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Publié à 01:37, le 15/09/2008,
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LE LAOS AU FIL DU MEKONG

LE LAOS

Le Laos aujourd’hui

Superficie : 236.800 km²
Population : 5,8 millions
Capitale : Vientiane

Villes principales : Savannakhét, Louangprabang
Langue (s) officielle (s) : Lao
Langue (s) courante (s) : Lao
Monnaie : kip
Fête nationale : 2 décembre

Données démographiquesCroissance démographique : 1,6 % (moyenne 2000 - 2006)
Espérance de vie : 55,1 ans
Taux d’alphabétisation : 68,1 %
Religion (s) : Bouddhistes (65%), animistes (33%), catholiques (1%)

Données économiques

Indice de développement humain : 0,553 (2006), soit le 133ème rang mondial
PIB (2006) : 3,4 Md$
PIB par habitant (2006) : 580 $

Taux de croissance (2006) : 7,3 % (estimation FMI)

Pays enclavé et montagneux, le Laos est l’un des Etats les plus pauvres d’Asie du Sud-Est, avec un PIB par habitant d’environ 580 $. Son économie reste très traditionnelle, l’agriculture employant 75% de la population active et générant la moitié du PIB. Le pays connaît cependant une croissance forte et constante depuis plusieurs années (6,5% en moyenne depuis 1996 ; 7,6% en 2006) soutenue par un commerce extérieur très dynamique et favorisée par l’afflux d’IDE résultant de la mise en œuvre d’importants projets d’infrastructures et d’exploitation de ses richesses naturelles hydrauliques et minières. Le Laos a pu bénéficier d'une aide internationale assez diversifiée (Thaïlande, Australie, Chine, Europe, Japon). Le volume global du commerce extérieur du Laos a, en 2006, progressé de 41% en raison de la forte hausse des exportations (+51%). Celle-ci s’explique avant tout par la forte progression des exportations minières, qui représentent désormais plus de 55% des exportations totales du Laos. Suite à l’extension du site minier de Xépon et dans un contexte de hausse des cours du cuivre et de l’or, la valeur des exportations de cuivre s’est accrue de près de 280%, passant de 100 à 400 M$ en 2006. La valeur nominale des exportations du secteur textile (14,3% des exportations totales), de bois (13%) et d’électricité (11,5%) a en revanche stagné.

La nouvelle politique économique conduite depuis 1986 et la paix qui s'est étendue progressivement à tout le pays s’est traduite par une relative prospérité qui recouvre de grandes inégalités entre les populations urbaines et campagnardes.

Les régions montagneuses qui ont connu un certain nombre de fléaux naturels n'ont guère profité de cette embellie. Le départ massif des élites éduquées entre 1976 et 1980 avait retardé le développement économique du pays et causé des retards dans les domaines de l’éducation et de la santé.En avril 1994, le premier pont sur le Mékong a été inauguré. Il a symbolisé en quelque sorte l'ouverture sur le monde. Plusieurs barrages hydroélectriques de grande importance ont été réalisés : les possibilités du Laos sont riches en ce domaine. Le barrage de Nam Theun II devrait être achevé en 2009 ; son coût représente environ les deux tiers du PIB laotien, mais il aura une très grande portée sur l’économie laotienne qui vend déjà de l'électricité à la Thaïlande. C’est son premier produit d'exportation devant l'agriculture, le bois, l'étain et les textiles. « Le Mékong prend sa source au Tibet oriental, avant de fertiliser grâce à l'amplitude de ses crues et décrues les rives laotiennes sur 1865 kilomètres de long, irriguant rizicultures et jardins. C'est dire si le fleuve mère - Mékong, en sanscrit - ou « mer du Laos », du fait de ses réserves ichtyologiques, est vital pour ses habitants... et pour l'Etat lao. Celui-ci, conscient de sa trop forte dépendance économique, particulièrement à l'égard de la Thaïlande, et d'une aide internationale - qui représente le tiers de ses recettes budgétaires - indispensable depuis la faillite de l'Union soviétique, court après les devises étrangères.La solution paraît évidente : il faut multiplier les barrages pour tirer profit de cette énergie - estimée par la Banque asiatique de développement à quelque 18 000 mégawatts - et dont seulement 1 % serait actuellement exploité. De quoi assurer, en théorie, plus de 20 milliards de dollars de revenu annuel. Les appétits sont féroces. Etats et compagnies étrangères se précipitent, la Thaïlande en tête. Dans ce pays de 60 millions de consommateurs - au potentiel hydroélectrique largement insuffisant -, une partie de l'opinion publique dénonce plus fermement les nuisances écologiques. » (Le Monde diplomatique) Pour autant, le Laos reste un pays pauvre toujours très dépendant de l’aide internationale, qui représente environ 10% de son PIB. Ses ressources et ses partenaires commerciaux sont insuffisamment diversifiés. En effet, le Laos commerce très majoritairement avec ses voisins de l’ASEAN et plus particulièrement avec la Thaïlande, son premier partenaire commercial. Celle-ci absorbe plus de la moitié des exportations laotiennes (électricité et bois) et est à l’origine de 63% de ses importations (biens de consommation et biens d’équipement). La poursuite des réformes est donc nécessaire pour permettre au pays d’atteindre son objectif de sortie de la catégorie des PMA en 2020.La crise asiatiqueEn 1997 et 1998, le Laos avait subi la crise asiatique, mais son économie de subsistance et peu monétarisée avait protégé la majorité de la population des effets les plus graves. La globalité des investissements étrangers était descendue de 1,2 milliards de dollars en 1995 à 150 millions en 1997. Entre juillet 97 et fin 98, le kip laotien était passé de 900 kips à 4 200 kips pour un dollar, il avait également perdu la moitié de sa valeur par rapport au baht thaïlandais. Tous les produits importés étaient devenus inabordables pour l’immense majorité de la population.Les problèmes environnementaux

De nombreux problèmes écologiques se posent au Laos. La déforestation, due à l'exploitation forestière et à la pratique de la culture sur brûlis (ray) provoque l'érosion et la dégradation des sols tropicaux. L'exploitation des minerais pollue l'eau des rivières. Les immenses lacs de barrages engloutissent des milliers d'hectares de terres et conduisent à la disparition de certaines espèces animales.

RELIGION ET CULTURE Pour les laotiens, définis par la religion bouddhiste qui imprègne toute la société et les actes de la vie, c’est le Karma qui détermine le sort des individus. C’est pourquoi les laotiens semblent ne pas trop se soucier de l’avenir. Pour un bouddhiste, la vie humaine n’est qu’une étape transitoire et la mort conduit à une nouvelle naissance. Toute existence est douleur dont la cause réside dans le désir. Donc pour éliminer la souffrance, supprimons la « soif »…C’est pourquoi les colons français pensaient que si les Vietnamiens plantent le riz, les laotiens le regardent pousser. C’est toute la différence entre la culture indianisée relevant du védisme, des croyances issues du culte des ancêtres et celle des disciples du bouddha. Pour les religions védiques comme l’Indouisme, on prie les dieux d’accorder des faveurs diverses : troupeaux abondants, femmes fécondes, succès guerriers, richesses de toutes sortes. Vous me direz que l’on trouve ce désir, cette soif dans bien d’autres cultures et religions. C’est presque le propre de l’homme que l’appétence. C’est justement là que réside la différence entre le bouddhisme et les autres cultes. Par exemple, pour le fidèle hindou, c’est par sa conformité au rite et non à la vertu que s’oblige le dispensateur de bienfaits, le dieu. Le développement du libéralisme, la marchandisation de la société, son inscription dans le processus de globalisation constitue une contradiction et une profonde rupture avec la culture du peuple lao.Cependant le bouddhisme des laotiens ne les conduit pas à l’abandon de tout plaisir. On vit sur terre, pas au nirvana. Toute activité doit contenir une trace de mùan (plaisir), pour ne pas aboutir à une situation de stress, donc de souffrance…En réalité les laotiens - comme les thaïlandais - cherchent à atteindre une existence meilleure dans la future réincarnation plutôt que l’état de latence totale du nirvana…Environ 60% de la population laotienne pratique le bouddhisme Theravada* qui aurait été introduit à la fin du XIII° siècle. Mais le pays a eu des contacts avec le bouddhisme mahayana* dès le VIII° s. et auparavant ave le tantrisme.Les influences hindouistes sont cependant présentes, en particulier au sud du pays soumis à la proximité de la culture de l’empire Khmer.Le culte des phli, les esprits, demeure la principale religion après le bouddhisme. Bien qu’il soit interdit, ses rites sont pratiqués par différentes ethnies et y compris par les bouddhistes (comme le baci qui consiste à s’attacher des fils blancs aux poignets pour retenir les 32 esprits protecteurs). L’animisme est vivant dans les tribus thaïes, Kmu, akkha, Lisu, hmong, etc… ainsi que le culte des ancêtres.Les chrétiens, en petit nombre, sont présents dans les communautés de l’élite d’éducation française et dans une partie des immigrés vietnamiens.Une petite communauté musulmane réside à Vientiane. Ce sont des familles de commerçants arabes et indiens qui s’installèrent au Laos au XVII°s. On trouve également quelques groupes de Cham qui on fui les Khmers rouges et au Nord des Chinois du Yunnan. Le bouddhisme et le pouvoir communiste.Pendant la guerre de résistance, de nombreux moines se rallièrent au Pathet Lao. Mais après 1975, l’enseignement du bouddhisme fut interdit à l’école et la population n’eut plus le droit de nourrir les moines lors de la quête matinale. Ils durent travailler… Mais face au mécontentement populaire d’une population si fortement imprégné de culture bouddhiste, le gouvernement dut réviser ses positions. En 76, il autorisa les dons de nourriture. En 1992, il remplaça même la faucille et le marteau sur le drapeau, par le Pha That Luang, le symbole bouddhique le plus sacré du pays.Cependant la Sangha (communauté bouddhique) est placée sous la tutelle du ministère des affaires religieuses qui s’assure de la conformité de l’enseignement avec les principes du marxisme officiel. Les moines doivent recevoir un enseignement politique conforme à la doctrine. Ce qui est bien pratique pour le pouvoir puisque tous les garçons du Laos se doivent de passer au moins trois mois de leur vie dans un Vat…période du khùu-baa souvent ramenée à une ou deux semaines. Cette tradition est un événement familial qui jouit d’un grand honneur quand un fils prend la sébile et la robe safran, souvent pendant la période du carême, à la fin de la saison des pluies. Seule la secte Thammayut, fondée par le roi thaïlandais Mongkut reste interdite parce que le Pathet Lao la tenait comme un outil du pouvoir monarchiste et des américains. Il ne subsiste aujourd’hui que la Sangha lao. L'Histoire des laotiens Les plus anciens occupants connus du Laos de l’époque historique sont les Kha, dont la langue fait partie de la famille môn-khmère toujours présente au Cambodge et en quelques îlots en Assam, au nord-est et au sud de la Birmanie, dans le nord et au centre de la Thaïlande et dans le sud-ouest de la Chine. Cette famille linguistique correspond à une industrie néolithique bien identifiée, caractérisée par certains types d’outils. Les populations correspondantes ont constitué par la suite en Birmanie méridionale les royaumes de Suddhamavatî (Ve siècle après J.-C) et de Hamsavatî (de 827 à 1539). Les royaumes môn de Dvâravatî et de Lavo prospèrent pour leur part du Vème au XIe siècle en Thaïlande et dans le bassin du Menam inférieur et exercent une certaine influence dans le pays lao où des statues rupestres du Bouddha reconnues dans la région de Vientiane, à Vang-Sang et Dan-Sung, semblent s’inspirer des œuvres analogues caractéristiques des royaumes môn plus occidentaux. La découverte à Ban Thalat, dans le moyen Laos, d’une statue de Bouddha portant une inscription môn du VIIe siècle laisse penser qu’avant d’être dominée temporairement par les Khmers puis durablement par les Lao, la région a dû l’être par les Môn des royaumes de Dvâravatî ou de Lavo, parents bouddhistes et indianisés des Kha, les indigènes môn-khmers du pays.Alors que les principautés ou royaumes môn-khmers installés dans les territoires actuellement birman et thaïlandais semblent s’imposer aux régions du moyen Laos, les Cham, Malais indianisés établis dans le Champa, au sud et au centre de l’actuel Vietnam (et qui seront absorbés ultérieurement par le royaume vietnamien Khin constitué à partir du bassin du fleuve Rouge), occupent l’actuel Laos méridional (le Champassak) durant les premiers siècles de l’ère chrétienne avant d’en être évincés aux Ve et VIe siècles par les Khmers, qui vont établir pour plusieurs siècles leur hégémonie sur le sud de l’Indochine. Au XIe siècle, le roi khmer Jayavarman VII exerce son autorité jusqu’en aval de l’actuelle Vientiane. Pendant la longue durée de ces siècles obscurs, l’intervention progressive des éléments thaïs vient bouleverser l’équilibre ethnique de l’espace indochinois. Deux royaumes septentrionaux jouent en ce domaine un rôle majeur : celui des Ngai Lao établi sur le haut Mékong, dans le sud-ouest du Yunnnan, et celui de Nan Tchao qui absorbera le précédent et s’étendra sur tout le Yunnan, une partie du Seu-tchouan et une partie du Kouangsi, terres d’origine des Lao. Ce royaume bouddhiste était sans doute de culture thaïe avant que ne s’y impose une langue tibéto-birmane. État puissant, le Nan Tchao lutta, du VIIIe au XIIIe siècle, contre les Tibétains et les Chinois, attaqua le Cambodge et le Vietnam et occupa, au IXe siècle, le nord de la Birmanie. Il faut attendre l’établissement de la dynastie mongole pour que la Chine parvienne, au XIIIe siècle, à le soumettre. C’est à partir de ces régions situées au nord de l’Indochine et qui font alors fonction de creuset de peuples que les migrations thaïes vont s’opérer vers le sud. La branche occidentale des Thaïs comprend ainsi les Chan, établis en Birmanie, entre l’lrrawaddy et le Salouen, et les Syam (à l’origine des Siamois devenus au XXe siècle les « Thaïlandais ») arrivés un peu plus tard, aux Xe ou au XIe siècle. Dès le VIIe siècle, la présence des Lao est mentionnée par un itinéraire chinois sur le cours supérieur du fleuve Rouge. Regroupés entre rivière Claire et fleuve Rouge, ils vont y constituer le royaume des Ngai Lao. Ils forment la branche orientale des Thaïs dont vont se détacher ensuite les Lao Yuan du nord de l’actuelle Thaïlande qui créeront à la fin XIIIe siècle le royaume Lan-Na « du million de rizières », les Lao du Lan-Xang, le « royaume du million d’éléphants » dont la capitale sera Luang Prabang, et les Lao Phuan rassemblés autour de Xieng Khuang. La pénétration progressive des populations thaïes dans l’intérieur de la péninsule Indochinoise est ainsi amorcée assez tôt mais elle prend toute son ampleur à la suite de la mainmise mongole sur la Chine.

L’histoire et le récit mythique sont étroitement mêlés pour rendre compte des origines des Lao du Mékong.

Sous le règne de Fa Ngum (1316-1374) sacré roi à Luang Prabang en 1353, période où les sources historiques sont à peu près établies, la ville devient la capitale du royaume du Million d’éléphants et du Parasol Blanc, Lane Xang Hom Khao. Luang Prabang restera capitale du royaume jusqu’en 1560, moment où le grand roi Setthathirath la trouvant trop exposée aux attaques birmanes, déplaça le siège du pouvoir à Vientiane. Selon les chroniques royales, c’est à cette période que la ville prit le nom de Muang Luang Prabang, la grande ville du Bouddha Prabang. Les origines de la statue, en or massif selon certains, en alliage précieux recouvert d’or fin pour d’autres, qui a donné son nom à la ville, le « Prabang » sont mystérieuses. Elle aurait été fondue à Ceylan au IXe siècle, mais son style et son costume rappellent plutôt l’art khmer du Xllle siècle. Le terme « bang » aurait désigné autrefois à Lanka un alliage de métaux. Elle fut donnée en 1358 au prince Fa Ngum par le souverain khmer, son beau-père. Fa Ngum, fils d’un prince thaï du haut Mékong, était réfugié à la cour d’Angkor avant son départ pour la reconquête de son royaume. La précieuse statue rejoignit quelques années plus tard le Laos, à la faveur d’une mission bouddhiste. Comme tous les royaumes des ethnies thaïes, le royaume lao possédait sa statue emblématique et protectrice. Lorsque le royaume était vaincu, la statue était emportée en butin par le vainqueur, manifestant clairement la défaite et la soumission. C’est ce qui arriva au Prabang, emporté à deux reprises par les Siamois. Il fut restitué définitivement en 1867 et réinstallé au Vat Vixoun. En 1894, il fut transféré au Vat Mai. Parmi les différentes composantes des noms de Luang Prabang on trouve : Muang Xua, Muang Souvannaphoum (Pays de l’or), Sisatanakhanahuta (traduction en pâli de « Million d’éléphants « ).

LE PROTECTORAT FRANÇAIS

La France, établie depuis 1860 en Cochinchine, commença à s’intéresser à la vallée du Mékong. En 1861, un explorateur français, Henri Mouhot, est arrivé à Luang Prabang, où il a été officiellement reçu. Après l’établissement du protectorat sur le Cambodge en 1863, l’expédition Doudart de Lagrée avait remonté le Mékong jusqu’à proximité de Luang Prabang. Les Anglais ayant, pour leur part, pris possession de la Birmanie et de la péninsule malaise, le Siam ne pouvait que se montrer inquiet et il le fut d’autant plus après l’installation définitive des Français au Tonkin (1882-1883) et la mise sous protectorat du royaume de Hué. De nombreux différents au sujet de leurs frontières ayant opposé le Siam et le Vietnam au cours des dernières années, les Siamois prirent rapidement conscience de la situation délicate dans laquelle ils se trouvaient, notamment lorsque le royaume de Hué demanda à la France de sauvegarder les droits du Vietnam au Laos. Une note émanant des autorités françaises fut ainsi envoyée à Bangkok et, en mai 1886, le Siam, sous la pression, dut admettre l’installation à Luang Prabang, d’un vice-consulat français, chargé en particulier de défendre les droits que la France venait d’hériter du Vietnam. Le poste fut confié à Auguste Pavie. Il arriva juste au moment qu’avaient choisi les rebelles chinois, baptisés Pavillons noirs, pour s’emparer de la ville. Ralliant leurs énergies, le groupe de Pavie et les troupes du roi du Luang Prabang, Oun Kham, parvinrent à faire reculer les bandits chinois. Sous la pression, le roi Oun Kham, pour sauver son royaume d’une domination siamoise, choisit ce qui lui apparut comme un moindre mal : le protectorat français

Le pays réunifié:

Le Siam, tenta de préserver les territoires qu’il avait acquis sur la rive gauche du Mékong, suite à des batailles menées contre les troupes vietnamiennes. Mais la France ne voulut rien entendre. Elle exigea la restitution de l’ensemble des territoires en intimidant Bangkok avec sa flotte pour que le Siam, acculé, accepte de céder le Laos. Un protectorat français sur l’ensemble du Laos voyait ainsi le jour, le 3 octobre 1893. D’autres accords suivirent avec la Chine et la Birmanie pour déterminer le tracé des frontières. La France prit alors les pleins pouvoirs sur l’Indochine pour cinquante ans. En 1893, le Laos ne représentait pas une entité politique. Seul le royaume de Luang Prabang conservait encore, bien que profondément affaibli, l’apparence d’un Etat. Les royaumes de Vientiane, de Xieng Khouang et de Champassak avaient disparu, mais leur territoire respectif était désormais libéré des tutelles siamoises et vietnamiennes. Ces gouvernements, sans liaison entre eux, continuaient à y exercer une certaine autorité. Le gouvernement français, les considérait alors comme de simples provinces sur lesquelles la France se devait dorénavant de faire régner la paix, l’ordre et la loi. En 1941, un traité franco-laotien intègre les provinces du Nord et de l’ancien état de Vientiane au royaume de Luang-prabang. Le reste du pays, divisé en huit provinces, reste administré, comme une colonie, par la France. Les frontières actuelles du pays furent fixées en 1896-97 par la commission internationale dirigée par Auguste Pavie. Pour la France, le Laos était une simple zone tampon destinée à protéger ses conquêtes indochinoises de l’influence britannique et siamoise. Ainsi elle amputa le Laos de la zone d’Isan, la plus peuplée du Champasak, pour la donner à la Thaïlande. Ce que les Laotiens n’ont jamais pardonné à Auguste Pavie. Au début du siècle, seule une petite centaine de civils français étaient déjà allés au Laos et l’attitude de l’administration coloniale à l’égard du Laos était un brin négligente. L’un des premiers désagréments que connut le peuple laotien fut l’arrivée de fonctionnaires vietnamiens (l’ennemi héréditaire) pour s’occuper du service public. Le roi fut autorisé à résider à Luang Prabang mais ses pouvoirs étaient plus symboliques qu’effectifs. Le chemin de l’indépendance.Dans la torpeur coloniale ambiante, une petite communauté avait accès à l’enseignement français et parmi celle-ci, une élite francophone n’allait pas tarder à se former et contester le pouvoir colonial dans le contexte de la seconde guerre mondiale après la défaite française en 1940. Le développement du mouvement Pathet lao: Le 13 août 1950, le prince Souphanouvong, crée au Vietnam le parti Pathet Lao (qui se voulait le porte parole de toutes les couches sociales, tous les groupes ethniques et de toutes les régions, occupées aussi bien que libérées. La création de ce gouvernement provisoire de résistance fut accompagnée d’un manifeste en douze points dans lequel étaient affirmées l’indépendance totale du Laos et la formation, pour sceller l’unité du pays et la paix, d’un gouvernement de coalition. « Front Uni, Gouvernement de coalition, on y retrouvait les formules de base de « la Nouvelle Démocratie de Mao Tsé-toung ». Pendant ce temps un jeune laotien du nom de Kaysone Phomvihane s’efforçait de rallier les minorités ethniques de l’est montagneux, à la frontière du Vietnam, à la cause du parti communiste indochinois dirigé par « L’oncle Ho » (Ho Chi Minh. En 1950, Souphanouvong parvint à installer son quartier général dans la province de Samneua. Le Pathet Lao n’était plus seulement un parti en exil, il devenait une menace pour la France et le gouvernement lao en place. Le régime colonial français, de plus en plus exténué, et perdant sa mainmise sur les provinces du nord, concéda davantage d’indépendance au gouvernement royaliste laotien. Aussi, pour se retirer honorablement, signa-t-elle un traité d’amitié et d’entraide, permettant au Laos d’acquérir le statut de protectorat français. Au lieu de s’installer à Vientiane, le roi lui préféra Luang Prabang mais, comme il était à craindre après le départ des troupes françaises, l’ancienne capitale royale devint le théâtre d’attaques régulières du Vietminh et du Pathet Lao. Aussi, pour respecter les termes du traité de protection récemment signé, la France se décida à intervenir pour lutter contre l’avancée des troupes communistes qui, à l’époque, contrôlaient la zone stratégique reliant Luang Prabang à Dien Bien Phu. Les soldats français allaient subir un cuisant échec militaire qui laissait présager du sort de la future bataille de Dien Bien Phu. Avec les accords de Genève, en juillet 1954, suite à la défaite française au Vietnam, le gouvernement d’Hô Chi Minh et le Pathet Lao prirent le contrôle de tous les territoires au nord du 171° parallèle, les provinces de Hua Phan et Phongsali, conformément aux accords de la conférence de Genève. Ils garantissaient aussi la liberté et la neutralité du Laos en attendant un règlement politique qui n’est jamais intervenu du fait de la présence américaine en Indochine. Le gouvernement Etatsunien allait assumer la relève de la lutte contre le communisme et s’assurer une présence en Asie du Sud-Est. Après avoir copieusement arrosé de billets verts la vie économique locale, Washington décida de mettre sur pied et de rémunérer une armée royaliste, forte d’environ 50 000 soldats pour se battre dans le nord du pays. A cela allait bientôt s’ajouter une importante assistance militaire, la création de troupes clandestines et la percée de la CIA dans la vie politique laotienne. C’est ainsi qu’en 1960, un important stock d’armes fut distribué à un général de l’armée royaliste, appelé Vang Pao, qui allait, par la suite, devenir le chef charismatique des troupes Hmongs à Xieng Khouang. Coalitions et instabilité

De 1951 à 1954, le gouvernement royal, est dirigé par le modéré prince Souvanna Phouma, à la tête d’un pays déchiré. L’aide économique américaine perturbait sérieusement la fragile économie laotienne. La spéculation allait bon train et aucun développement industriel ne s’était amorcé.

En 1955, le Parti communiste laotien est crée sous le nom de PPL (Parti populaire Lao). En 1956 il forme le front patriotique lao (PPL), le Néo lao lak ou NLHS. Avec son homologue du Cambodge, le PPL faisait partie du Front unifié Indochinois, dirigé par le Parti des Travailleurs vietnamien. En 1957, le gouvernement royal laotien fut amené à composer un gouvernement de coalition avec le FPL (Front populaire laotien) de Souphanouvong, Kaysone Phomvihane et Nouhak Phounsavanh. Les 1 500 soldats du Pathet Lao devaient être incorporés à l’armée royale laotienne. Mais suite à des dissensions sur les grades, la fusion ne se réalisa pas. Suite à de nouvelles élections, en mai 1958, le FPL remporta 13 des 21 sièges dans le nouveau gouvernement d’union nationale. Souphanouvong et l’un de ses proches furent donc conviés à prendre part à un cabinet de coalition, tandis que plusieurs autres membres fondateurs du Pathet Lao étaient élus députés à l’Assemblée nationale. Mais l’entente n’allait guère durer. En juillet, Souvanna Phouma présenta à l’Assemblée un projet de réforme monétaire, qui allait inévitablement léser de nombreux intérêts. Ce projet fut vivement combattu et lorsqu’il fut finalement refusé, Souvanna Phouma n’eut d’autre recours que la démission. Il fut remplacé par Phoui Sannanikone dont le gouvernement de droite et la faction, le CDIN (Comité pour la Défense des intérêts nationaux) formé d’officiers d’extrême-droite était à la solde des américains. A peine installé, Phoui Sannanikone mena une politique d’éradication du FPL en arrêtant les ministres et députés du FPL. Les deux principaux dirigeants du FPL, Souphanouvong et Phoumi Vongvichit, furent même astreints à résidence à Vientiane tandis que plusieurs sympathisants du FPL étaient tout simplement mutés ou révoqués. Ce gouvernement était profondément corrompu et impopulaire. Il fit croire à une offensive des forces du Pathet Lao dans le nord, appuyées par Hanoi, pour emprisonner Souphanouvong. Un rapport d’enquête de l’ONU prouva qu’il n’en était rien. Souphanouvong et ses compagnons du FPL s’évadent de Vientiane et organisent la résistance dans les campagnes, soutenus par le Nord Vietnam. Des combats ont lieu dans la plaine des Jarres. En décembre1959, un coup d’Etat militaire installe un gouvernement à majorité CDIN. Les données étaient ainsi claires : les partisans d’une politique modérée et conciliatrice entre les différents partis laotiens étaient priés de se taire. Une reprise de la guerre civile s’avérait donc inévitable. Les Etats-Unis envoyèrent alors des forces spéciales au Laos et des hélicoptères sous le couvert de la compagnie Air América, faux-nez de la CIA.

La guerre civile et la résistance

Le 9 août 1960, profitant de l’absence du gouvernement royal à Vientiane, un capitaine de parachutistes du nom de Kong Lê, s’empara avec ses troupes du pouvoir et, après avoir démis de ses fonctions l’ancien gouvernement de Somsanith, réclama une politique de neutralité absolue et le retour de son exil au Cambodge de Souvanna Phouma. Celui-ci fut rappelé par le roi. La faction de droite du général Phoumi Nosavan accepta le gouvernement neutraliste de Souvanna Phouma avec la participation du FPL. Mais c’était pour regrouper ses troupes et attaquer Vientiane avec l’aide des américains en décembre 1960, renverser le gouvernement par une élection truquée par la CIA. Les neutralistes de Kong Le, retranchées à Xieng Kuang, rejoignirent les troupes du Pathet lao. L’URSS fournit des armes à cette coalition qui, dès 1961 tenait la totalité du Nord et de l’Est du pays. Le Laos se transforma, jusqu’en 1975, en un théâtre de combats fratricides entre les trois fractions: - communistes du Pathet Lao dirigés par le prince Souphanouvong - neutralistes dirigés par le prince Souvanna Phouma et nationalistes. Juillet 1962, aboutissement de la conférence à Genève entre 14 pays qui palabraient depuis juillet 1961 : une commission Internationale de Contrôle et de Supervision (CICS) est chargée de veiller à l’indépendance et la neutralité du Laos. Un nouveau gouvernement d’Union nationale est formé avec le prince Boun Oum (droite militaire), Souphanouvong (PL) et Souvanna Phouma (neutralistes). Les Etats-Unis retirent leurs 666 « conseillers ». Mais les 7 000 hommes des troupes Nord-vietnamiennes restent en place, car la guerre continuait de faire rage au Vietnam voisin. Les accrochages entre factions se multiplièrent, y compris entre les forces du PL et les neutralistes. L’attaque du quartier général de Kong Le provoqua le renversement des alliances. L’équilibre tripartite était rompu entraînant une succession de coups d’Etat et une coupure nette entre le Pathet Lao et les autres forces. Le PL se tourna alors résolument vers la lutte armée avec le concours des troupes du Nord-Vietnam stationnées dans le Nord-Est.* Cette situation de guerre demeura intense entre 1964 et 1973, soit pendant toute la durée du conflit qui opposa les forces armées américaines et leurs alliés du Sud Vietnam, aux forces Vietcong soutenues par le Nord-Vietnam. Les régions du Nord–est du Laos, voisines de la piste Ho Chi Minh eurent à subir les bombardements des B52 américains qui vidaient aussi leurs soutes avant l’atterrissage sur leurs bases en Thaïlande. Pour se protéger de ces bombardements, le QG du PL se réfugia dans les grottes de Sam Neua.
*la présence du Nord-Vietnam.En 1969, la 316° division nord-vietnamienne fut déployée au Laos pour assiéger Long Chen, le quartier général clandestin de l’armée américaine au Laos, soit 34 000 combattants, 18 000 hommes de soutien logistique dont 13 000 ingénieurs et 6 000 conseillers…
Les américains constituèrent une unité spéciale de montagne avec 10 000 hommes de l’ethnie Hmongs sous le commandement du général Vang Pao de l’armée royale laotienne. Les troupes royales furent renforcés par des combattants Thaï et Lao Theung et des pilotes américains basés à Savannakhet et long Cheng chargés de repérer les cibles du PL. la Chine à son tour engagea une force de défense aérienne d’environ 6 000 hommes stationnés le long de la « Route de la Chine » où travaillèrent près de 16 000 cantonniers chinois dans les provinces de Luang Nam Tha, Udomxai et Phongsali.
La présence américaine, de 1964 à 1973.Pour contourner les accords de Genève de 1962 sur la neutralité du Laos et contrecarrer le soutien du Nord-Vietnam et de la Chine au Pathet Lao, le gouvernement américain a placé des agents de la CIA aux postes d’aide humanitaire et transformé ses pilotes militaires en civils. Ils utilisèrent l’antagonisme ancestral des minorités indianisées de la cordillère annamitique pour les opposer aux Vietnamiens d’origine chinoise, Hmongs contre les Lao du Pathet Lao.Dès 1959, « des techniciens militaires » américains formèrent les soldats de l’armée royale et les rebelles Hmongs, à la lutte contre le communisme.Dès 191, l’armée secrète compatit 9 000 hommes composés de Hmongs, Lao et Thaï dirigés par 9 agents de la CIA, des officiers « Bérets Verts » américains, 99 cadres thaïlandais.Les « Freux »,les pilotes américains en civils, aux commandes de petits avions de reconnaissance à hélices, signalaient les cibles aux pilotes laotiens équipés de jets qui utilisaient la base secrète de Long Chen et près de 400 pistes d’atterrissages disséminées dans les villes et villages du pays.Près de 800 américains ont été tués ou portés disparus pendant cette guerre secrète. Cette force armée perdit long Chen, ne remporta aucune victoire décisive malgré- ou à cause- de bombardements massifs sur tout ce qui semblait être une cible ennemis, sans se préoccuper de la présence des civils ou de la nature des bâtiments bombardés : temples ou hôpitaux. Ils opéraient un largage toutes les 8 minutes. Entre 1964 et 1969, 450 000 tonnes de bombes ont été lâchées sur le Laos. Après 1970, sur les conseils d’Henry Kissinger, les B52 déversèrent à leur tour leur charges mortelles sur le pays, portant le total à 1.9 millions de tonnes…il faut ajouter à ce massacre, l’utilisation massive de défoliants de d’herbicides. Ce qui fit du Laos la nation la plus bombardée de la guerre.*selon Christopher Robbins : les Freux ( The Ravens)
En 1973, après les accords de Paris sur la guerre du Vietnam, les négociations conduisent à la signature d’un cessez-le-feu. Un gouvernement provisoire d’union nationale est formé. Mais le Pathet Lao contrôle maintenant 11 des 13 provinces. Les dirigeants de Vientiane, corrompus et manipulés par les Américains, sont devenus très impopulaires. En avril 1975, Saigon et Phnom Penh s’effondrent à la suite du départ des troupes américaines. Le Pathet Lao attaque à son tour et écrase ses adversaires à Muang Pha Kun, carrefour stratégique entre Luang Prabang et Vientiane. Le PL s’empare progressivement de toutes les villes sans rencontrer de résistance. Le 23 Août, c’est la chute de Vientiane.

L’exode

Le 2 décembre 1975, la monarchie est abolie, le Laos est proclamé République Démocratique Populaire Lao. Le parti révolutionnaire lao (PRPL) fut proclamé parti unique. Si la prise du pouvoir s’effectua sans effusion de sang, les hauts fonctionnaires et les intellectuels de Vientiane furent envoyés dans des camps de rééducation connus sous le nom de « Samana ». Environ 30 0000 laotiens, soit 10% da la population de l’époque, ont fui le pays. Le mouvement ne s’arrêtera que vers l’année 1994 lorsque le pays commencera à s’ouvrir à une économie plus libre. La nouvelle pensée ou « nouvelle mécanique économique ». Depuis 1980, c’est aussi la Glassnost et la mise en œuvre d’une politique de libéralisation économique et politique. Ce qui a produit des affrontements au sein du parti entre les anciens révolutionnaires formés par les Vietnamiens et les nouveaux cadres, partisans de la libéralisation. Les courants réformistes les plus pragmatiques courent toujours le risque de se voir qualifiés de pâtikaan (réactionnaires).Le pouvoir reste entre les mains de Khamtay Siphandone, 73 ans, et du premier ministre Bounyang Vorachit, tous deux formés par l’institut de politique économique du Vietnam et soumis à l’influence de la direction militaire de ce pays.Comme en Chine et au Vietnam, le mariage du parti unique avec un ultra libéralisme économique entraîne une pratique de la corruption d’une haute intensité, un sport national qui renforce les inégalités sociales sous une apparence de boom économique et de prospérité.Une certaine liberté de pensée s’exprime, qui était inimaginable hier, mais reste prisonnière de limites qu’il est difficile tant de définir que de franchir, qui restent à l’appréciation des princes qui gouvernent…Le Laos est soumis à une double influence étrangère, économique de la Thaïlande, politique du Vietnam, auxquelles il faut de plus en plus ajouter celle du puissant voisin chinois qui investit de plus en plus dans le pays.

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Allain

 

 




Publié à 01:51, le 12/09/2008,
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TOMBOUCTOU

TOMBOUCTOU

 du mot tamashek : Tim Buctou, qui signifie le puits de Buctou.

 

Au XII° siècle, le site servait d’entrepôt aux Touaregs Imakeharen. La vieille Buctou en assurait la surveillance.

« Le sel vient du Nord,

  L’or vient du Sud,

  L’argent vient du pays des blancs,

  Mais la parole de Dieu, les choses saintes, les contes jolis,

  On ne les trouve qu’à Tombouctou »

Ce sont les paroles du grand poète Ahmed Baba. C’est l’auteur des plus grands écrits de théologie et de droit, produits par Tombouctou. Haut-lieu de la culture islamique depuis le XVI° siècle, la ville sainte comptera jusqu’à cent quatre-vingt écoles coraniques, vingt-cinq mille étudiants, et de nombreuses bibliothèques. Elle deviendra le refuge des savants et des poètes, un grand centre international de la science et de la pensée. On y opérait de la cataracte au XV°siècle.

 

 

Après avoir subi la dynastie des Askia, l’âge d’or de la cité est situé entre 1493 et 1591 sous l’influence marocaine. A cette  époque la région de la forêt Akan produit l’or qui est échangé contre le sel des mines de Taoudenit, situées à quinze jours de dromadaire. Proche du Niger, à la porte du désert et aux confins de la zone fertile du Macina, ancien grenier du Mali et de l’Afrique sahélienne, on y échange aussi les céréales, le bétail et toutes sortes de marchandises.

C’est vers 1275 que l’oasis fut intégrée à l’empire du Mali. L’empereur Kankou Moussa y fit halte en 1325 sur la route de son pèlerinage à la Mecque. En 1468 la ville est conquise par Sonni Ali Ber, l’empereur Songhaï. Elle va voir son commerce se développer encore. Le marché regorge de soieries, ivoire, épices, noix de cola, étain et cuivre du Maghreb, chevaux, plumes d’autruche, et esclaves razziés dans la zone tropicale (quatre mille êtres humains par an en 1853).

Le 30 mai 1591 des mercenaires espagnols à la solde des Marocains pillent la ville. Les intellectuels sont massacrés ou déportés. La conquête ainsi que l’installation des comptoirs européens de la côte, va entraîner le déclin de Tombouctou. Elle est aussi victime de

raids des Bambaras, des Peuls, des Touaregs, qui s’en emparent en 1737 jusqu’à l’arrivée du Toucouleur El Hadj Omar Tall en 1863. Les Français en prendront possession le 15 décembre 1893.

Aujourd’hui, capitale de la septième région du Mali, Tombouctou fait toujours le commerce du sel avec les caravanes du désert, et se livre au trafic de contrebande avec les pays du Maghreb, mais sa principale ressource est le tourisme grâce à son mystérieux et prestigieux passé. Jadis la ville était fermée aux infidèles et ses charmes ont été révélés après le voyage clandestin de l’explorateur français René Caillé en 1828*. Il fut imité par l’Allemand Heinrich Barth en 1853 et il avait été précédé par l’Anglais Gordon Laing, mais eux n’en revinrent pas vivants …

 

                                                                                                                                                         

 

 

 

 

 

 

Depuis l’hôtel, un majestueux Targui noir nous guide dans les rues poussiéreuse. Il nous explique le fonctionnement de ces fours en banco qui s’élèvent dans chaque quartier. Ces fours familiaux sont utilisés par les habitants pour cuire les galette de pain et aussi le mouton et le poulet. L’intérieur  est recouvert de poteries brisées.

 

 

 

 

Les concessions sont les habitations des citadins de la ville de Tombouctou, lieux fermés aux regards indiscrets, blotties dans les ruelels poussièreuses

Nous pénétrons dans la grande mosquée de Djingareiber, la seule qu'il soit possible de visiter

 

 

La mosquée de Djingareiber, ou mosquée du vendredi, a été construite entre 1325 et 1330 sous le roi mandingue Kanka Moussa, par l’architecte Es Saheli, un Andalou que l’empereur avait ramené de son pèlerinage à la Mecque, pour un montant de  4 000 Moukhal d’or. Il était inspiré par l’art berbéro-andalou de l’Espagne maure. Cependant quelques parties sont semblables à la construction des pyramides. L’édifice mesure cent mètres de long sur cinquante de large, plus grand que celui construit par les Bozos à Djéné. Il repose sur cinq cent colonnes et il est entièrement construit en banco que l’on crépit chaque année. Ce jour-là, toute la population est conviée à participer à ce travail. Gare à celui qui ne vient pas remplir ce devoir sacré. Une équipe de gros bras va le chercher pour le tremper de la tête aux pieds dans le crépi en préparation. Alors il vaut mieux obtempérer. Les femmes et les filles apportent l’eau en chantant à la gloire du prophète tandis que les hommes travaillent au revêtement

Des chauves-souris avaient élu domicile dans la mosquée en pénétrant par les ouvertures du toit qu’il a fallu obturer avec des vitres, grâce aux dons de l’Unesco. A l’exception de ces lanterneaux, il n’existe aucune fenêtre. Le bâtiment est dans la pénombre. Il doit-être bien difficile de distinguer l’Iman quand il officie devant le Djihab, en direction de La Mecque.

Dans un endroit, trois petits trous sont percés pour rappeler les trois principales fêtes de l’Islam : l’Aïd el kébir, le Mouloud (naissance du prophète le 2 mai), et Al Fitr (fête de la rupture du jeûne).

Une porte reste fermée pour rappeler qu’elle avait été souillée par un infidèle qui avait bénéficié de l’hospitalité, du gîte et du couvert offerts par l’Imam. Quand il s’est aperçu de la supercherie, le religieux s’est rasé la tête et a dénoncé l’impie qui s’est transformé en lion et s’est enfui dans le désert. On ne le revit jamais…

Douze portes de la mosquée sont réservées aux hommes et une seule aux femmes, pour ceux et celles qui sont allés à La Mecque. Le voyage revient évidemment très cher et les femmes sont moins nombreuses à effectuer le pèlerinage.

La tradition d’hospitalité des musulmans est symbolisée par la tombe des jumeaux, ces frères venus étudier le coran à Tombouctou. Ils

y sont restés pour la vie et pour mourir. L’un d’eux, gravement malade, est décédé ; l’autre l’a suivi rapidement dans la tombe. Ils ont été ensevelis dans un coin qui est devenu un lieu de bénédiction et de sacrifice.

L’Unesco finance l’entretien et la restauration de la mosquée à la hauteur de dix-huit millions de Frs. Ce qui n’empêche pas les aumônes et les dons des particuliers : « cinq francs n’est pas petit, dix mille n’est pas grand »

La mosquée est ouverte à tout musulman étranger qui le demande et veut apprendre à lire l’Arabe et le Coran : logis, couvert, études, bibliothèque, et même le billet de retour sont offerts par l’imam.

 

Les portes des maisons de Tombouctou sont de style marocain ; les ferrures et dorures, jadis en argent et aujourd’hui en fer blanc représentent différents symboles :

porte marocaine

- la colombe qui pond ses œufs de paix dans le monde (apparemment elle ne pond pas assez ou il manque de colombes…) ;

- les ferrures en argent sont associées au mariage, avec le signe du repas traditionnel, le toucasssou préparé avec les condiments, également pour le mouloud et le baptême.

- la cloche que le mari heurte trois fois pour prévenir son épouse que c’est  bien lui qui revient au logis et non un garnement qui s’amuse ou un soupirant qui essaie de voir la belle.

Du IX° au XV° siècles, les femmes et les filles n’étaient autorisées à sortie qu’une seule fois par an. Pour la fête du Mouloud, elles pouvaient se pavaner pendant deux heures dans la grande avenue de Tombouctou, le Kalème, et recevoir des cadeaux, noix de kola ou bijoux d’argent et d’or. Si les jeunes filles étaient réceptives et susceptibles de se marier, alors les parents du prétendant se rendaient chez ceux de la donzelle pour demander sa main.

Nul doute que les femmes de Tombouctou bénissent le saint jour de la naissance du prophète…

De nos jours, cette grande rue abrite les boutiques de mode, les salons de coiffure, les bijouteries, c’est le quartier chic.

La porte est aussi le symbole de l’hospitalité de cette ville, pour les croyants évidemment. Il est dit :

«  L’étranger est plus accueilli que l’enfant de la ville ».

Aussi les étrangers de passage sont accueillis gracieusement chez l’habitant. On leur trouve une activité, un travail pas trop pénible dans cette cité dite d‘harmonie et de paix.

Cette coutume est dans la tradition d’hospitalité de l’Afrique occidentale. Depuis toujours le voyageur était logé et nourri par le chef du village, ainsi que sa suite. On procédait généralement à l’échange de cadeaux. C’est pourquoi le principe hôtelier est absent de la mentalité africaine, c’est une invention occidentale moderne. Cet usage hospitalier avait d’ailleurs été utilisé et travesti par le colonisateur qui obligeait les chefs à nourrir et loger les militaires et les fonctionnaires en déplacement aux frais du village.

Les premiers explorateurs qui avaient entrepris de découvrit Tombouctou n’ont pas toujours reçu l’accueil tant vanté de nos jours. Le major Alexander Gordon Laig, dont nous pouvons admirer la maison où il séjourna en 1826, en fit les frais.

Venu représenter officiellement la reine Victoria, il fut froidement assassiné. René Caillé, deux ans plus tard, se fit passer pour un parfait musulman afin de pouvoir transmettre ses observations à la postérité. Son remarquable ouvrage*, pour l’époque, sur les us et coutumes locales, ne fut cependant reconnu que dix ans plus tard. De nos jours, sa maison est honorée malgré sa supercherie, pardonné sans doute parce que sans adhérer à la religion musulmane, il l’a respectée, ainsi que ses fidèles. Sa ville natale, Saintes, est jumelée avec Tombouctou. (*le voyage à Tombouctou et à Jéné)

Rue Heinrich Barth, du nom d’un autre explorateur, Allemand cette fois, se situe la petite mosquée de Sidi Yahiya qui date de 1440. Elle a été reconstruite en pierres calcaires par les Français et abrite un des saints les plus honorés de la ville. A côté se tient une madrasa, une école coranique. Heinrich Barth, en 1853, avait pris le nom de Abd el Krim, pour refaire et prouver l’authenticité du voyage de René Caillé.

 

Près du musée, un ancien caravansérail, ouvert grâce à la ville de Saintes et qui offre aux visiteurs, des informations et des objets de l’histoire des lieux depuis les temps préhistoriques, se tient le « Puits de la femme ». C’est là que se rencontraient les caravanes des Arabes Almoravides venues du nord et celles des Ghanéens venues du Sud pour échanger le sel contre les esclaves qui valaient moins cher que la précieuse matière. En fait ce puits n’est que la représentation de celui de la femme Bouctou situé à un kilomètre de là. Un canal avait été creusé entre le Niger et le port pour transporter les marchandises. Cependant pour aller au puits de la femme touareg, il fallait compter avec les hippopotames qui renversaient souvent les pirogues. On en trouve encore près de Kabara. Un homme était chargé d’informer les commerçants de l’humeur des mammifères amphibies. Depuis ce quartier est appelé le quartier de l’hippopotame où habite d’ailleurs le député de la ville. Il ne faut y voir aucune allusion maligne. Cependant en observant les tas d’ordures qui jonchent la rue, l’état de saleté de ce quartier, on se dit qu’il devrait œuvrer pour nettoyer la ville de ses immondices…

La visite se poursuit par les petites rues et ruelles, sales et poussiéreuses, bordées par les hauts murs des concessions.

Comme dans toutes les autres villes du Mali, ânes, moutons et chèvres, se baladent à peu près librement. Un bijoutier est accroupi près de la porte de son échoppe, chalumeau à la main.

 

 

Les bijoux

Les bagues, pendentifs et décorations capillaires fabriquées encore aujourd’hui selon des méthodes artisanales ancestrales dans les différentes régions du Sahel rappellent les motifs dominants de la période des grands empires, des ornements des cours d’autrefois, des lignes sophistiquées des débuts de l’ère islamique. Les thalers autrichiens et les francs en argent étaient et sont encore utilisés, en particulier, comme ornements capillaires. Par tradition les bijoux des Touaregs sont en argent, métal du prophète ; l’or, métal démoniaque, à la réputation de porter malheur. (Akil, un chef Touareg de Tombouctou refusait de  toucher de ses mains les pièces qu’il recevait en tribut). Cependant, dans les villes, la méfiance s’estompe avec l’appréciation du métal précieux. Les bijoux ont une grande importance pour les Touaregs et la plupart des femmes, riches ou pauvres, en possèdent une collection personnelle. Ils représentent leur capital et leur dot. Ils peuvent servir aussi de monnaie pour les troquer contre un zébu ou une belle tunique brodée, ou un sac de millet en cas de disette. Certains bijoux ont une valeur de talisman pour se protéger contre le mauvais œil. Les traditions archaïques berbères, les apports religieux des peuples voisins, islamiques, animistes, chrétiens, se mêlent: gravures, amulettes renfermant des versets du coran, colliers de prière à quatre-vingt-dix-neuf grains (les différents noms d’Allah) ou croix touareg d’Agadès qui ressemble à l’ankh, la croix de vie égyptienne.

 

 

 

Les forgerons, les Damtende, seraient les descendants de Yéménites venus s’installer ici depuis des siècles, dans ce quartier dit des Andalous, un autre peuple qui a émigré jusqu’aux confins du désert, fuyant la « reconquista castillane d’Isabelle la catholique ». Ces Andalous pourraient bien être des Juifs…(voir ci-dessous)

 

 

Les forgerons

Autrefois chaque noble Toureg s’attachait un forgeron pour fabriquer tous ses biens matériels : épées, sièges, selles, cadenas. Il n’était cependant pas un esclave et demeurait libre de changer de maître. La légende décrit les forgerons comme : « plus vieux que la mémoire, aussi fiers que le corbeau, facétieux en esprit. » Ils descendraient de juifs qui se sont répandus dans tout le Sahara au XV° siècle et auraient apporté avec eux leur savoir-faire d’orfèvres. Ils se proclament « fils de notre seigneur David ». Les Touaregs les considèrent comme une caste inférieure, les Maures les classent comme « les méprisés »…Comme chez les Dogons, le mariage mixte était interdit. Ils continuent de circoncire les garçons et soigner bêtes et gens. Leurs femmes tannent et teignent le cuir.

Un seigneur ne travaille pas de ses mains, il ne peut que garder les troupeaux et faire la guerre. Les serviteurs et captifs Bella, eux, s’occupaient des tâches ménagères. Envoyés à l’école à la place de leurs enfants pour répondre à l’exigence du colonisateur français, les Bella devinrent ensuite les instituteurs des Touaregs contemporains…

 

.

  La mosquée de Sankoré 

 

  Sur la grande esplanade où se trouve la troisième mosquée, celle de Sankoré, les jeunes jouent au football, soulevant une poussière qui ne demandait que ça pour étouffer les simples mortels que nous sommes. Les targuis ont relevé leur voile, et les autres mettent un masque, un foulard ou un mouchoir devant leurs voies respiratoires pour ne pas périr asphyxiés. Cela ne nuit pas à l’ambiance bruyante et animée de cette fin du jour.

De jeunes donzelles vêtues à l’occidentale se sont assises sans vergogne sur les marches de la maison de l’imam et jouent aux vierges effarouchées à l’approche de nos objectifs photographiques, avec force bousculades, rires et criailleries.

A côté la mosquée de Sankoré est aussi appelée « celle de la femme berbère ». Venue de La Mecque, elle l’a édifiée aux dimensions de la Kaaba, au XVI° siècle. Elle abrita la célèbre université de Tombouctou. Plus bas, le Grand Marché ouvre les portes de sa halle le matin. Sur la place stationnent des taxis-brousse et des camions.

En parcourant des rues très commerçantes, dans une atmosphère irrespirable, au milieu des moutons, des ânes et des automobiles, nous atteignons la grande esplanade du marché aux bestiaux, située à proximité de l’hôtel Buctou. De nombreux campements nomades sont installés-là, aux portes de la ville et du désert.

Dans les tentes plantées aux portes du désert, les nomades s’éveillent avec le jour qui point. Deux dromadaires sont accroupis dans le sable sur leurs pattes repliées et attendent leurs targuis. Le ciel est nuageux. Un cortège d’ânes chargés de bois de chauffe avance lentement en direction des campements.

 

la bibliothèque Ahmed Baba

Les beaux bâtiments en pierre sont installés dans un jardin arboré). Les vieux manuscrits, écrits en arabe depuis le XV° siècle, sont abrités dans les armoires d’une grande salle. Le climat chaud et sec explique la bonne conservation du papier. Ce sont pour l’essentiel des textes religieux et historiques, des chroniques. A partir du XVIII° on trouve aussi des manuels concernant la pharmacopée traditionnelle, des traités sur les maladies chaudes et froides. Les textes littéraires évoquent les thèmes universels contés par les hommes, sur la vie, l’amour, la mort. Le désert inspire beaucoup les poètes et les touaregs le sont tous un peu car ils disposent de beaucoup de temps pour rêver, réfléchir, penser, philosopher, « poètiser », en gardant leurs troupeaux ou en cheminant au pas lent des dromadaires.

Cette bibliothèque représente une petite partie des archives culturelles de la région. La plus grande part des œuvres du passé est enfouie dans les sables qui recouvrent la Grande Bibliothèque de Taoudenni. Beaucoup de familles possèdent de vieux écrits familiaux transmis de génération en génération jusqu’à nos jours. Elles ne veulent pas s’en séparer.

Une grande partie du travail effectué ici concerne la restauration des manuscrits, leur numérisation et leur digitalisation. La mise au point d’un catalogue référencé permettra aux chercheurs de consulter les ouvrages à distance par les méthodes les plus modernes de l’internet.

- Nous avons reçu l’aide des Américains pour la formation sur les méthodes de conservation et des fonds de la Fondation Forbes. Nous en avons reçu aussi du gouvernement norvégien. Le Luxembourg doit nous aider prochainement par l’intermédiaire de l’Unesco. Nous travaillons également avec les Français pour mettre au point nos procédés de numérisation, avec la Maison du livre d’Arles.

Les Touaregs ont une écriture écrite très ancienne, le Tamachek, commune aux populations berbères. Ils savent lire et écrire dans leur langue maternelle mais aussi en Arabe enseigné par les marabouts dans chaque famille. Au moins pour chaque campement qui peut regrouper de trois à dix tentes, ils apprennent à lire et écrire en arabe aux enfants avec les textes littéraires classiques.

J’ai pu remarquer aussi que le français était plus et mieux parlé par les autochtones de Tombouctou que par les ressortissants de Djenné ou de Mopti. C’est pourquoi il est bien dommage que le Centre Culturel Français n’envoie plus de livres à la bibliothèque de Tombouctou car le Centre de la culture à Tombouctou est le plus grand au Sud du Sahara et il est en avance sur tout ce qui se fait dans la région.

Ahmed Baba, lui, possédait Mille livres.

  Echoppes                                                                                        

Retour au centre-ville, dans les rues commerçantes. De nombreuses enseignes se consacrent à l’informatique, aux livres et fournitures scolaires. Elles témoignent de la réalité de la vie culturelle de cette ville des sables, aux portes du désert, alors que son apparence architecturale, ses rues de poussière grise, les immondices, les campements précaires des nomades, n’incitent pas à penser à une telle richesse intellectuelle.

Chez le marchand d’huile d’arachide, femmes et enfants attendent leur tour, une bouteille ou un récipient à la main. Une cinquantaine de gros bidons métalliques seront épuisés en une quinzaine de jours au prix de 675 Frs le litre.

 

 

 

 


 

Au Centre artisanal, les différents artistes, forgerons,  bijoutiers du bronze, de l’or et de l’argent, fabriquent des objets dont la plupart sont destinés aux touristes.

.Sur la place du marché aux bestiaux, les bêtes sont absentes hormis celles qui gambadent librement par les rues de la ville.

Près des campements, nous sommes attirés par une femme qui cuisine, elle mijote le plat traditionnel de cette partie de l’Afrique : le tôt, une sorte de polenta de mil ou de maïs. Accroupie, elle tourne et retourne la pâte jaune avec une spatule de bois, dans le plat de terre posé sur un feu de charbon de bois. D’autres femmes s’adonnent à des activités domestiques devant la grande tente d’été recouverte de nattes tissées en fibre de cocotier. On dit aussi le hangar.

 

  MYTHES ET REALITES


De l’ancienne et mythique Tombouctou, il reste quelques rares vestiges d’architecture, les mosquées, de hautes maisons en briques ou en banco, mais beaucoup de constructions sont écroulées, éboulées le long de ruelles sales et grises envahies par les sables. Nous sommes loin des fantasmes de Paul Morand :

« Ou sont les coupoles rutilantes, les sacs de poudre d’or et d’ivoire, les caravanes dont parlent les livres ? »

Albert Londres lui répondit :

« Qu’ont donc les Blancs contre la cité fameuse ? Tous y sont allés pour voir le mystère et paraît-il ne l’ont point vu. Le mystère ne se voit pas mes amis. Il se sent. Il s’exprime sans voix , comme un sourd-muet. »

Juste réflexion puisée dans « le Guide du routard ».

Déjà René Caillé trouvait que le spectacle de la ville n’offrait au premier aspect « qu’un amas de maisons en terre, mal construites...des plaines immenses de sable mouvant, d’un blanc tirant sur le jaune, et de la plus grande aridité …tout est triste dans la nature…on n’entend pas le chant d’un seul oiseau. »

la maison de René Caillé

 

Je n’ai pas vu et je le regrette, ce que décrivait Félix Dubois en 1897 dans « Tombouctou la mystérieuse »:

« Je préfère parler des femmes de la cité, c’est-à-dire celles de ces familles aristocratiques. Par suite de mariages continuels avec les races Berbère et Arabe, leurs traits sont devenus plus réguliers et d’une finesse considérable, et leur visage entier est plaisamment éclairé par des yeux merveilleux, dont le regard doux et intelligent semble nous envelopper.

L’art de la coquetterie complète ces charmes naturels. Leurs fronts s’ornent de charmants bandeaux de perles et de sequins, et les coiffeurs les plus habiles arrangent leurs tresses en magnifiques chignons entremêlés d’ornements en filigrane d’or. Des pendants du même précieux métal se balancent à leurs oreilles, et des colliers d’or, de corail et d’ambre leur encerclent la gorge. Elles embellissent également leurs ongles avec du henné et se noircissent les yeux avec de l’antimoine. »

 

C’est Kanka Moussa, l’empereur Mandingue du Mali, qui lors de son fabuleux voyage à La Mecque, chargé d’or, qui donnera naissance à de nombreux textes berbères et arabes vantant les richesses du royaume et de la ville de Tombouctou.

Ce que l’Occident ignorait, c’est que l’empire avait subi des guerres, des invasions, entraînant sa décadence. Seul le mythe demeurait …Reste cependant la tradition commerçante de la cité, qui s’adapte à la société moderne, et celle culturelle de grand centre religieux de la philosophie islamique africaine. Ce qui n’est pas rien. Et celle immuable des caravanes de sel qui sillonnent encore le désert depuis Taoudenni.

 

 



Publié à 12:22, le 25/04/2007,
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