nous nous installons à une table pour un entretien avec Sandrine, la sympathique et dynamique patronne de l’auberge « La barca des Oro » :

« - Je passais mon temps à dire cela, à mes élèves qui étaient des adultes et puis un jour une certaine lassitude s’est installée en moi, je me suis dit c’est ça qu’il faut que je fasse : vivre un de mes rêves participer en tant que volontaire à des missions. Je voulais entre autres : travailler sur les tortues marines, travailler avec les indiens en Amazonie, travailler avec les orphelinats à Bogota en Colombie, je voulais travailler dans un secteur paysan sans eau, sans électricité, je voulais travailler en Amérique centrale.  Donc j’ai pris un  billet d’avion et je suis arrivée par hasard au Nicaragua, parce que l’on m’a dit que c’était un petit pays reculé sans touriste. J’ai débarqué au Nicaragua avec un gros carton, que m’avait remis une ONG. On m’avait dit si tu vas au Nicaragua, il y a un petit village dans la montagne, tu y vas et tu leur donnes ce carton dans lequel il y a des médicaments. J’arrive à l’aéroport de Managua avec mon gros sac à dos et mon carton que je ne voulais pas lâcher, à 5 heures du soir, dans une cohue phénoménale. Je ne voulais pas les lâcher de peur que ça disparaisse. Bref, le lendemain matin je me retrouve dans ce petit village et là c’était mon rêve qui commençait à se réaliser, dans ce pueblo dans la montagne sans eau ni électricité, où j’étais d’ailleurs arrivée à pieds. L’histoire a commencé là. Je suis restée un an à El Amartillo, dans le département de Léon. C’était juste à l’époque du désarmement, après la révolution. J’ai participé à la construction d’une école, j’ai construit des bancs, des tables en bois, des latrines. Et puis après, comme j’avais ma liste de travaux que je voulais réaliser, travailler avec les tortues, travailler en Amazonie, j’ai continué mon parcours en Amérique du Sud. De retour - un an c’était passé déjà - et comme je n’avais pas entièrement assouvi mes désirs, je suis retournée au Nicaragua et j’y suis restée au lieu de rentrer en France.

Luc : Comment s’est passée l’intégration ici à Las Peñitas, le fait de  poser ses valises, créer une entreprise ?

En termes de choses à réaliser ou de conditions par rapport au gouvernement, ça s’est passé très facilement, naturellement. A cette époque, en 1993, n’importe quel étranger qui voulait s’installer pouvait le faire très facilement. Je suis restée dans les régions du Nord et puis en 2000, j’ai monté une association qui s’appelle « Cyclone de solidarité », pour venir en aide à des paysans sur des  projets ponctuels en campagne. Et puis, j’ai eu l’idée de faire découvrir la mer à une vingtaine d’enfants de la montagne qui ne l’avaient jamais vue. J’arrive sur cette côte du Pacifique et je cherche un endroit pour nous héberger. Nous avions prévu de rester quatre jours. J’étais venue en pionnier un jour avant, en reconnaissance. J’ai découvert ce petit village de rêve dont suis tombée amoureuse. On y  a passé quatre jours avec les enfants. C’était en ruines, mais ça s’est très bien passé. Six mois après je revenais, le propriétaire voulait vendre. Je me suis installée. Et là, je me suis dit, par où commencer ? En ruine, pas de clientèle. J’ai construit les chambres, fait un  bar, monté le restaurant, mais aussi tissé des liens d’échanges avec la communauté. Car je me suis dit : je vais monter mon établissement mais je veux absolument que les villageois conservent leurs ressources. J’ai fait une grande réunion et j’ai dit aux gens du village :

-          moi je suis là et si vous m’acceptez, je voudrais que cet endroit soit ouvert pour vous. Venez travailler ici chez moi : montez des excursions, faites des massages, vendez des coquillages, vendez ce que vous voulez. Tout est pour vous, vous pouvez utiliser mon endroit.

Donc, sur cette base là, j’ai été très bien acceptée. Quand les pêcheurs amènent du poisson, le meilleur poisson est pour moi. Quand quelque chose d’exceptionnel sort de la mer, c’est pour moi.

Luc : Et ils y trouvent leur compte ? Parce que là, il y a des ballades en bateau, des activités surf.

Toutes les activités qui ne sont, ni la restauration, ni l’hôtel, ce sont les villageois qui gagnent. Moi je ne fais qu’orienter les clients vers eux.

Luc : Et par rapport à votre vie antérieure, à la France, est-ce que vous avez des manques, une nostalgie ?

Très honnêtement, non ! J’aime beaucoup la France, j’adore la France, mais je me sens très bien ici, je m’y sens tout à fait chez moi. Si je devais rentrer en France demain, ce serait le cœur joyeux. Bien sûr mes amis, ma famille, me manquent. Mais ils viennent me voir, pour eux c’est une porte ouverte sur ce continent qu’ils peuvent découvrir grâce à moi. Mais sincèrement le style de vie français ne me manque pas.

Luc : Comment voyez- vous la France maintenant, à travers les amis, les touristes qui viennent ici ?

Qu’est ce que vous avez trouvé ici qui vous correspond le plus ?

Les valeurs. Les priorités ici sont complètement différentes. Dans les discussions entre amis, on ne va pas aborder des sujets d’ordre matériel. On ne va pas demander : combien tu as acheté ta maison, combien tu gagnes ? On n’aborde très peu souvent ces questions là. La conversation porte plutôt sur la famille, les enfants. Ici on prend beaucoup plus le temps de vivre, même si nous devons travailler dix heures par jour et avoir du rendement. On prend le temps de vivre, s’asseoir, parler. Il y a beaucoup plus d’échanges, les valeurs sont tout à fait différentes. Quand je vais en France, je suis choquée par le manque de sourire. Et puis le Nicaragua est un pays très tolérant, les gens vous laissent vivre, ne vous critiquent pas. En France les gens vous surveillent, c’est une sorte de manque de liberté. Ici, liberté et tolérance, temps, valeurs humaines, ce sont les quatre piliers de la vie au quotidien.

Luc : comment voyez-vous la réélection de Daniel Ortéga ?

Je suis arrivée après la révolution. J’ai vu une frustration des sandinistes par rapport à leur révolution avortée. Quand Daniel a été réélu, je me suis dit je vais pouvoir vivre un peu ça. Je vais voir à quoi faisaient allusion ces gens qui parlaient des grandes valeurs du sandinisme. Mais j’essaie de ne pas prendre part à la vie politique, j’essaie de demeurer une observatrice le plus possible car je ne suis pas nicaraguayenne.

Le pays est profondément divisé, entre sandinistes et la droite.

J’observe que beaucoup d’étrangers sont partis, beaucoup d’investisseurs, depuis le retour de Daniel Ortéga à la présidence. Beaucoup de choses sont en train de changer : pour l’acquisition des titres de propriété au bord de la mer. Les conditions pour installer les entreprises sont entrain de se durcir, mais cela reste parfaitement acceptable et supportable pour nous étrangers. Je n’en tire pas de conclusion.

Les gens me disaient : tu vas voir, il y a des bouleversements qui arrivent très vite, le cordoba va être dévalué. Rien de tout cela n’est arrivé, moi j’observe.

Allain : par rapport à Violeta Chamorro, (l’ancienne présidente), est ce qu’il y a eu un changement visible  pour les gens, qui correspondait à ces perspectives révolutionnaires qu’ils souhaitaient voir se réaliser ?

En tant que chef d’entreprise, j’ai trouvé que Daniel prenait des mesures très intéressantes par rapport aux personnels. Le Nicaragua est un pays où les droits des employés étaient nettement bafoués. Ici, vous pouviez facilement faire travailler quelqu’un quinze heures d’affilée, les sous-payer. Quand Ortéga est revenu au pouvoir il a mis l’accent sur la protection des employés : sur un salaire minimum, un système de sécurité sociale - certes pas très efficace, qui existait mais que personne n’utilisait - sur le paiement des heures supplémentaires. Il aussi augmenter le salaire minimum de 30%. En tant qu’employeur j’ai trouvé ça dur, car cela représentait un sacrifice financier pour moi, mais j’ai trouvé ça bien, normal. J’ai apprécié que l’on oblige les employeurs à mieux traiter leur personnel. Moi, j’ai toujours payé mon personnel correctement, bien, car je trouve que c’est vraiment un minimum.

Est-ce que la santé et l’éducation vont mieux ? Un peu, beaucoup moins que ce que j’aurai pensé. Mais ça va mieux. Les acquis de la révolution ont été un peu perdus après 1990, mais on y revient peu à peu.

Je tiens à rester neutre. Je parle politique avec les gens sans jamais prendre position. Je fais simplement le bilan des choses qui me semblent meilleures, plus humaines.

Allain : Sur le plan de la démocratie, qu’en est-il ? Au Costa-Rica, on nous a dit : c’est une dictature. J’ai lu sur les journaux qu’Ortéga voulait se faire réélire plusieurs fois comme Chavez. Qu’est ce que vous en pensez ?

Ce que je pense, c’est qu’il y a beaucoup de manipulation, de propagande antisandiniste. Il faut prendre des précautions quant aux informations, et voir d’où elles viennent. Qui donne les informations ?

Par exemple, il y a une grosse polémique concernant les dernières élections. On dit que les Sandinistes ont gagné des municipalités, mais que les élections ont été faussées. On sait que pour les élections précédentes où la droite a gagné, les élections étaient faussées également. Alors, qui triche plus que l’autre ? Je suis mal placée pour le dire. Ce que je vois, c’est qu’il y a beaucoup de manipulations, les informations sont toujours orientées contre les sandinistes.

Luc : En matière de santé. Est-ce que les relations avec Cuba ont pu faire évoluer la situation ?

On a des brigades de médecins cubains qui viennent s’installer et qui interviennent gratuitement dans le pays. Les Cubains sont réputés pour exécuter des opérations sur les yeux. Par exemple, à Léon, il y a une liste de gens nécessiteux. Ils viennent un mois et ils opèrent, opèrent, opèrent.

Léon est une des premières villes du pays et néanmoins on a un hôpital en très piteux état. Il y a très peu de fonds. Si vous avez une urgence, vous serez pris en charge,  mais il y a peu de médicaments à l’hôpital comme souvent dans les pays du Tiers-monde. Je crois cependant que depuis qu’Ortéga est au pouvoir, depuis trois ans, la situation s’est un peu améliorée. C’est sûr que si vous avez un besoin précis demain, une opération du cœur, et bien vous mourrez ! Parce que l’hôpital de Léon vous mettra sur la liste et vous ne serez opéré que dans trois mois, si vous êtes encore en vie. Si votre opération est urgente, vous devez aller dans une clinique privée, si vous pouvez payer.

Luc : mais c’est la même chose au Costa Rica. Pays riche ou beaucoup plus pauvre, ils sont à la même enseigne.

Moi, je suis très admirative car pour un pays pauvre comme le Nicaragua où finalement, le système de perception des impôts est très mal organisé. Ici personne ne paye d’impôts ou très, très peu. Ca doit faire rêver les français ! Mais en échange, on a des routes en très mauvais état, un système de santé pitoyable, une sécurité sociale quasi inexistante. Mais malgré cela, quand on a l’occasion d’aller aux urgences, on voit un hôpital qui fonctionne avec des médecins et des grands locaux. Il ne faut pas avoir besoin d’une opération grave pour demain, mais pour des choses plus basiques, ça tourne.

Allain : quelles sont les ressources publiques si on ne paye pas d’impôts ?

Quand je dis : on ne paye pas d’impôts, j’exagère un peu, mais par rapport au système français, c’est très, très peu, insignifiant. Il y a un peu d’argent orienté vers la santé publique. Mais je me demande comment ça tourne avec le peu d’impôts prélevés.

Allain : on a vu à divers endroits, inscrit sur les arrêts de bus : « payes tes impôts ». Parce que c’est vrai que pour bénéficiez de services publiques, il faut payer des impôts.

Moi, franchement, j’aimerai payer plus d’impôts et avoir une route.

Allain : On a vu des travaux sur les routes ; ici, on est en train de refaire la vôtre et on a vu des travaux importants entre Juigalpa et Santo Domingo

D’où viennent les fonds pour les hôpitaux, les routes, les écoles ? Ce sont des fonds de pays étrangers. Des pays qui aident le Nicaragua. Pour la route de Léon à Las Peñitas, 80 km de routes, ce sont des fonds Nord-américains. La route au Nord également. Je sais que le Japon aide pour l’hôpital de Léon, Cuba aide aussi, le Venezuela, les Etats-Unis sous certaines conditions. On vient d’apprendre que la Cuantareto del millénio qui représente des centaines de millions de dollars vient de quitter le pays à cause du résultat des élections municipales, non pas pour le résultat mais pour la façon dont elles se sont passées. C’est une grosse perte pour le pays car ce sont des centaines de milliers d’emploi qui vont disparaître. La belle route ne sera pas terminée.

Chavez a dit qu’il allait compenser.

 On va voir ! *C’est ça le problème dans ce pays. Les USA disent quelque chose, un pays de gauche dit le contraire. Le président essaye de faire la balance entre les deux. En tant que petit pays entre les grandes puissances, le Nicaragua sert un peu de balle de ping pong.

Le Nicaragua est entré dans l’ALBA. Il y a une chance dans ce cadre là que le Nicaragua bénéficie de l’aide de l’Alba, comme Cuba le fait déjà en échangeant des prestations de santé contre le pétrole du Venezuela. Mais qu’est ce que le Nicaragua peut offrir en échange

Je ne saurai pas vous répondre, à part des alliances…

Peut-être que cela se fera à fonds perdu, mais en principe ce sont des échanges. Peut-être aussi que Chavez a décidé d’aider le Nicaragua, ou Cuba qui le fait déjà pour l’opération de la cataracte.

C’est une sorte de chantage, c’est la guerre, nous sommes cinq petits contre deux. Mais aider pour aider, ça n’existe pas, sinon les capitaux nord-américains ne sortiraient pas du pays. La route ce sont des projets approuvés, 70 % du budget a été versé. Alors on ne réalisera que 70 % du projet. Ce qui veut dire que pour nous ce sera une perte énorme. Il y a des groupes de pression pour obliger le gouvernement à céder aux exigences américaines. C’est toujours du chantage et ceux qui perdent par rapport à ce chantage, ce sont toujours les petits utilisateurs. La Cuantareto aidait énormément le secteur paysan. La première chose qu’ils ont retiré (les américains), c’est l’aide au secteur paysan, justement pour les obliger à faire pression sur le gouvernement, pour se plier aux conditions des Etats-Unis par rapport au résultat des élections. Donc en fait, comme je le disais, c’est du chantage et ceux qui perdent ce sont les petits, le peuple.

J’espère que Chavez tiendra sa promesse et qu’il vous aidera comme il l’a fait pour d’autres pays.

On verra ! ».

  • Au mois d’Avril, L’ALBA a donné 50 millions de dollars d’aide au Nicaragua.

 

Mariana (11ans et demi), la fille de Sandrine, donne ses impressions sur la vie au Nicaragua.

Luc : Pour toi quelles sont les différences de vie entre le France et le Nicaragua.

Mariana : Ici on a plus de liberté, je sors dans la rue, je joue ; là- bas je joue dans les maisons : soit je regarde la télé, soit je joue à des jeux de communauté, dans un appartement. Dans des appartements, tu ne peux pas courir, alors qu’ici tu peux courir, sortir dans le jardin et tout çà !

Si un jour on me demandait : où veux-tu vivre ? Je répondrai au Nicaragua.

L : Là, tu as une chance exceptionnelle, tu vis dans un décor paradisiaque, avec la mer à côté. Mais si tu devais vivre en ville, à Léon ou à Managua par exemple. Ce serait pareil, tu ressentirais cette liberté ?

M : Je crois que non car je ne pourrai pas aller à la plage le soir, je devrai vivre à la maison.

L : Tu vas à l’école, comment ça se passe ? Les enseignants sont-ils très exigeants ?

M : Ca dépend, certains sont exigeants d’autres plus sympas, mais tous enseignent bien. Cependant, je dois aller à la ville pour étudier, car ici à Las Peñitas, c’est moyen. J’ai étudié ici, mais j’en suis sorti car je n’apprenais rien du tout.

L : A ton avis les enseignants sont moins bons à la campagne?

M : Ce n’est pas ça, mais par exemple à la maternelle, on ne m’apprenait pas les lettres. En principe, on doit apprendre a e i o u…T’apprenais seulement à dessiner et tu jouais. Et parfois la maîtresse ne disait rien et elle n’était pas là. Tu devais revenir à la maison, alors que c’était normalement un jour de classe. En fait, tu avais la moitié des cours en moins. Maintenant ça s’est amélioré, mais c’est resté quand même moyen, moyen.

L : Pour aller à Léon c’est loin et c’est long car la route est en travaux. Tu fais l’aller-retour tous les jours ?

M : Oui et j’arrive tard à l’école, car avec les tracteurs, les travaux, le bus  il s’arrête. Mais si je pars dans le bus avant celui-là, je devrai me lever à quatre heures pour partir à cinq et j’arriverai une heure trop tôt. Là, je pars à 6h30 et je reviens l’après-midi. Nous n’avons cours que de 7h30 à midi et demi.

L : Et les copains et les copines, c’est surtout ici ou à la ville ?

M : J’ai des amis ici et des amis en ville. Avant c’était surtout ici, mais maintenant comme je sors du primaire, il faut se mettre plus à l’école. Alors qu’avant, quand on était petits, je sortais jouer. Mais on est un petit groupe, on joue, on sort.

L : Tu apprends l’espagnol, tu parles parfaitement le français. Est-ce que tu apprends aussi l’anglais ?

M : J’apprends bien l’anglais à mon école. Je trouve que c’est un peu moyen-moyen, mais on l’apprend depuis la maternelle. Ici, c’est dans un autre village à côté de las Peñitas qu’il y a anglais.

L : Il n’y a pas de lycée ou de collège européen ?

M : C’est seulement à Managua et l’enseignement est fait dans la langue de leur pays.

 

L’interview est terminée, Mariana répand des graines sur le sol du jardin pour nourrir les oiseaux. Sandrine retourne à ses occupations, tandis qu’une employée de l’établissement feuillette des magazines. Ceux de Mariana paraît-il. Les pigeons et les colombes arrivent tandis que le perroquet vert posé sur une branche, les contemple d’un air dédaigneux.

Mariana va discuter au bar avec les serveuses, cette fois en espagnol, aussi naturellement que pendant notre conversation en français, tandis que son frère gratouille sa guitare.

 

En fin d’après-midi, sur les recommandations de Sandrine, nous partons avec Marylin pour une longue promenade sur la grande plage, dans la direction de Poneloya pour aller admirer le coucher du soleil.

 

 

Nous arrivons juste à côté d’une falaise et de rochers au moment où l’astre descend sur l’horizon. Nous avons le temps de plonger dans les vagues rugissantes qui déferlent sur le sable. Des jeunes gens jouent au ballon. Certains se baignent.

Séquence photos. Ca mitraille ! C’est beau ! Bon dieu que c’est beau ! Je monte sur le promontoire sur lequel on a bâti une belle villa. L’heureux propriétaire à une vue imprenable sur l’océan et les plages qui s’étendent de chaque côté de l’escarpement rocheux.

 

Nous rentrons par la piste, traversant le village, longeant les belles propriétés et quelques petits restaurants.

Ce soir nous mangeons du poisson.

Après, nous entamons une longue discussion avec Sandrine.

 

Samedi 7 février

A 6 h, le soleil s’élève au–dessus de la mer et illumine tout de suite le petit village de Las Peñitas, son petit port établi au bout de la lagune qui le sépare de l’Isla de Venado. Les aigrettes blanches parcourent les flaques d’eau résiduelles, en la surprenante compagnie des cochons. Les pêcheurs préparent leurs filets pour partir en mer. Le matin jusqu’à dix heures, c’est le meilleur moment. Bientôt le bus arrive, celui de 6h30 qui emmène Mariana à Léon les autres jours de la semaine. La vie s’anime peu à peu, les chiens jouent sur la plage,  les gens vaquent à leurs occupations.

Nous rencontrons Toño, le pêcheur à la bonne bouille à la Pierre Perret coiffé de son bonnet multicolore à la mode rasta. Il nous dit encore combien il est heureux de vivre ici, simplement, dans cette douceur, sans agitation commerçante, avec la mer, les oiseaux de la mangrove, la tranquillité. Antonio préfère cette qualité de vie au stress de la ville.

Je paye 320 C$ pour les repas et le petit-déjeuner. Bon mais cher, encore que le petit-déjeuner ne soit pas très copieux. Et la surprise est qu’il faut ajouter les 15% de taxes au tarif affiché sur le menu. Mais Sandrine nous avait prévenus : elle paye les impôts…

 

Adios Las Peñitas !

 

Con muchos arrepentimiento de partir…

Avec beaucoup de regret de devoir partir ...

 

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Publié à 01:34, le 25/07/2009, Las Peñitas
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ça fait plaisir d'avoir des news de sandrine et de sa fille !!!!!
merci pour ton article sur ce petit bout de paradis !!!!

jean baptiste

Publié par JB à 19:25, 26/09/2009

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Commentaire sans titre

C'est un très beau compte rendu de la vie a Las Penitas et de la charmante Sandrine, cette femme exceptionnelle qui nous charme avec son énergie, son calme, sa sagesse, son sourire, ses questions, et sa philosophie de la vie.

Tu me manques énormément

Manon (du Québec) XXXXXXXX

Publié par Anonyme à 20:58, 19/11/2009

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